Russie-Ukraine : quel avenir pour la coopération spatiale ?

Crédit : Reuters

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L’évolution de la situation dans les régions orientales de l’Ukraine début 2014 et l’intégration de la Crimée à la Russie ont presque réduit à néant la coopération des deux pays dans l’exploration de l’espace. Quels sont les projets concernés ?

Après la chute de l’Union soviétique, les entreprises du secteur aérospatial ukrainien se sont tournées essentiellement vers la coopération avec la Russie. Pour ce qui est des livraisons pour les programmes spatiaux civils et du fonctionnement de la Station spatiale internationale (ISS), la Russie réalise toujours des commandes à l’Ukraine. Toutefois, nombre de projets se sont retrouvés dans une zone à risques. Les entreprises ukrainiennes n’ont reçu dans le courant de l’année dernière aucune commande de la part de la Russie liée à la construction de lanceurs ou de satellites.

Sea Launch

Sea Launch est l’unique base spatiale flottante au monde. Le projet prévoyait de lancer des satellites grâce à une fusée porteuse moyenne ukrainienne depuis la plateforme Odyssey qui n’est autre qu’une plateforme de forage japonaise réaménagée.

Le projet a rassemblé le constructeur américain Boeing, la société russe Energuia, le bureau d’études ukrainien Youjnoïe et l’usine ukrainienne Youjmach, ainsi que le chantier naval norvégien Aker Solutions.

La participation ukrainienne se réduisait à la fabrication des deux premiers étages de la fusée Zenit-3SL, et ce à partir d’environ 70% de pièces russes. Mais le 22 juin 2009, le groupe international a annoncé sa faillite. Le 1er avril 2010, Boeing a remis la direction générale du projet à Energuia. Le 24 décembre, la Russie a annoncé qu’il serait impossible de poursuivre la coopération dans le cadre de Sea Launch avec l’Ukraine et a évoqué une éventuelle collaboration avec le Brésil. Toutefois, le pays sud-américain a déclaré en avril dernier qu’il se retirait du projet.

LandLaunch

Land Launch est un service de lancement spatial basé sur les acquis de Sea Launch qui prévoit le départ de lanceurs Zenit-3SLB et Zenit-3SLBF à partir du cosmodrome de Baïkonour.

Les neuf lancements de Zenit dans le cadre de Land Launch, du 28 avril 2008 au 1er septembre 2013, ont été réussis. Ces fusées, moins chères et plus écologiques, devaient remplacer progressivement les Proton-M à Baïkonour.

L’Ukraine estime que les projets Sea Launch et Land Launch pourraient recevoir un second souffle dans le cadre du programme Air Launch qui prévoit de lancer des Zénit depuis l’avion de transport Antonov An-225 Mria, le cargo le plus lourd au monde.

Rokot

Les lanceurs reconvertis à trois étages Rokot, capables de placer en orbites basses des charges jusqu’à deux tonnes, sont fabriqués par le Centre Khrounitchev (Russie). La société ukrainienne Hartron livre les systèmes de commandes pour ces fusées.

Les Rokot étaient principalement commandés par le ministère russe de la Défense. Leur grand avantage était un coût assez bas : environ 20 millions de dollars US (fabrication et lancement y compris). Cependant, les militaires russes devront y renoncer suite à la décision de l’Ukraine de limiter l’exportation de technologies à double usage vers la Russie.

Centre de direction des vols ukrainien

Après l’intégration de la Crimée à la Russie, l’Ukraine a perdu son Centre de direction des vols – le Centre national de commande et d’essais des techniques spatiales – situé à Vitino, non loin d’Evpatoria. Ce Centre comprenait le poste de contrôle des sondes scientifiques Sitch et le système de commande du premier satellite de télécommunications ukrainien Lybid (qui n’est pas encore lancé).

Moscou n’a pas restitué à l’Ukraine les équipements de cette structure qui fait partie désormais du Centre Titov d’essais spatiaux des Troupes russes de défense spatiale. Le contrôle de Lybid a été remis à l’entreprise Ukrcosmos de Kiev qui doit mettre en place un nouveau poste de commande. D’ici là, le pays prévoit de manœuvrer son satellite grâce à une station prise à bail en Italie. Pour sa constellation de satellites, l’Ukraine crée un centre dans la région de Khmelnitski.

 

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