Les moteurs hors de la politique

An-124 « Rouslan » Crédit : Itar-Tass

An-124 « Rouslan » Crédit : Itar-Tass

Les événements en Ukraine, dégradant les projets des partenaires, ont obligé les participants de la coopération de production à revoir leur collaboration. Les constructeurs de moteurs des deux pays créent un centre commun d'ingénierie. Cependant, la Russie a un autre plan : en cas de détérioration de la situation dans de brefs délais, un programme permettant de réduire les importations pourrait être réalisé.

La technologie aéronautique russe sur des moteurs ukrainiens

La collaboration des constructeurs aéronautiques russes et ukrainiens puise ses racines dans l'histoire : à l'époque de l'URSS, une écrasante majorité d'hélicoptères, ainsi que de nombreux avions-cargos militaires étaient équipés de moteurs de conception ou production ukrainienne. Même si pendant les années 1990, la frontière divisait les constructeurs de moteurs ukrainiens des partenaires et clients russes, la collaboration n'a pas été interrompue.

La technologie aéronautique est la base de la ligne de production de la compagnie « Les hélicoptères russes » (Vertolety Rossii) : ce sont les légendaires Mi-8 et leurs différents modèles, les hélicoptères militaires Mi-24, Mi-35, Mi-28H et les kamov K-52, ainsi que les très lourds Mi-26, tout cela vole sur les moteurs montés à Zaporojie. De plus, il y a les moteurs ukrainiens AI-222 installés sur les avions d’entraînement militaire Yak-130, D-18T, sur les avions-cargos militaires lourds An-124 « Rouslan », et le moteur D-436 monté sur les avions transportant les passagers An-148 et les avions amphibies Be-200. Une partie de ces avions et hélicoptères sont produits en série en Russie, une autre partie sert au réarmement de l'armée de l'air russe et a besoin de réparations et de service technique.

En dépit de la réduction du travail de la commission internationale qui coordonnait la collaboration des entreprises des deux pays, la « corporation unie de construction de moteurs » et la SA ukrainienne « Motor Sitch » et l'entreprise publique « Ivtchenko-progress » tentent de préserver cette collaboration profitable à tous. En mars 2014, une entreprise commune sera fondée : un centre d'ingénierie qui s'occupera d'organiser des travaux scientifiques de recherches et des travaux pratiques de construction dans la création de turbomachines, notamment les moteurs d'avions. Le projet de travaux jusqu'en 2020 créé par les partenaires envisage 15 directions, déjà existantes et de développements envisagés.

« En premier lieu, nous travaillerons sur les programmes que nous sommes déjà en train de réaliser ensemble et qui exigent une prolongation de la collaboration, a déclaré le directeur de « ODK », Vladislav Masalov. Nous avons pour projet d'augmenter les chiffres des ressources et les indices de fiabilité des moteurs. Et, bien sûr, le centre d'ingénierie envisage une possible organisation commune des réparations pour une grande partie des moteurs d'hélicoptères ».

Les partenaires souhaitent aussi concevoir ensemble des moteurs qui concurrenceront les moteurs américains, leaders, pour l'instant, dans le secteur des moteurs pour les avions des lignes nationales et les hélicoptères légers ; on examinera également des moteurs civils prometteurs et les installations énergétiques terrestres.

Le centre d'ingénierie se situera a Moscou mais près de 40 spécialistes ukrainiens y travailleront. De nouveau, l'entreprise créée sera un détenteur du certificat et les droits de propriété intellectuelle seront partagés entre les deux parties dans différentes proportions.

La réduction de l'importation comme alternative à la collaboration

Que les partenaires aient envie d'une collaboration qui leur serait rentable est indispensable, mais ce n'est pas une condition suffisante pour réussir. Malheureusement, parfois, la politique se mêle des affaires et, sur le fond des actions destructrices des pouvoirs de Kiev, le gouvernement russe est obligé de penser à d'autres solutions. Une des menaces dont on parle beaucoup ces derniers mois est l'arrêt des livraisons des moteurs ukrainiens pour les constructeurs aéronautique russes. La seule réponse possible à de telles actions ne peut être que la réduction de l'import.

Comme l'avait dit plus tôt le ministre russe de l'industrie et du commerce, Denis Mantourov, concernant les moteurs d'hélicoptères plus massifs TB3-117, il faudra à la Russie environ 2 à 2,5 ans pour se passer de l'import. « Pour devenir complètement indépendant de « Motor Sitch » pour ce moteur, cela nous prendra environ 2 à 2,5 ans », a-t-il dit. La situation est la même pour les moteurs Yak-130, ils sont partiellement produits en Russie et assimiler la production de ces composants qui viennent de l'étranger est aussi une affaire d'environ deux ans.

Ce sera plus difficile avec les moteurs pour les hélicoptères uniques Mi-26 et les non moins uniques avions An-124. De nos jours, on n'utilise peu de tel appareils, et partant de rien, lancer la production à la pièce de moteurs pour eux serait une entreprise bien trop longue, chère et non rentable. C'est pourquoi, comme mesure extrême, la Russie envisage des réparations complètes des moteurs de ces appareils, une telle attitude permettrait de continuer pendant encore une dizaine d'années à maintenir le parc existant « à flot ».

D'ailleurs, même s'ils se préparent à une guerre commerciale, les deux côtés espèrent la paix. Pour les constructeurs de moteurs ukrainiens, la Russie est un marché-clef, sans lui, nos partenaires connaîtraient une chute de la demande et de sérieux problèmes économiques. Mais la Russie elle aussi ne voudrait pas mettre fin à une collaboration profitable et longue de plusieurs années et rapidement créer en Russie une production du même type. On a envie de croire qu'une telle unanimité permettra aux constructeurs de moteurs de rester en dehors de la politique.

 

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