Football : les équipes russes apprennent la modération

Le club russe Zénith Saint-Pétersbourg a gagné en 2013 près de 61,6 millions d'euros. Source : service de presse

Le club russe Zénith Saint-Pétersbourg a gagné en 2013 près de 61,6 millions d'euros. Source : service de presse

Le mercato estival a pris fin le 2 septembre. Le monde a vu plusieurs transferts impressionnants, dont le plus cher de l'histoire : Gareth Bale, attaquant gallois de Tottenham, a signé au Real Madrid pour 100 millions d'euros, détrônant ainsi un autre joueur du Real, Cristiano Ronaldo, transféré en 2009 pour 94 millions d'euros. Les clubs russes n'étaient pas en reste cet été, le Dinamo Moscou investissant des grandes sommes lors du mercato : 68 millions d'euros pour le Dinamo Moscou, 32 millions pour le Spartak et 31 millions pour le Lokomotiv.

Tout cela semble un peu amusant, vu de l'entrée en vigueur du fair-play financier imposé récemment par l'UEFA. Malgré les mesures prises par la Fédération, les clubs ne dépensent pas moins, les salaires des joueurs sont toujours en croissance, tandis que le nombre de transferts ne fait qu'augmenter. À titre d'exemple : les clubs anglais étaient cet été les champions de la dépense, avec 630 millions de livres (748 M EUR), battant ainsi leur record précédent de 595 M EUR, réalisé en 2008.

En gros, le fair-play financier veut dire que les clubs ne peuvent pas désormais dépenser plus qu'ils ne gagnent, cependant il y a quelques « mais ». Si un club a un propriétaire riche, ce dernier peut combler lui-même le déficit (mais pas plus que 45 millions d'euros). Cependant, cette règle n'agira que durant les premières années après l'entrée en vigueur du fair-play. Ensuite, le montant couvert par le propriétaire sera réduit à 30 millions d'euros, et avant la fin de la décennie, les pertes seront complètement interdites.

Le club russe Zénith Saint-Pétersbourg a gagné en 2013 près de 61,6 millions d'euros. Pas mal, mais les dépenses de l'équipe étaient supérieures : il y avait par exemple les transferts du Brésilien Hulk et du Belge Axel Witsel, s'élevant tous les deux à 100 millions d'euros. « Dès 2012, la règle du fair-play financier prend effet pour les équipes russes », explique le directeur commercial du Zénith Dmitri Mankine. « Nous ne cachons pas que la condition d'atteindre le seuil de rentabilité est la plus difficile à remplir pour le Zénith. Et nous sommes très préoccupés par cette situation, car le succès commercial de la ligue de football russe est inférieur aux leaders européens en raison de plusieurs facteurs externes incontrôlables. Ce sont notamment le faible revenu moyen dans le pays, l'état des infrastructures sportives, l'ampleur du piratage et différentes contraintes réglementaires ».

Et c'est un représentant du Zénith qui le dit. Le Zénith un des clubs russes les plus riches, générant de gros revenus grâce au marchandisage (il y a 13 magasins de marque « Zénith » à Saint-Pétersbourg), à son stade Petrovski (les prix des billets pour les matchs tenus là-bas sont égaux à ceux à l'Emirates Stadium d'Arsenal), à la participation régulière à la concurrence européenne et à son sponsor, le géant gazier russe Gazprom. Que peut-on faire dans les clubs russes moins fortunés, qui dépendent du budget de leurs régions et dont les revenus de marchandisage (près de 30.000 EUR par an en moyenne) sont négligeables en comparaison avec les clubs top? Il ne faut pas oublier en outre que les revenus des clubs russes provenant des droits télévisés se chiffrent entre 3 et 5 millions d'euros, tandis qu'en Angleterre, par exemple, même un club relégué en D2 gagne 40 M EUR; en Italie, la moyenne est près de 16 millions, en Espagne, il s'agit de 12 millions et en Allemagne de 7 millions.

Il existe également en Russie une série d'avancements en matière de droits TV. Toutefois, ces derniers sont tellement insignifiants, qu'il est peu probable qu'ils puissent avoir une quelconque influence sur les règlements stricts de l'UEFA. Le seul moyen d'éviter les sanctions de l'Union des associations européennes de football est soit de réduire les frais du transfert, soit de miser sur les footballeurs nationaux.

L'actuel champion de Russie, CSKA Moscou, a opté pour la première solution. Depuis cinq ou six saisons, le service de sélection du club effectue des transferts très réussis et son budget reste positif à l'issue de pratiquement chaque marché. Lors du mercato estival, le CSKA acquis trois footballeurs prometteurs : le Bulgare Georgi Milanov (3,4 M EUR), le Suisse Steven Zuber (3,4 M EUR) et le Brésilien Vitinho (9 M EUR). Le club a par ailleurs réussi à vendre le vétéran Vagner Love au club chinois de Shandong Luneng Taisan (12 M EUR) et à céder en bail Pavel Mamaev, Sekou Oliseh et Tomas Necid (3,5 M EUR).

Le club Anji Makhatchkala, célèbre pour ses transferts hyperchers, a également décidé de tabler sur ses jeunes footballeurs. L'équipe a donc changé complètement sa politique, montrant un visage plus modeste, et s'est mise à se débarrasser des stars. Par conséquent, dans le cadre du mercato estival, l'Anji est devenu le leader mondial en termes de revenus, récoltant 135 M EUR. 

« Les présidents des clubs de la Premier Liga (division supérieure du championnat russe) élaborent en coopération avec l'administration de la Liga et l'UEFA un modèle pour se conformer à la règle du fair play », a indiqué dans une interview à La Russie d'Aujourd'hui le vice-président de la Premier Liga Sergueï Tcheban. « Plusieurs clubs essaient déjà à minimiser leurs dépenses. Il s'agit d'un travail progressif. Nous comprenons que nous allons jouer en Europe et selon les règles de l'UEFA, c'est pourquoi nous cherchons un modèle optimal du fair play, adapté pour notre pays ».

D'après M.Tcheban, les clubs russes ne pourrons pas dans le nouveau contexte se permettre de gaspiller l'argent comme le Real Madrid. « Le Real peut offrir des millions pour des joueurs. C'est un des clubs les plus populaires du monde, avec une armée géante des fans », a-t-il noté. « Le club possède déjà un modèle économique efficace. Le transfert de Cristiano Ronaldo s'est payé juste en trois ans. Les clubs russes ont encore beaucoup à faire pour atteindre ce niveau. Nous venons de commencer à se développer. Après la période dure des années 1990 et du début des années 2000, des fonds importants sont ce dernier temps investis dans le football russe. Si auparavant, uniquement des légionnaires de second rang jouaient pour les clubs russes, aujourd'hui, l'arrivée de l'attaquant principal de l'équipe brésilienne, Hulk, n'étonne personne. Le football russe est sur le bon chemin. Si nous ne ralentissons pas, nous seront d'ici 5 ou 6 ans en mesure de lutter à armes égales avec les grandes ligues du monde, y compris en termes des résultats financiers ».

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