Obésité : une pilule pour remplacer le footing ?

Ria Novosti / Vladimir Vyatkin
À la demande de leurs collègues russes, des chercheurs suédois ont conduit un test et ont administré le nouveau médicament à des souris en surpoids soumises à un régime calorique. En quatre semaines, les rongeurs ont perdu entre 15 et 25% de leur masse corporelle.

Les chercheurs du Centre de recherches en biologie physico-chimique Belorezski de l’Université d’État de Moscou et de l’Institut Wenner-Gren de l’université de Stockholm développent un remède insolite contre l’obésité. Pour le moment, il ne profite qu’aux souris. Les tests cliniques sur les humains seront lancés d’ici deux ans, promettent les chercheurs.  

Les mystères de l’ion

C12-TPP, un ion pénétrant, a été administré aux souris avec de l’eau potable. La science mondiale l’a officieusement baptisé « l’ion de Skoulatchev », en l’honneur du biochimiste soviétique Vladimir Skoulatchev. Dans les années 70, ses recherches ont permis de comprendre comment nos cellules obtiennent de l’énergie lors de la respiration.

Encore récemment, ces résultats ont été utilisés pour le projet « Ions de Skoulatchev – non à la vieillesse ! » qui réunit près de 300 chercheurs de plus 40 laboratoires russes et étrangers. Il vise à lutter contre le vieillissement grâce aux ions combattant les radicaux libres et à prolonger la longévité. Les laboratoires ont créé des médicaments qui sont actuellement au stade des essais cliniques en Russie et aux Etats-Unis. Le premier – des gouttes oculaires pour les maladies de l’œil liées à l’âge – est déjà vendu dans les pharmacies russes.

Récemment, dans le cadre du projet en cours, les chercheurs ont décidé de mettre « l’ion de Skoulatchev » au service de la lutte contre l’obésité. C12-TPP réduit la charge électrique pesant sur la membrane des mitochondries – la minuscule « station énergétique » de l’organisme qui se trouve dans nos cellules. L’ion force les cellules à travailler de manière intensive et à rétablir la charge utilisée en consommant davantage de nutriments. Ainsi, il imite une activité physique soutenue.

Les Russes s’engraissent

Ces dernières années, les nutritionnistes tirent la sonnette d’alarme. Selon les prévisions de l’Institut de l’alimentation de l’Académie russe des sciences médicales, une épidémie d’obésité pourrait frapper en Russie d’ici 2030. Ce mal affecte déjà 16% des hommes et 24% des femmes en Russie. Entre 8 et 10 % des enfants russes sont aujourd’hui en surpoids. La Russie se classe désormais en 4e position pour le nombre de personnes en surpoids, précise le centre de recherches « Alimentations saine ».

Les causes de surpoids en Russie sont les mêmes que partout ailleurs. La mauvaise alimentation avant tout – la consommation excessive de glucides rapides, nous explique Alexeï Kovalkov, nutritionniste et directeur de la clinique de correction du poids. 

« Le problème est que, partout dans le monde, on combat le surpoids au lieu de combattre ses causes. L’opération de réduction du volume de l’estomac est une méthode effectivement radicale, mais elle n’élimine pas les causes de l’obésité. Il en existe environ une cinquantaine et elles sont toutes d’ordre hormonal », explique Kovalkov.

Ces dernières années, on pensait qu’il était possible de soigner l’obésité par la psychanalyse et le calcul des calories. Mais, d’après le nutritionniste, les découvertes scientifiques de ces 2-3 dernières années ont complètement invalidé cette théorie en montrant que le surpoids témoigne d’une maladie systémique grave de l’organisme entier et provoque des complications pouvant conduire à la mort.

Quel espoir pour les obèses ?

Le marché mondial actuel propose un grand nombre de remèdes amaigrissants. Beaucoup d’entre eux fonctionnent grâce à un effet diurétique, laxatif ou sudorifique. En Russie, les médicaments à base de fibres, qui permettent d’atteindre la satiété avec de faibles portions de nourriture, sont plus populaires.

Les médicaments permettant de combattre le surpoids ont, généralement, de nombreux effets secondaires. C12-TPP est-il inoffensif pour l’organisme ? « Disons qu’il n’a  provoqué aucun dégât chez les souris de laboratoire. Il n’a fait que donner une charge supplémentaire aux mitochondries – les sources d’énergie des cellules », nous explique l’un des concepteurs du médicament et directeur du projet, Maxime Skoulatchev. Mais la sécurité du médicament doit encore être soigneusement testée, précise-t-il.

Dans les deux prochaines années, le médicament sera testé cliniquement sur les animaux. Si les tests s’avèrent aussi positifs qu’à Stockholm, les essais cliniques sur les humains seront lancés. Toutefois, le futur médicament ne peut pas être considéré comme une panacée contre l’obésité, estiment les chercheurs. Il ne normalise pas le métabolisme et, à l’issue du traitement, les patients reprendront du poids s’ils ne changent pas leurs habitudes.

Les tests conduits par l’université de Stockholm ont montré qu’en conservant un régime alimentaire riche, les souris reprenaient les graisses perdues après l’arrêt du traitement. Le nouveau médicament permettrait certes de perdre rapidement du poids, mais les patients devront tout de même changer leur mode de vie, même si le changement ne sera peut-être pas aussi radical que si le nouveau traitement n’existait pas.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.