La Russie devra renoncer à deux stades pour la Coupe du monde de football

Sepp Blatter et Vladimir Poutine. Crédit photo : RIA Novosti

Sepp Blatter et Vladimir Poutine. Crédit photo : RIA Novosti

Le nombre de stades pour l’organisation de la Coupe du monde de football 2018 en Russie pourrait passer de douze à dix. Cette décision ferait suite au mécontentement des supporteurs par rapport aux dépenses supplémentaires durant le Mondial au Brésil, ainsi qu’à la sous-exploitation des installations après l’édition de 2010 en Afrique du Sud.

Raisons principales

C’est le président de la FIFA Sepp Blatter qui, après une rencontre avec Vladimir Poutine le 16 juillet, a pour la première fois officiellement parlé de la possibilité de réduire le nombre de stades.

Le quotidien national Kommersant, citant une de ses sources, a même ensuite annoncé que cette éventualité était déjà examinée par le gouvernement russe.

Pour Oleg Gadioutchkine, vice-doyen du département de gestion de l’industrie sportive à l’Académie russe de l'économie nationale, la proposition de la FIFA permettrait de diminuer les coûts pour le pays organisateur de la Coupe du monde, d’autant plus que le nombre de villes participantes n’influence en rien le nombre de matchs.

Selon lui, les stades sélectionnés accueilleraient simplement davantage de rencontres. 

« Les éditions précédentes en Afrique du Sud et au Brésil ont montré que pour les pays qui ont construit toutes les infrastructures nécessaires en partant de rien, ce luxe coûtait très cher », estime-t-il.

L’analyste explique également qu’après le Mondial en Afrique du Sud, trois stades ont été « condamnés » et ne sont plus utilisés car ces villes ne possèdent pas d’équipe professionnelle.

Au Brésil, les 9,6 milliards d’euros dépensés par le pays pour organiser la compétition ont provoqué les troubles les plus importants depuis les années 1980. Cette vague de manifestations s’est d’ailleurs renforcée après que la sélection brésilienne n’a pas réussi à remporter le trophée.

Gadioutchkine précise que les changements dans le règlement de la Coupe du monde ont également influencé la décision de la FIFA. Si auparavant, les quatre équipes de chaque groupe restaient en permanence dans deux villes et étaient accompagnés de leurs supporteurs qui investissaient les lieux, désormais, chaque match de poule se jouera dans une nouvelle ville. 

« Certains pensent que quelques-unes de ces villes n’ont rien gagné du passage du Mondial, les supporteurs ne venant au match que pour une demi-journée », ajoute Oleg Gadioutchkine.

Cette nouvelle formule est très avantageuse pour les compagnies de transport parce que les supporteurs voyagent beaucoup, mais pas du tout pour les villes participantes.

Les grands perdants

Selon les chiffres de Kommersant, les villes qui pourraient être exclues du programme de préparation sont Kaliningrad (à 1 280 km de Moscou), Volgograd (970 km) ou Ekaterinbourg (1 800 km).

La construction des enceintes de Kaliningrad et Ekaterinbourg ont pris du retard, alors que Volgograd ne dispose pas des infrastructures hôtelières et de transport nécessaires.

Il est important de souligner que ces trois chantiers ont été confiés à des hommes d’affaires russes de très haut rang. Les installations de Volgograd sont construites par Guennadi Timtchenko, principal actionnaire de « Volga Group » (dont la fortune est estimée à 11,3 milliards d’euros par Forbes).

À Kaliningrad, c’est le « Crocus Group » d’Aras Agalarov qui a été choisi (1,3 milliard d’euros), et à Ekaterinbourg, il s’agit de « Sinara Development » de Dmitri Poumpianski (1,5 milliard d’euros).

L’entreprise de Guennadi Timtchenko, par exemple, avait aussi travaillé comme sous-traitant dans le projet de gazoduc South Stream entre la Russie et l’Europe, et Aras Agalarov avait été chargé de préparer Vladivostok à l’organisation du sommet de l’APEC en 2012.

D’après l’analyste d’Investcafe Timour Nigmatoulline, « l’effet de l’organisation de la Coupe du monde sur l’économe d’une ville est généralement positif car elle contribue à la hausse du PIB de la région, à la baisse du chômage et à l’augmentation des budgets locaux ».

D’autre part, il faut tenir compte non seulement de l’impact sur l’économie de la ville, mais aussi de l’efficacité des dépenses publiques dans leur ensemble. 

« Le Mondial s’apparente en quelque sortie à une campagne de publicité très onéreuse. Cela signifie qu’un aéroport de pointe sera construit dans la ville, que les routes seront réparées, que de nouveaux hôtels modernes ouvriront leurs portes, etc. Si la ville compte attirer des touristes par après, la participation à cette compétition sera très importante », explique Oleg Gadioutchkine.

C’est pourquoi l’exclusion possible de Volgograd et Kaliningrad lui semble étrange, les deux villes constituant des centres touristiques. Kaliningrad est située dans une enclave russe au bord de la Baltique et est considérée comme une des principales destinations touristiques à l’Ouest du pays.

Quant à Volgograd, anciennement Stalingrad, c’est l’endroit où se sont déroulés les plus grands combats terrestres de l’histoire de l’humanité : la bataille de Stalingrad, durant laquelle près de deux millions de personnes sont mortes entre juillet 1942 et février 1943.

Aujourd’hui, la Statue de la Mère-Patrie se dresse sur les lieux de la bataille du haut de ses 85 mètres.

En tous cas, pour Oleg Gadioutchkine, la majorité des villes qui participera à la Coupe du monde 2018 pourrait rencontrer des problèmes avec l’utilisation ultérieure des stades.

« Pour profiter un maximum de leurs infrastructures, il faut que ces villes aient des clubs de football forts, ce que ne possèdent pas Volgograd et Kaliningrad. Mais Sotchi, Saransk ou Ekaterinbourg sont aussi dans le même cas », souligne l’observateur.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’au Brésil, tous les stades ont été érigés avec des tribunes provisoires : elles pouvaient accueillir jusqu’à 60 mille personnes à la Coupe du monde, contre 40 mille par la suite.

À titre de comparaison, le stade de base pour la compétition en Russie tournera autour des 30-35 mille places.

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