Iliouchine 96, la renaissance d’un titan

service de presse
La Russie prévoit de relancer la fabrication en série de l’Iliouchine Il-96, a annoncé le 6 novembre Nikolaï Talikov, chef du bureau d’études du groupe aéronautique Iliouchine, lors d’une conférence de presse à Oulianovsk (à environ 700 km au sud-est de Moscou). La production de ces géants quadrimoteurs a été arrêtée il y a plusieurs années, les Iliouchine ne pouvant pas concurrencer les Boeings américains et les Airbus européens. A l’heure actuelle, la société cubaine Cubana de aviacion est l’unique entreprise au monde à exploiter des Il-96-300. En Russie, ces avions ne transportent que des officiels haut placés, notamment le président du pays. Mais aussi bien les concepteurs et les pilotes d’essai que les passagers qui ont pris l’Il-96 affirment que l’appareil a de beaux jours devant lui.

Il y a à peine un an, relancer la production des Iliouchine semblait relever du domaine de la science-fiction. Qui plus est, le transporteur national Aeroflot se débarrassait rapidement des Il-96, arguant le vieillissement de ces appareils, leur médiocre efficacité économique (quatre moteurs contre seulement deux sur les Boeing et les Airbus) et le peu de confort qu’offrait la cabine.

Les Iliouchine attendaient d’être remplacés par les Boeing 747 américains. Ceux-là même que devaient évincer les Il-96-300 dans « l’après-URSS ».

Les ailes rognées de l’Il-96

L’Il-96 est le premier long-courrier gros-porteur russe pour passagers. Il a été soumis à une sérieuse série de tests de vols à longue distance et il a notamment réalisé sans escale l’aller-retour entre Moscou et Pétropavlosk-Kamtchatski (Extrême-Orient russe) : 14 800 kilomètres franchis en 18 heures et 9 minutes.

Une attention soutenue a été accordée à la sécurité de tous les systèmes de bord de l’Il-96-300. Les pilotes qui ont eu l’occasion de se placer aux commandes de ces appareils relèvent leur fiabilité et leur robustesse par rapport aux concurrents occidentaux.

« A six reprises, j’ai fait atterrir un Il-96 en imitant la panne de tous les moteurs. C’était un test organisé par le chef du bureau d’études. Je peux vous assurer que jamais un avion étranger de ce type n’a été soumis à une épreuve semblable », a déclaré à RBTH le pilote d’essai d’Il-96, Anatoli Knychov.

C’est l’avion le plus fiable, renchérit son fils, Sergueï, le plus jeune commandant de bord d’un Il-96, ancien pilote d’Aeroflot. « Durant toutes les années de son exploitation (depuis 1993), l’Il-96 n’a jamais eu d’accident », a-t-il fait remarquer.

Mais malgré tous ces mérites, l’avion a connu un triste sort : personne n’en a voulu en Russie. Les lobbyistes des fabricants occidentaux sont parvenus à leurs fins : l’avion est définitivement « resté à quai ». Et ce alors que le prix d’une heure de vol en Il-96 revient 1 000 dollars moins cher que celui d’un Boeing 767-300ER, affirme Anatoli Knychov.

L’avion de Vladimir Poutine et Fidel Castro

A différentes époques, le Venezuela, le Pérou, la Chine et certains pays du Proche-Orient se sont intéressés à l’achat du long-courrier russe. Plusieurs pays ont même signé des contrats appropriés, mais l’appareil n’a décollé que dans le ciel des Caraïbes. L’un des Il-96 est devenu l’avion du président cubain.

En Russie, l’Il-96 ne transporte pas de simples mortels. Huit avions sont exploités par l’équipe spéciale Rossia qui assure le transport d’officiels haut placés, notamment du président de Russie. Début 2014, l’intendance du Kremlin a commandé deux autres Il-96-300 à l’usine aéronautique de Voronej (à environ 450 kilomètres au sud de Moscou). Les appareils doivent être livrés avant la fin de l’année.

Renaître de ses cendres

Suite au scandale qui a récemment éclaté entre le MAK (Comité d’aviation des pays de la CEI) et l’Agence des transports aériens de Russie (Rosaviatsia) sur l’interdiction d’exploiter des Boeing 737 en Russie, l’Il-96 semble avoir des chances réelles de renaître et d’assurer le transport commercial.

« Si des sanctions sont décrétées contre Boeing et Airbus, vous et moi et encore 143 millions de passagers seront obligés de prendre le train et la voiture. Et vu que 60% des régions de notre pays ne disposent ni de chemins de fer ni de routes, la population devra circuler en traîneaux de chiens et de rennes. C’est évidemment une plaisanterie, mais le président russe a été le premier à comprendre que le problème relevait de la sécurité nationale. Il a déjà donné l’ordre d’étudier en détail les capacités de l’avion Il-114… Aujourd’hui, c’est le tour de l’Il-96 », a déclaré à la radio Business FM Oleg Smirnov, pilote émérite de l’Union soviétique. Etant donné la possibilité de passer rapidement à la fabrication en série, grande est la probabilité de voir prochainement le titan Iliouchine assurer le transport de passagers.

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