Un Russe candidat à une greffe de tête : dix faits étonnants

Crédit : TASS

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La semaine dernière, de nombreux médias ont annoncé que le neurochirurgien Sergio Canavero était prêt à transplanter sur un patient le corps d’une autre personne. Le programmeur russe Valery Spiridonov est le premier candidat à une telle opération. RBTH s’est entretenu avec lui, et a sélectionné les dix faits les plus dérangeants et étonnants sur l’opération à venir.

Le principal candidat à une greffe de tête sur le corps d’un donneur, que prévoit de mener le chirurgien italien Sergio Canavero, est le programmeur de 30 ans natif de Vladimir (175 km à l’est de Moscou) Valery Spiridonov. Il souffre d’une atrophie musculaire que le condamne à passer sa vie dans un fauteuil roulant. Selon les mots de Spiridonov, il s’est décidé à ce geste désespéré pour pouvoir profiter d’un nouveau corps, quitte à le payer de sa vie.

1. Valery Spiridonov ne peut pas choisir son propre corps.

Il sera vraisemblablement pris à un homme mort dans un accident ou condamné à la peine de mort. Son seul souhait est de recevoir un corps masculin. « Je veux simplement que ce corps soit en meilleure santé que le mien, a déclaré Spiridonov à RBTH. Pour tout le reste, je pourrai le mettre en bon état par le sport et l’alimentation. Choisir mon corps est pour l’instant un luxe inaccessible, qui confine à la folie. »

2.  La transplantation va durer plus de 36 heures.

Elle nécessitera la participation simultanée de cent chirurgiens. La section de la tête et son unification au corps ne devront pas prendre plus d’une heure.  « Selon les prévisions, le patient passera un mois dans un coma artificiel. C’est la durée indispensable pour la fusion des tissus. Ensuite, il faudra encore pratiquement un an de physiothérapie et de rééducation », raconte Spiridonov.

La première expérience de conservation d’une tête a été menée en 1926 par le physiologiste Sergueï Brioukhonenko, concepteur du premier appareil de circulation sanguine artificielle. Brioukhonenko avait démontré qu’une tête de chien séparée de son corps et raccordée à un système artificiel de circulation sanguine donnait des signes de vie. En réponse à différents stimuli, elle clignait des yeux, se léchait les babines, et mangea même un morceau de fromage, qui retomba de son œsophage.

3. Les enfants de Spiridonov pourront hériter des gènes du corps du donneur.

 « En ce qui concerne les enfants, leurs gènes proviendront du corps du donneur, mais tout ceci reste encore à étudier », a déclaré Spiridonov.

4. L’opération coûtera environ 11 millions de dollars.

 Pour l’instant, le professeur n’est pas parvenu à réunir une telle somme.

5. Canavero n’a pas d’exigences précises pour les candidats à l’opération

« Canavero n’exprime pas de demandes concrètes vis-à-vis du patient, a raconté Spiridonov à RBTH. Mais il doit forcément s’agir d’une personne dans l’organisme est tellement endommagé qu’il est impossible de l’aider autrement. Une personne condamnée. »

6. Spiridonov et Canavero ne se sont jamais rencontrés en personne, mais ont longuement discuté par Skype.

Leur première rencontre est prévue pour une conférence aux Etats-Unis. 

« C’est moi qui me suis adressé au docteur Canavero, dit Spiridonov. Je m’intéresse depuis longtemps à la question des greffes d’organes et je connais toutes les tentatives qui ont eu lieu avant celles-ci. Puis je suis tombé sur une interview, dans laquelle il affirme avoir résolu le problème principal : la fusion de la moelle épinière. Je n’ai pas envoyé à Canavero mon dossier médical. Il imagine bien quel est mon diagnostic. Il est à peu près le même que celui des gens de mon âge. Pour l’instant, il n’est pas nécessaire d’organiser de voyages en personne. »

7. Le professeur Canavero n’assumera pas la responsabilité du résultat de l’expérience, et Spiridonov ne lui impose aucune obligation.

 « Il essaie de faire ce dont je rêve, dit Spiridonov, et je ne peux rien exiger de lui. Il n’y a pour l’instant aucun pronostic. Beaucoup de détails seront clarifiés pendant la conférence aux Etats-Unis. Peut-être y aura-t-il des attentes et des pronostics. Bien entendu, le but est de rétablir un contrôle complet sur tous les organes et les membres. »

8. L’instrument le plus important de l’opération sera le « scalpel ultrafin ».

C’est avec lui que sera sectionnée la colonne vertébrale.

9. Pour que la tête fonctionne sur un nouveau corps, les chirurgiens seront forcés de « souder » les axones sectionnés.

C’est-à-dire les longues excroissances neuronales qui les lient les uns aux autres. Ils transmettent l’information entre les cellules nerveuses, ainsi que les signaux aux muscles et aux glandes.

10. Spiridonov ne changera pas d’avis.

« Si je laisse passer cette chance, mon sort sera peu enviable. Chaque année qui passe ne fait qu’empirer mon état », considère le programmeur.

Le scientifique soviétique Vladimir Demikhov fut le premier à greffer une tête sur le corps d’un donneur. En 1954, il greffa à un berger allemand une tête de chiot, avec ses épaules et ses pattes avant. Le monstre bicéphale ne vécut que quelques jours. « La tête greffée réagissait de façon vivante à son environnement, avait un regard expressif, regardait dans les yeux les gens qui l’approchaient… », écrivit Demikhov dans son journal.

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