Interjet lance des vols commerciaux sur le Soukhoï Superjet

Pendant des décennies, Soukhoï a été connu à travers le monde pour ses avions militaires de premier plan, mais le Superjet a été la première tentative de proposer un avion civil capable de rivaliser avec les meilleurs de la planète. Source : service de presse

Pendant des décennies, Soukhoï a été connu à travers le monde pour ses avions militaires de premier plan, mais le Superjet a été la première tentative de proposer un avion civil capable de rivaliser avec les meilleurs de la planète. Source : service de presse

La compagnie aérienne mexicaine fait de Soukhoï le premier producteur d’avions de ligne russe sur le marché nord-américain.

Tôt dans la matinée fraîche du 18 septembre, l’aéronautique russe a franchi une nouvelle étape dans son histoire moderne : les deux premiers Sukhoï Superjet, seul avion civil développé depuis la chute de l’URSS, ont réalisé leurs premiers vols entre Mexico et les villes de Torreón et Aguascalientes, dans le centre du Mexique.

Interjet, deuxième plus grande compagnie aérienne mexicaine, est le premier groupe nord-américain de l’histoire à utiliser un avion de ligne russe. Les appareils relieront bientôt d’autres pays d’Amérique latine, mais aussi les États-Unis.

Le groupe Interjet, qui contrôle 25% du marché national et 15% du trafic international parmi les compagnies mexicaines, espère que les 20 Superjet qui doivent être livrés dans les deux prochaines années (avec une option pour dix supplémentaires) permettront d’augmenter de 3 millions le nombre de ses passagers.

« Les performances du Superjet Soukhoï seront observées de très près par les constructeurs, les spécialistes et toute l’industrie aéronautique car il s’agit du premier avion russe à recevoir un certificat de sécurité de l’AESA et à pénétrer le marché nord-américain, qui est dominé par d’autres fabricants », explique Jose Luis Garza, directeur général d’Interjet, à La Russie d’Aujourd’hui.

Un homme convaincu par le Superjet

Le rêve de Soukhoï d’entrer sur le marché nord-américain est en train de se réaliser grâce à un homme : Miguel Aleman. Le CEO d’Interjet, âgé de 46 ans, a été le premier entrepreneur international à croire en une utilisation du Soukhoï comme avion civil. Au début de l’année 2011, Aleman a surpris la communauté aéronautique mondiale en choisissant son Superjet, dont la construction n’était pas encore finie, à la place de rivaux bien établis comme le Bombardier et l’Embraer.

Pendant des décennies, Soukhoï a été connu à travers le monde pour ses avions militaires de premier plan, mais le Superjet a été la première tentative de proposer un avion civil capable de rivaliser avec les meilleurs de la planète. Un accident tragique survenu en Indonésie au début de l’année 2012 pendant une démonstration à des clients potentiels, tuant les 46 personnes à bord et ayant plus tard été imputé à une erreur du pilote, a renforcé le scepticisme des principales compagnies étrangères à propos de ce nouveau venu. En choisissant de commander 20 Superjet en plus des moins de 40 Airbus 320 actuels, Aleman a véritablement lié le destin d’une des principales compagnies mexicaines au succès du projet Superjet.

« Mon père a eu l’honneur de rencontrer Iouri Gagarine (premier homme à avoir été dans l’espace) après son vol historique et ils sont restés amis par la suite », a raconté Aleman au quotidien économique russe RBC. « Peu de monde sait que les Russes ont construit le premier avion supersonique, avant de vendre les droits à la France et au Royaume-Uni à cause de problèmes financiers. Ils ont ensuite construit le plus grand avion du monde, l’An-224. Lorsque mon père a appris dans les années 2000 qu’un constructeur russe développait un nouvel appareil commercial, il s’est montré très intéressé ».

Aleman est connu pour avoir mené avec succès l’entrée du Mexique dans l’aviation low-cost. « Lorsque nous avons fondé Interjet en 2005, il était moins cher de voler de Mexico à Paris que vers d’autres destinations domestiques. Il n’existait à l’époque que deux compagnies sur le marché : Aeromexico et Mexicana, toutes les deux publiques. Nous avons alors proposé d’autoriser les compagnies privées sur le marché. 17 entreprises y sont désormais actives, chacune avec ses propres avantages », raconte-t-il, non sans cacher une certaine fierté. Interjet est passé d’une compagnie originale de sept avions à 41 aujourd’hui, opérant vers 33 destinations, dont Miami, New York et San Antonio.

« Le marché aéronautique international a été dominé par quatre constructeurs pendant des décennies : Airbus, Boeing, Embraer et Bombardier. Désormais, la société Soukhoï Civil Aircraft propose une concurrence. L’accord conclu pourrait faire baisser le prix des billets dans toute la région (d’Amérique latine). Ce sera notre contribution à l’économie en aidant le grand public grâce à des prix moins élevés », ajoute-t-il.

Vol low-cost confortable

Le premier Soukhoï Superjet a été cédé à Interjet à Paris lors du salon international de l’aéronautique du Bourget en juin dernier. Des tests de vol obligatoires ont ensuite été effectués sur l’avion avant que son exploitation commerciale ne débute. Tous les yeux étaient rivés vers le groupe mexicain après que les premiers partenaires commerciaux de Soukhoï, la compagnie nationale arménienne Armavia et la première société russe Aeroflot, ont tous les deux fini par retourner les avions à cause des coûts élevés de maintenance. En mars 2012, les sept avions Superjet actifs dans le monde étaient au sol en attendant que leur train d’atterrissage défectif soit réparé.

« C’est le meilleur avion que nous ayons eu », rétorque Aleman. « Les problèmes que nous avons rencontrés sont mineurs et pas de nature mécanique ou technique. Comparé à l’Embraer, il (le Superjet) est plus léger et plus avancé d’un point de vue technologique. Il est 2,5 fois moins cher à l’exploitation que ses concurrents et consomme 10% de carburant en moins. Il est également plus facile à réparer ».

Même si l’assemblage final du Superjet se fait en Russie, plusieurs de ses pièces viennent de différents pays à travers le monde. Boeing a été le principal conseiller de Soukhoï sur le projet, alors que l’italien Alenia possède 51% de l’entreprise commune. Certaines des composantes de l’avion viennent d’Europe, ce qui a permis à ses acheteurs (dont Interjet) de bénéficier de prêts des banques d’investissements de l’Union européenne. Les sociétés américaines produisent quant à elles le système électrique, le châssis, les roues et les freins.

Alex Davies, journaliste pour Business Insider, a écrit après avoir vu l’avion au Bourget : « une compagnie aérienne mexicaine et un constructeur russe rendent le vol low-cost plus confortable ». En plus des deux avions d’Interjet, plus de 30 Superjet sont actuellement utilisés dans le monde par les transporteurs russes Aeroflot, Iakoutia, Gazpromavia et Moskovia, l’indonésien Sky Aviation et le laotien Lao Central Airlines. Plus de 200 appareils supplémentaires ont été commandés par d’autres compagnies en Italie, en Suisse, en Russie, aux États-Unis, etc.

Ce projet représente la pierre angulaire du renouveau de la Russie dans la production d’avions de ligne, qui est passée de 5 appareils en 1996 à un chiffre qui pourrait atteindre 40 cette année (alors que la construction d’hélicoptères a grimpé de 26 en 1998 à 330 en 2013).

« À la fin de l’année prochaine, nous entamerons des vols Superjet de la péninsule de Iakoutie à Miami et d’autres destinations internationales en Amérique centrale », précise Aleman. Les passagers américains pourraient être les prochains à bénéficier de l’alliance entre Soukhoï et Interjet, qui fait des vols low-cost une option de plus en plus incontournable. 

 

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