Russie, Turquie : cinq bonnes raisons de se réconcilier

29 juin 2016 Alexeï Lossan
Les deux pays sont des partenaires stratégiques dans les secteurs les plus différents, allant de la livraison de gaz au développement du tourisme et du BTP.
Turkish tangerines
Les oranges turques vendues dans un supermarché à Omsk. Crédit : Alexey Malgavko/RIA Novosti

La Turquie et la Russie semblent être sur le point de se réconcilier. Le chef de l’Etat russe Vladimir Poutine aura le 29 juin une conversation téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. C’est une première depuis novembre 2015, quand les forces aériennes turques ont abattu un bombardier russe Soukhoï Su-24 à la frontière turco-syrienne. Le 27 juin, le leader turc a présenté des excuses pour la destruction de l’avion russe.

Les experts constatent que l’éventuelle réconciliation de la Russie et de la Turquie s’explique par des raisons objectives. En effet, la dégradation des relations a frappé de plein fouet les deux pays. « La Turquie a déjà évalué ses pertes issues des sanctions à 9 milliards de dollars par an, soit environ 1,2% de son PIB », a indiqué à RBTH Gueorgui Vachtchenko, directeur des opérations sur les marchés russes de la société d’investissement Freedom Finance. Le manque à gagner est particulièrement important dans le secteur touristique, avec plus de 5 milliards de dollars, et la branche textile, avec plus de 1,2 milliard.

Selon les estimations russes, les sanctions ont réduit les échanges de plus de 11 milliards de dollars, a-t-il ajouté.

1. La Turquie est le deuxième consommateur de gaz russe dans le monde

La Turquie reste le deuxième client du géant russe Gazprom derrière l’Allemagne. L’année dernière, Gazprom a livré à la Turquie 26,9 milliards de mètres cubes de gaz en satisfaisant 55% de ses besoins.

En outre, Gazprom et la société turque Botas on signé en décembre 2014 un mémorandum prévoyant la construction d’un deuxième gazoduc passant par le fond de la mer Noire – Turkish Stream – d’une capacité de 63 milliards de mètres cubes de gaz par an. Les deux pays ayant réduit leurs relations, le projet a été suspendu, mais la Turquie n’a pas réussi à trouver d’autres fournisseurs et a continué à acheter le gaz russe arrivant par les conduites existantes.

Gazprom a d’ores et déjà déclaré qu’en cas de la normalisation des relations entre les deux pays, il était de nouveau ouvert au dialogue sur Turkish Stream.

2. Un marché prioritaire pour la banque russe Sberbank

Les actifs étrangers les plus importants de Sberbank, la plus grande banque publique de Russie, sont situés en Turquie. En juin 2012, Sberbank a acheté le turc Denizbank pour 3,5 milliards de dollars. Du point de vue financier, l’investissement ne s’est pas révélé vraiment efficace, la capitalisation de la banque turque n’ayant cessé de baisser. En juin 2016, la capitalisation était de 2,6 milliards de dollars.

Ainsi, selon le journal des milieux d’affaires russes Vedomosti, Sberbank était même prête à vendre son actif étranger. Mais officiellement, Sberbank a toujours démenti les rumeurs sur la vente de Denizbank qui concentre en soi environ 9% des actifs de la banque russe.

3. Les Russes ont besoin des plages turques

Malgré un développement intense du tourisme interne en Russie, les voyagistes n’ont pas réussi à trouver d’alternative aux hôtels turcs. Le nombre de recherches de voyages organisés s’est réduit en mai dernier de 15,5% par rapport à la même période de 2015, a annoncé le journal Kommersant se référant aux données de l’Association des tour-opérateurs de Russie.

Qui plus est, toujours d’après l’Association, 20% des clients perdus sont ceux qui, après la fermeture des destinations les plus populaires, ont décidé de ne pas aller à l’étranger. « En cas de décision positive sur la relance de la coopération avec la Turquie, la demande de vacances parmi les touristes russes pourrait se redresser assez rapidement », indique une information publiée sur le site de l’Association.

4. La Turquie, grand fournisseur de fruits et légumes

Sur fond de dégradation des relations bilatérales, Moscou a interdit la livraison des principales denrées alimentaires turques. La Turquie a été pendant très longtemps pour la Russie le principal fournisseur de fruits et légumes, mais ceux-ci sont frappés par des sanctions russes depuis sept mois. Rien qu’au cours des quatre premiers mois de l’année, les importations de produits alimentaires en provenance de Turquie se sont réduites de 274,6 millions de dollars par rapport à la même période de 2015, en tendant vers zéro.

A titre de comparaison, on peut dire qu’avant l’introduction des sanctions, la Russie achetait en Turquie presque 53% de ses tomates importées en valeur monétaire et 54% de leur quantité totale, annonce le journal RBC.

5. Les sociétés du BTP turques ont modernisé le siège du parlement russe

Les sociétés turques ont réalisé plusieurs grands projets à Moscou. Par exemple, Enka a modernisé le siège de la Douma (chambre basse du parlement russe), tandis que Renaissance Construction a élevé à Saint-Pétersbourg le siège de Gazprom.

D’après le journal Kommersant, le chiffre d’affaires des sociétés turques du bâtiment en Russie arrivait alors à 50 milliards de roubles (presque 700 millions d’euros) par an. Les relations s’étant détériorées, les Turcs ont uniquement eu le droit de terminer les projets entamés.

« Le retour des sociétés du bâtiment se fera par étapes et s’étalera au moins sur plusieurs mois », a affirmé Iaroslav Kabakov, adjoint au directeur général du groupe d’investissement Finam.

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