Le CV visuel : un plus ou un piège ?

Ce format graphique de CV est surtout pertinent pour les candidats ayant une expérience riche et variée. Crédit : PhotoXPress

Ce format graphique de CV est surtout pertinent pour les candidats ayant une expérience riche et variée. Crédit : PhotoXPress

Anton Nadeï a été le premier, dès 2009, en Russie à proposer de créer un CV visuel. Ce format graphique de CV est surtout pertinent pour les candidats ayant une expérience riche et variée.

« L’infographie est un outil informatique qui facilite l’appréhension d’une information complexe et multiple. Un CV visuel, comparé au CV textuel, permet d’avoir instantanément une idée de l’expérience professionnelle du candidat et de visualiser l’évolution de sa carrière », affirme Anton Nadeï, le fondateur de Karta talanta (la carte du talent), une service de CV visuels en ligne.

Anton Nadeï a été le premier, dès 2009, en Russie à proposer de créer un CV visuel sur son site NOT4HR, un forum de recherche d’emploi destiné à évaluer en ligne l’expérience professionnelle du candidat par rapport au poste proposé. La difficulté principale à laquelle était confronté Nadeï était la forme trop complexe des CV. En 2010, il décide de participer à l’élaboration d’une interface spécifique pour la recherche d’emploi, le site Kartatalanta.ru. est mis en service en juin 2012.

Ce format graphique de CV est surtout pertinent pour les candidats ayant une expérience riche et variée. « Dans l’idéal, notre utilisateur est un cadre supérieur avec 10-15 ans de service et 3 à 5 employeurs différents et ayant atteint le statut de directeur général ou exécutif. Il est également intéressant pour visualiser la carrière d’un spécialiste ayant travaillé 20-30 ans dans différents secteurs industriels », détaille Nadeï.

Evguéni Lyssiakov, DRH de la société Intercomp, considère ces CV visuels comme un véritable progrès. « Il suffit de se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, les candidats devaient remplir des formulaires de base, où ils mentionnaient leur situation familiale et la liste des postes et des employeurs sans même préciser leurs compétences, alors oui c’est un sacré progrès », remarque-t-il.

« L’élément clé du CV est le graphique de l’évolution de la carrière professionnelle, explique Nadeï. C’est une sorte de frise chronologique avec des blocs graphiques. Chaque bloc représente telle ou telle période de la carrière du candidat : formation, expérience, différents employeurs, postes occupés, etc. »

Dans la description de l’expérience professionnelle, il est possible de mettre en avant les indicateurs des objectifs atteints: croissance du volume de production, leur répartition géographique, le nombre d’employés, etc. », ajoute Alexandre Choumovitch, de l’agence Eventum Premo.

« Les DRH dépensent davantage de temps à vérifier le parcours des candidats qu’à trier les CV », note Alexandre Sizintsev, PDG du service de recrutement en ligne Biletix. Contrairement à Nadeï, il pense que les CV infographiés peuvent avantager les candidats avec peu d’expérience. « Le CV classiques font ressortir le parcours professionnel du candidat. Le CV graphique peut visuellement compenser cette lacune », ajoute-t-il.

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« Cet outil permet aux recruteurs d’évaluer plus rapidement les candidats, mais il peut également porter à confusion. Si le profil indiqué ne correspondent pas à la demande, le CV sera rejeté d’office », poursuit Choumovitch.

D’ailleurs, la plupart des professionnels du recrutement restent sceptiques. « En 10 ans de carrière, je n’ai croisé qu’une dizaine de CV visuels. Ce format correspond plutôt à des postes de responsables marketing et aux commerciaux. Aux graphistes aussi, bien que la vue de leur biographique artistique ne pourra jamais remplacer un book professionnel », assure Natalia Tchisler, DRH de l’entreprise informatique JetBrains. « Quant aux informaticiens, le CV graphique ne leur convient pas vraiment, car ils doivent mettre en avant les projets réalisés et leur maîtrise des différentes technologies et n’ont pas besoin de tableaux visuels », explique Natalia.

Il en est de même pour les avocats et les analystes financiers, considère Dmitri Bounkov, directeur du service de gestion du personnel dans le groupe pharmaceutique Beringer-Ingelheim. Le choix de la forme graphique révèle chez le candidat une tendance à l’expérimentation alors que pour ces postes l’employeur cherche une personne stable et sûre.

Pour Ïouri Virovets, président du Conseil d’administartion de HeadHunter, ce genre de CV existent depuis longtemps, mais sont restés au stade récréatif ou comme un moyen pour les graphistes débutants de se faire la main. Il est catégorique : pour les recruteurs professionnels, cet outil n’est pas pratique. « Le CV visuel vaut pour être montré à sa famille, à ses amis, pour s’amuser un peu, ironise-t-il. Un recruteur à la recherche d’un candidat passe en revue des dizaines, voire des centaines de CV par jour. La décision sur un candidat se prend en moins d’une minute. Il faut donc une structure simple et logique pour montrer le profil professionnel du candidat. Une centaine de CV visuels dans la même journée aurait de quoi rendre aveugle ».

Le recruteur ne lit jamais un résumé du début à la fin mais s’arrête aux éléments clés, raconte la directrice du département d’analyse de Superjob Valeria Tchernetsova : « S’il commence se concentrer sur les diagrammes, les tableaux et autres graphiques, il risque d’y passer plus de temps que pour un CV classique. Selon elle, ce format conviendrait mieux pour évaluer le travail de dirigeants de filiales d’une même société. « Dans ce cas, cette technologie permettrait de comparer ces personnes entre elles y voir l’implication individuelle de chacun », conclut Tchernetsova.

Paru sur le site de Vedomosti le 7 février 2013.

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