Racisme dans le football russe : les sanctions commencent à faire effet

Le match de la Ligue des Champions entre CSKA Moscou et Bayern Munich. Crédit : Valeri Charifoulline/TASS

Le match de la Ligue des Champions entre CSKA Moscou et Bayern Munich. Crédit : Valeri Charifoulline/TASS

Le CSKA Moscou a dû jouer plusieurs matchs à huis clos par la faute de ses supporters racistes. Le club va-t-il réagir ?

« Nous éclairons le football ». Voilà ce que proclame l’entreprise publique russe Gazprom dans une publicité pour la Ligue des champions omniprésente à la télévision, résultat d’un accord de partenariat onéreux avec la direction de l’UEFA. Ce dessin animé coloré montre un énorme stade rempli de fans joyeux. Un spectacle qui aurait dû se produire lors de la venue du champion de Premier League anglaise Manchester City en Russie la semaine prochaine pour affronter le CSKA Moscou.

Ce ne sera cependant pas le cas. Même si la victoire sera primordiale pour les deux équipes après un mauvais départ dans la compétition, aucun supporter ne se rendra au stade.

L’UEFA a décrété que l’Arena Khimki, qui se trouve à proximité de Moscou, restera vide afin de punir le comportement raciste et les violences des supporters du club de la capitale russe lors de la défaite contre l’AS Roma le mois dernier.

Pour le CSKA, il s’agira du second match joué devant des gradins vides cette saison. Le premier, contre le Bayern plus tôt ce mois-ci, avait laissé une étrange impression, le silence n’étant entrecoupé que par le bruit des claviers des journalistes, alors qu'au loin, les chants des partisans du CSKA protestant à l’extérieur de l’enceinte faisaient penser à une maison hantée.

En Russie et ailleurs, beaucoup de supporters s’insurgent. Ils se demandent pourquoi des milliers de fans du CSKA et des « Citizens » respectueux des règles devraient être punis parce que quelques dizaines d’idiots ont brandi des drapeaux d’extrême-droite et ont attaqué la police italienne ? Ne devrait-on pas laisser le CSKA faire le tri parmi ses propres supporters ?

Le seul problème est que le CSKA en a déjà eu l’opportunité, à plusieurs reprises, sans être capable de venir à bout du problème.

Cette regrettable série a débuté lorsque ses fans ont accueilli le joueur de Manchester City Yaya Toure avec des cris de singe il y a un an. Le club avait été obligé de fermer une de ses tribunes lors du match suivant en Ligue des champions. Cette partie s’est heureusement déroulée dans le calme, ce qui ne fut cependant pas le cas lors du déplacement suivant du CSKA en République tchèque. Dans le stade du Viktoria Plzen, un groupe de supporters russes a décoré son secteur de drapeaux d’extrême droite afin de protester contre la première décision de l’UEFA et: « Vous ne pouvez pas continuer à punir notre club ». Mais l’UEFA l’a fait, obligeant le CSKA à jouer un match (la récente rencontre avec le Bayern) dans un stade complètement vide.

Mais ce n’était pas tout. En déplacement à Rome lors de la première rencontre européenne de leur équipe cette saison, les fans du CSKA ont fait écoper leur équipe de la plus grosse sanction antiraciste jamais infligée à un club majeur de Ligue des champions : trois matchs à domicile à huis clos, ainsi que deux déplacements sans supporters.

La sanction semble sévère pour une majorité des fans, mais l’UEFA avait-il le choix ? Trois faux pas en moins d’un an ne relèvent plus un hasard : cela traduit un malaise profond au sein du club. Cette situation constitue une ironie pour un club considéré jusque récemment comme un des plus tolérants de Russie et dont la plupart des fans adorent ses joueurs noirs passés et présents comme l’attaquant brésilien Vagner Love ou l’Ivoirien Seydou Doumbia. Le comportement de la direction du CSKA pose également question. Le club n’a pas encore publié de communiqué clair condamnant la minorité incontrôlable de ses fans, préférant faire appel de la dernière interdiction de l’UEFA. L’année dernière, la direction a répondu aux accusations de chants racistes en rendant publiques des déclarations de Doumbia qu'il n'y avait là aucun racisme. Le seul problème est que Doumbia a nié avoir tenu de tels propos.

Alors qu’il reste quatre ans avant la Coupe du monde qui se déroulera en Russie, les incidents racistes sont de plus en plus communs, tant dans le football russe que dans la plupart des autres grands championnats européens. Même s’ils restent parfois simplement impunis, l’Union russe de football (URF) a récemment commencé à sévir, ce qui est un bon début. Malheureusement, certaines de ses sanctions ont envoyé des messages contradictoires. Le mois dernier, le défenseur congolais du Dynamo Moscou Christopher Samba était si énervé contre les cris de singe répétés des fans du Torpedo Moscou qu’il a été incapable de continuer à jouer. L’URF a imposé au Torpedo une fermeture partielle de son stade pour le mois suivant, mais a dans le même temps suspendu Samba pour deux rencontres suite à un « geste déplacé » à l’encontre de personnes coupables des gestes xénophobes.

Cela ne signifie pas qu’il n’y ait plus d’espoir. La litanie de violations et sanctions du CSKA a fait naître un mouvement antiraciste parmi ses fans ces dernières semaines. Les résultats ne sont encore palpables que sur Internet (avec un groupe Facebook rassemblant 1 600 personnes), mais certains signes sont prometteurs, notamment la collaboration face à ce que les autorités appellent le « fléau » du racisme grâce à la campagne « Football Against Racism in Europe ».

Les représentants du CSKA faisant campagne contre le racisme soulignent également qu’ils remarquent une politique du « deux poids, deux mesures » dans la couverture du racisme par les médias, la presse occidentale condamnant plus fermement les incidents ayant lieu en Russie que dans d’autres pays, en particulier en Ukraine. Même s’il y a une part de vérité (certains gestes racistes impliquant des fans du Dnipro Dnipropetrovsk sont, selon moi, passés trop inaperçus), les fans russes doivent reconnaître qu’accueillir la Coupe du Monde met leur pays sous le feu des projecteurs comme jamais auparavant.

Afin de faire bonne figure lors de la Coupe du Monde dans quatre ans, la Russie n’a pas seulement besoin d’une équipe de classe mondiale. Il lui faut également un public de classe mondiale. La campagne antiraciste des fans du CSKA montre le chemin à suivre, mais il reste encore un long chemin à parcourir.

 

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