Scandales à la FIFA : la Russie perdra-t-elle « sa » Coupe du Monde ?

Vassili Ponomarev / TASS
Les experts russes considèrent que le nouveau scandale à la tête de la FIFA ne touchera pas le pays-hôte de la Coupe du Monde 2018.

Les présidents de la FIFA et de l’UEFA Joseph Blatter et Michel Platini sont suspendus pour 90 jours. Les deux responsables ont désormais l’interdiction non seulement de se rendre dans leur propre bureau, mais aussi de se livrer à la moindre activité liée au football.

Cette décision a été prise le jeudi 8 octobre par le comité d’éthique de la FIFA, qui avait lancé le 26 septembre une enquête interne sur l’activité des deux hommes. La veille, le bureau de justice fédéral suisse avait ouvert une enquête criminelle contre Blatter. Il est soupçonné de négligence et de détournement de fonds, ainsi que d’avoir versé des pots-de-vin à Platini.

L’enquête suit son cours, mais Platini et Blatter ne sont pas encore formellement accusés. En cas de nécessité, leur disqualification peut être prolongée de 45 jours supplémentaires.

La Russie pas soupçonnée

Pour le juriste sportif Valery Fedoreïev, le comité d’éthique a pris la bonne décision. « Quand une enquête est en cours contre des fonctionnaires d’organisations sportives, on les écarte de leurs fonctions pour qu’ils n’aient aucune chance d’entraver l’enquête ».

« Je ne pense pas que ce processus concernera la Russie, a dit l'expert. Pour priver la Russie de championnat du monde, il faut prendre cette décision au congrès de la FIFA. Ainsi, même si l’implication de Blatter dans des affaires de corruption était prouvée, cela n’aura pas d’effet sur nous. La Russie n’est pas la cible de l’enquête, comme d’ailleurs le Qatar. Toutes les enquêtes internes de la FIFA montrent que les votes ont été menés sans fraudes ».

Refus pour raisons économiques ?

Dans l’histoire du football, il n’existe qu’un seul exemple de pays organisateur s’étant vu privé de Coupe du Monde. En 1984, la Colombie a été forcée de renoncer à la Coupe du Monde 1986 pour des raisons économiques, et l’organisation fut transférée au Mexique, qui avait déjà accueilli la Coupe du Monde 1970 peu de temps auparavant.

Alisher Aminov, expert du football et vice-président du Fonds international d’initiatives juridiques, considère que dans les conditions actuelles, la Russie aurait intérêt à suivre l’exemple de la Colombie, quel que soit le sort futur de Platini et Blatter.

« La réputation de Blatter et Platini est menacée. La Russie n’est pas impliquée dans ce processus et la Coupe du Monde aura lieu. Mais compte tenu de la situation économique et politique, cette histoire inspire des sentiments confus. Des dépenses folles consacrées au football et la probabilité d’une explosion sociale sont des phénomènes liés. Dans un contexte d’isolement politique et compte tenu du fait que le système bancaire russe est au bord du krach, les énormes dépenses entraînées par la Coupe du Monde sont tout simplement désastreuses ».

Le vice-ministre des Sports Youri Nagornykh ne partage pas le point de vue d’Aminov. « Nous respecterons intégralement tous les plans de construction d’infrastructures et tiendrons les budgets alloués. Par conséquent, discuter de la possibilité de décliner la tenue d’un tournoi si prestigieux parait sans fondement », considère Nagornykh. « En ce qui concerne la situation de Blatter, il n’est pas mis en accusation. Je n’exclus pas la possibilité que les procureurs ne classent l’affaire rapidement ».

Platini toujours en jeu ?

De nouvelles élections du président de la FIFA sont prévues pour le 26 février. La suspension de Platini aura expiré à cette date, mais sa candidature au fauteuil de président doit être validée par un comité spécial de la FIFA, qui mènera une vérification supplémentaire du Français.

Selon Valery Tchoukhrya, ex-dirigeant du bureau moscovite de la FIFA, Platini est le seuil à pouvoir mettre de l’ordre à la FIFA. De plus, l’expert est certain que le président de l’UEFA est favorablement disposé à l’égard de la Russie.

« Ne serait-ce que dans l’affaire de la Crimée, quand l’UEFA a su préserver les intérêts de tous dans une situation extrêmement complexe, et a démontré son indépendance envers toutes les factions politiques [sur fond de divergences autour du statut politique de la Crimée, l’UEFA a décidé de créer un championnat séparé sur la péninsule, ndlr]. Saint-Pétersbourg a accueilli des matchs de l’Euro-2020. Bien que Platini ai subi une énorme pression quand on exigeait qu’il prenne des sanctions maximales contre la Russie, il est resté fidèle au principe sportif ».

En plus de Platini, les candidats au poste de président de la FIFA sont le champion du monde Diego Maradona, le célèbre footballeur brésilien Ziko, le prince de Jordanie Ali Ben Al-Hussein, ainsi que le dirigeant de la Fédération libérienne de Football Moussa Biliti. 

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