Dealers et terroristes, gare aux rats-cyborgs !

Les neurones sensoriels des rats disposent de milliers de protéines réceptrices renouvelables.

Les neurones sensoriels des rats disposent de milliers de protéines réceptrices renouvelables.

Shutterstock/Legion Media
Des chercheurs de Rostov-sur-le-Don (à environ 1 000 km au sud de Moscou) élaborent une méthode unique en son genre de lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue avec l’aide de rongeurs.

Les scientifiques du laboratoire des neurotechnologies de conception et de perception de l’Université du Sud (Rostov-sur-le-Don) ont proposé de se fier à l’odorat hypersensible des rats dans la recherche d’explosifs.

Ils estiment que les rongeurs-cyborgs avec une puce implantée dans le cerveau peuvent constituer une sorte de capteurs.

Selon eux, les neurones sensoriels des rats disposent de milliers de protéines réceptrices renouvelables par voie naturelle, ce qui fait qu’ils captent un plus grand nombre d’odeurs que les matériels sophistiqués et même les chiens.

La nouvelle étude permettra d’atteindre un degré unique de perception des substances par les rats, affirment les auteurs de la théorie.

La puce électronique captera les réactions physiologiques de l’animal à l’odeur, même si la concentration d’une substance est minimale, et si le rongeur ne réagit pas à l’odeur. Le signal sera transmis vers un ordinateur et ce sera aux services spéciaux de réagir.

Les problèmes de réalisation

Pour le moment, l’installation ne peut être que filaire et le rayon de son action est limité à la longueur des fils, qui est de 5 mètres. Mais dans un futur éloigné, les rats-cyborgs pourront explorer les recoins les plus éloignés de n’importe quel bâtiment. Au début, l’installation se présentera comme une « boîte » avec un rat et des fils. Toutefois, ici aussi, les chercheurs auront à affronter certaines difficultés.

« Le rat peut ronger ou déchirer les fils. Cela étant, aujourd’hui, les animaux sont endormis pour l’expérience », a expliqué le chef du laboratoire, Dmitri Medvedev. 

En outre, les scientifiques doivent comprendre ce qui se passe dans le cerveau du rat quand il renifle une odeur concrète afin d’isoler l’impulsion du cerveau qui réagit aux explosifs. Car dans les conditions réelles, il est quasi impossible d’éviter au rat la présence d’agents excitants étrangers.

Armée de rats-cyborgs

Le projet est réalisé par trois groupes de spécialistes : les physiologistes apprennent aux animaux à discerner les imitations de drogues et d’explosifs, les ingénieurs perfectionnent le système, tandis que les informaticiens créent les algorithmes mathématiques d'étude des résultats, pour lesquels les chercheurs accumulent les statistiques des impulsions cérébrales à différentes odeurs.

En outre, un animal ne peut être entraîné à réagir qu’à une seule odeur, ce qui signifie qu’il sera indispensable d’entretenir une « armée » de rats. 

« Pour entraîner un animal à réagir à une substance, il faut entre deux et trois mois. Or, la durée de vie d’un rat de laboratoire est d’environ un an, a fait remarquer Dmitri Medvedev. En plus, les petits ne peuvent pas travailler et les vieux perdent leur odorat ».

Perspectives

Les chercheurs prévoient d’élaborer le modèle du système biotechnique vers le milieu de l'année 2016.

Le projet intéresse d’ores et déjà le ministère de la Santé et celui des Situations d’urgence. Les rats sont également capables de dépister d’après les odeurs plusieurs maladies, notamment la tuberculose et certains cancers. Et ce, à des stades précoces, alors que les autres méthodes ne fonctionnent pas encore.

Enfin, les rats peuvent participer aux travaux de recherche des victimes lors de situations d’urgence. Mais pour le moment, leur apprendre dans les limites temporelles existantes à faire la différence entre les odeurs d’un humain en vie et décédé est un objectif relevant de la science-fiction.

La Tanzanie, le Mozambique, la Thaïlande, l’Angola et le Cambodge font appel aux cricétomes (rongeurs voisins du rat) pour détecter des mines. La Colombie dispose elle aussi de rats démineurs. Aux Pays-Bas, la police a recours à des rats capables de détecter l’odeur de la poudre d’armes à feu, tandis qu’Israël fait travailler des rongeurs au contrôle des bagages à l’aéroport. Dans chaque cas, les rongeurs sont conditionnés à réagir à la peur et à la douleur (par exemple, à une décharge électrique) ou à des aliments. Ayant détecté l’odeur en question, le petit animal se cache dans un terrier spécial ou tombe à l’arrêt.

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