La Russie met au point un « hélicoptère pour tous »

Les concepteurs d’Afalina affirment que leur hélicoptère est doté d’un système foncièrement nouveau de commande des rotors de sustentation. Crédit : Marina Lystseva/TASS

Les concepteurs d’Afalina affirment que leur hélicoptère est doté d’un système foncièrement nouveau de commande des rotors de sustentation. Crédit : Marina Lystseva/TASS

Le Salon international de l’hélicoptère HeliRussia 2015, qui s’est tenu du 15 au 17 mai, n’a pas été très riche en innovations. Toutefois, la société HeliWhale de la région de Kemerovo (Sibérie occidentale) a présenté son hélicoptère ultraléger Afalina (Grand dauphin). Les concepteurs mettent en relief le caractère unique du nouvel appareil, tandis que les experts restent sceptiques face à l’idée d’un « hélicoptère pour tous ».

L’hélicoptère biplace polyvalent Afalina est arrivé à Moscou dépourvu d’hélices. Les ingénieurs déclarent qu’ils souhaitent d’abord soumettre leur créature aux critiques constructives des spécialistes et seulement après la « peaufiner ».

Mais les hélices (Afalina est équipé de rotors coaxiaux) sont justement l’innovation phare d’HeliWhale. Ce système est considéré comme assez compliqué pour la production, l’entretien et les réparations, bien qu’il soit optimal pour les hélicoptères légers et ultralégers : quand les hélices sont disposées de la sorte, l’appareil est plus facile à piloter en montagne, car il est plus stable face aux rafales de vent, moins bruyant, plus compact et n’exige pas de grandes aires pour décoller et atterrir.

Petit, mais rapide

En chiffres

Moteur : Rotax 914 UL (115 CV)

Poids à vide : 260 kg

Poids au décollage : 495 kg

Vitesse maximale près du sol : 250 km/h, vitesse de croisière : 200 km/h. Plafond : 3 000 m. Distance de vol maximale : 700 km. Consommation de carburant en vitesse de croisière : de 18 à 22 l par heure, capacité de réservoir : 60 l.

Les concepteurs d’Afalina affirment que leur hélicoptère est doté d’un système foncièrement nouveau de commande des rotors de sustentation (d’ores et déjà breveté), ce qui lui permet de voler à grande vitesse.

Il faut dire qu’Afalina peut pratiquement faire le plein à n’importe quelle station-service (à condition d’acheter du super). Associé à son système de chauffage et de ventilation de la cabine et à un prix de base plus que modeste – aux environs de 110 000 euros au cours actuel – l’appareil devrait, selon les concepteurs, être très attractif pour les consommateurs, notamment le ministère des Situations d’urgence, le secteur agricole, les écoles de pilotage et l’aviation sanitaire.

L’usine chargée de produire de ces hélicoptères ultralégers a déjà été construite à Kemerovo et devrait fabriquer entre une dizaine et une quinzaine d’appareils par an. Les consommateurs recevront leur hélicoptère sous forme de kit à partir duquel ils assembleront leur appareil, ce qui garantira à ce dernier un prix peu élevé et permettra de le lancer rapidement en série.

« Personne ne produit pour l’instant d’hélicoptères de ce genre. Même le biplace Robinson est plus lourd qu’Afalina et représente en fait un appareil tout autre », a déclaré à RBTH le directeur général d’HeliWhale, Yakov Kolesnik. « Les Robinson américains sont en outre beaucoup plus chers, car un biplace revient environ 270 000 euros. Notre hélicoptère à nous, avec son moteur importé (il s’agit aujourd’hui de Rotax), coûte deux fois moins cher. Nous sommes en train de chercher des « remplaçants ». Il existe un bon moteur mis au point en Russie et nous pourrions en doter nos appareils. A part ça, l’hélicoptère ne compte aucune pièce importée. Nous l’avons réalisé nous-mêmes, en partant de rien », a-t-il fait remarquer.

L’unique prototype que possède HeliWhale sera soumis prochainement à des essais d’endurance.

Un « hélicoptère populaire », est-ce possible ?

Outre la demande intérieure, les concepteurs lorgnent sur les marchés d’Australie, des Etats-Unis et d’Europe et affirment avoir d’ores et déjà reçu des commandes. L’orientation vers le marché extérieur s’explique facilement : ces pays ont des règles moins strictes de réglementation aérienne. Ainsi, la Russie est l’un des rares pays qui ne dispose pas d’espace aérien libre en dessous de 300 mètres. Un avion ou un hélicoptère doivent obligatoirement monter plus haut et s’inclure dans le trafic aérien. En outre, une procédure d’homologation est indispensable pour pouvoir devenir « usager » de l’espace aérien.

Le rédacteur en chef adjoint du magazine Vzliot (Décollage), Vladimir Chtcherbakov, se dit sceptique quant à l’idée d’un « hélicoptère populaire » en Russie. « Pour mener à bien le projet, il faut d’importants investissements, mais pour vendre cet hélicoptère quelque part, il faudra plus de ressources qu’on en a consacré à sa mise au point et à sa fabrication, a-t-il expliqué. En outre, il est indispensable d’assurer le service après-vente. Une petite société sera incapable de s’en occuper comme il se doit dans différentes villes du pays ou à l’étranger, car elle fera tout simplement faillite. »

« Le créneau des hélicoptères ultralégers est assez intéressant, mais ce ne sont pas des appareils pour la ville, ils sont plutôt destinés aux habitants des régions reculées, par exemple, aux fermiers. Toutefois, nous ne disposons pas d’infrastructures appropriées et l’essence n’est pas donnée. Et bien que le prix promis soit assez bas, les hélicoptères coûtent quand même cher et, avec l’oscillation des cours, il est peu probable qu’un particulier lambda puisse s’en offrir un », a fait remarquer Vladimir Chtcherbakov.

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