Terrain fertile pour les jeunes pousses ?

Le service Mes Dépanneurs a fait mouche auprès de la clientèle française avec son dépannage d’urgence à domicile. Crédit : Getty Images/Fotobank

Le service Mes Dépanneurs a fait mouche auprès de la clientèle française avec son dépannage d’urgence à domicile. Crédit : Getty Images/Fotobank

Les start-ups russes peuvent-elles se faire une place sur le marché français ? RBTH a interrogé des entrepreneurs déjà installés dans l’Hexagone. Leurs impressions sont mitigées.

À Moscou, l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) se félicite de l’augmentation du volume des investissements russes en France : à hauteur de 1,3 milliards en 2013, ils ont été multipliés par dix en trois ans, la Russie gagnant ainsi treize points dans la liste des principaux investisseurs en France. « En 2013, 38 sociétés russes ont travaillé en France, c’est-à-dire 15 de plus qu’en 2012 », indique cette structure gouvernementale dans son rapport annuel.

Ces résultats, jugés prometteurs, restent néanmoins discrets à la lumière des flux d’investissements français sur le marché russe. La même tendance s’observe concernant les start-ups : les jeunes pousses russes sont encore peu nombreuses à se lancer dans les affaires en France. À tort, juge Dmitri Goussiev, installé dans l’Hexagone depuis dix ans. « Il y a incontestablement des perspectives ici et en Europe, beaucoup de niches sont encore inexploitées », assure le fondateur de CloudWave, une société informatique lancée en décembre 2013. Pour Adrien Henni, rédacteur en chef de East-West Digital News, site d’information international sur les secteurs numériques en Russie et ex-URSS, la France n’a certes pas la réputation d’être la Californie, et pâtit d’une image peu attractive. « Les entrepreneurs russes vont d’abord viser des zones jugées plus propices aux affaires comme l’Asie, le monde anglophone ou hispanophone. Ils savent qu’ils y trouveront plus facilement des capitaux ».

Ivan Burdun, 60 ans, a vécu au Royaume-Uni et aux États-Unis. Pendant treize ans, il a mené des recherches dans le domaine aéronautique à Novossibirsk, pôle scientifique sibérien. Il est désormais installé en Provence où il a lancé il y six mois Aixtree, petite entreprise spécialisée dans le domaine maritime et aéronautique. Dans un contexte de stagnation économique liée à la crise de 2008, Ivan Burdun a pensé à l’étranger. C’est l’invitation à créer une société en France, formulée par l’AFII et l’agence Provence Promotion, qui l’a incité à investir dans l’Hexagone. « Ce fut une surprise totale, car nous n’avions jusqu’à présent jamais considéré la France comme un lieu potentiel pour le développement d’une entreprise, explique-t-il. Nous imaginions le marché français fermé aux services de recherches privés en provenance de Russie ». La création de son entreprise a été saluée par des prix régionaux.

Bien implantée dans la communauté russe de Paris, Katia Sogréeva s’est lancée dans un tout autre secteur d’activité. Il y a un an, elle a créé, avec des compatriotes, Mes Dépanneurs, une plateforme de dépannage à domicile. Elle explique : « L’idée est née d’expériences vécues dans notre entourage. Beaucoup de nos amis se sont fait arnaquer par des plombiers. Abordez le sujet en France et vous verrez qu’une personne sur deux vous racontera la manière dont elle s’est fait rouler dans la farine pour un dépannage à domicile ». Mes Dépanneurs propose aux clients en détresse l’assistance d’un plombier, d’un électricien, d’un chauffagiste ou encore d’un serrurier dans les 20 minutes. Que des professionnels.

À l’heure du premier bilan – la société existe depuis un an –, Katia Sogréeva ne nie pas les obstacles rencontrés (pénurie de travailleurs fiables, démarches juridiques pesantes) : « Le principal frein, c’est la lenteur des prises de décision. La réponse à un simple courriel peut prendre une dizaine de jours, et c’est considéré comme normal ». Mais la fiabilité des partenaires français et le sentiment d’avoir trouvé un secteur offrant des perspectives de développement emportent la mise. « En tant qu’entreprise innovante, nous avons obtenu un prêt sans intérêt du gouvernement français », précise Katia.

Dmitri Goussiev déplore également une certaine raideur des procédures françaises, notamment dans les banques : « Même pour des choses simplissimes – l’ouverture d’un compte, par exemple –, il faut constituer des dossiers très détaillés. Mieux vaut pouvoir compter sur l’aide d’un expert comptable ».

Si la Russie parvient à attirer des entrepreneurs français, l’inverse n’est pas forcément vrai. Katia Sogréeva avance trois raisons pour expliquer cette asymétrie : dans les affaires, la connaissance de la langue russe est moins requise en Russie que le français en France ; il est difficile d’obtenir un titre de séjour offrant le statut convoité d’entrepreneur ; enfin, le marché français serait plutôt conservateur, « les consommateurs préférant s’orienter vers du Made in France d’une maison fondée de préférence au XVIIIème siècle ».

 

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