À cause des sanctions, des huîtres françaises ont émigré en Crimée

21 novembre 2016 Kira Egorova
L’embargo sur les importations alimentaires décrété par la Russie en réaction aux sanctions imposées par l’UE a fait exploser l’industrie ostréicole en mer Noire. Depuis deux ans, plusieurs parcs à huîtres sont apparus en Crimée (sud).
Un parc à huîtres dans la baie Donouzlav
Un parc à huîtres dans la baie Donouzlav. Crimée, Russie. Crédit : Alexei Pavlishak / TASS

Les sanctions et embargos frappant les produits européens n’empêchent pas les Russes de savourer des espèces d’huîtres françaises. Cette année, la société Fruits de mer criméens a livré les premiers mollusques qu’elle a élevés d’après les techniques françaises en Crimée dans 200 restaurants de la péninsule, ainsi que dans des établissements à Moscou, à Saint-Pétersbourg et dans d’autres grandes villes du pays.

Les responsables de la société ont réussi à obtenir du Service russe des douanes la levée de l’embargo sur l’achat de larves en France. La nouvelle a été annoncée à RBTH par Dionisi Sévastianov, directeur général de Fruits de mer criméens.

La qualité française

« Nous élevons des huîtres identiques aux mollusques français d’après leur qualité », a-t-il souligné. Aujourd’hui, la société élève des huîtres dans son propre parc situé dans l’Ouest de la Crimée et, selon l’Agence de pêche de Russie, a produit 11,7 tonnes d’huîtres au cours des six premiers mois de 2016.

Le parc à huîtres, d’une superficie de 41 hectares, est situé dans la baie Donouzlav qui est un lac. « Ici, l’eau douce de la péninsule se mélange aux eaux salées de la mer Noire, ce qui en fait un lieu idéal pour l’élevage de l’huître française qui a besoin d’une faible salinité », a expliqué Dionisi Sévastianov. Pour obtenir une faible salinité, les Français font séjourner leurs huîtres en eaux claires.

« Nos spécialistes se rendent régulièrement en France pour assister à des conférences et visiter des parcs [ostréicoles, ndlr] afin de procéder à un échange d’expériences et de techniques », a-t-il poursuivi, ajoutant que sa compagnie coopérait en France avec des sociétés élevant des huîtres et le naissain. Il a néanmoins préféré ne pas citer ses partenaires français.

Fruits de mer criméens prévoit d’élargir la production et d’ouvrir l’année prochaine un parc à huîtres de 210 hectares non loin de Simeïz et d’Aloupka, dans le Sud-Est de la péninsule. Dionisi Sévastianov espère que cet élargissement lui permettra de signer des contrats avec de grandes marques de distribution.

« Metro, Auchan et X5 [groupe russe de grande distribution, ndlr] souhaitent vendre notre production, mais pour pouvoir satisfaire leur demande, nous devons atteindre un niveau industriel, a-t-il fait remarquer. Dans un an et demi ou deux ans, les capacités de Simeïz seront conformes à ce niveau », a-t-il ajouté.

La concurrence

L’introduction par la Russie d’un embargo sur les produits alimentaires, notamment européens, en 2014 a impulsé le développement des parcs à huîtres sur tout le littoral de la mer Noire en Russie. Selon les données de l’Agence de pêche de Russie, la production d’huîtres dans la région s’est élevée à 2 tonnes en 2014, à près de 30 tonnes en 2015 et devrait atteindre 50 tonnes cette année.

La Crimée contribue environ à la moitié de ce volume bien qu’elle ne compte que deux producteurs : Fruits de mer criméens et Sofia Crimée, qui déploie ses activités dans la baie de Laspi près de Sébastopol.

La superficie du parc de Sofia Crimée n’atteint que 19,5 hectares, mais cela ne l’empêche d’être l’un des fournisseurs de moules les plus importants de la région, revendique l’un des patrons de la société, Maxime Konoplianko. « Notre production est achetée avec plaisir par des restaurants de Crimée, du territoire de Krasnodar (sud), de Moscou, de Saint-Pétersbourg et même de Novossibirsk (Sibérie occidentale) où nous avons nos propres représentants », a-t-il indiqué.

À la différence de Fruits de mer de Crimée, qui a été créé après le rattachement de la Crimée à la Russie en 2014, Sofia Crimée existe depuis dix ans. Initialement, la société a été fondée par des Ukrainiens qui l’ont vendue en 2014 à trois de leurs employés à en Crimée qui la dirigent aujourd’hui. « C’est également en 2014 que nous avons pris la décision d’élever des huîtres, car la société ne s’occupait alors que de moules », a encore précisé Maxime Konoplianko.

Suite aux limitations dues à l’embargo, la société a acheté des larves de mollusques en Russie, dans les parcs de Vladivostok (Extrême-Orient russe). Dans la baie de Lapsi, Sofia de Crimée élève aujourd’hui trois espèces du Pacifique : les huîtres de Khassan, de Soloviovka et la Perle.

Pour Maxime Konoplianko, les mollusques élevés en Crimée ont meilleur de goût que ceux de Vladivostok en raison de la faible salinité de l’eau de mer dans laquelle ils sont élevés. « En mer Noire, la salinité est de 17 [gr/kg, ndlr] contre 30–33 en Extrême-Orient, ce qui rend notre huître plus tendre et plus savoureuse », s’est-t-il.

Les premières livraisons industrielles de Sofia Crimée seront effectuées l’année prochaine, promet encore Maxime Konoplianko. « Nous prévoyons d’augmenter la production et les ventes d’huîtres, ces dernières étant l’un des produits les plus demandés tant en Crimée que dans le reste de la Russie », a-t-il conclu.

Repères

Les premiers parcs à huîtres ont fait leur apparition en Crimée sous la dynastie des Romanov. Jusqu’à la Révolution d’octobre 1917, Sébastopol comptait deux parcs qui exportaient des huîtres en Europe. Vu la faible salinité de l’eau de la mer Noire, elles étaient très prisées. Mais à l’époque soviétique, ces parcs ont été fermés.

Lire aussi :

Quand le fromage français redonne vie à la campagne russe

L’innovation et la technologie au service de la relance agricole

Investir en Russie : l’après-crise dans la ligne de mire

Droits réservés
+
Suivez-nous sur Facebook