La lutte à la ceinture gagne en popularité en Russie

Le 9 juillet, l'athlète russe Serafima Safonova a remporté l'or de lutte à la ceinture à l'Universiade à Kazan. La lutte à la ceinture, également appelée le «koresh » (du turc « ker » qui signifie « riche, courageux ») n'est pas un simple sport mais une carte de visite des ethnies turcs qui vivent, entre autres, sur le territoire russe. Cette année, pour la première fois, elle a été incluse dans le programme obligatoire d'un événement sportif de taille, l'Universiade. Comment ce jeu, populaire dans la république russe de Tchouvachie mais peu connu à Moscou et à l'étranger, a-t-il conquis le cœur des turcs et du Président Vladimir Poutine?

L'athlète russe Serafima Safonova. Crédit photo : RIA Novosti

Les ceintures enroulées autour des mains, le lutteur doit faire tomber son adversaire sur le dos d'un bond et sans tomber lui-même. Le bond est propre lorsque les deux pieds de l'adversaire se détachent du sol et il se trouve sur le tatami couché sur les omoplates.

Les règles peuvent varier légèrement selon les régions. En règle générale, le koresh tchouvache et kazakh utilise un jeu de jambe actif, alors que les Tatars n'ont pas de techniques de pied.

Comme toutes les luttes, le koresh est un sport cruel. Souvent, les athlètes sont sérieusement blessés lors du bond. De nombreux entraineurs considèrent que le plus important dans le koresh est d'apprendre à tomber.

Elvir Karimov qui pratique le koresh depuis des années explique : « Nous ne nous battons pas, nous luttons afin de nous sentir plus forts, plus rapides, plus techniques que les autres, mais aussi pour sentir la montée d'adrénaline ».

Hormis l'adrénaline, l'intérêt du sexe opposé est également un facteur important.

Andrey Petrenko, multiple champion aux tournois du koresh, admet qu'il n'aurait jamais rencontré sa future femme sans la lutte à la ceinture : « Quand les filles vous voient avec une médaille, elles s'intéressent soudainement à vous. Souvent, elles viennent vous voir après les compétitions, se font photographier avec vous. Inconsciemment, elle se disent : si tu es un lutteur, tu pourras protéger ta famille ».

En revanche, les athlètes préfèrent ne pas participer dans les bagarres de rue. Mais si tu as été attaqué personnellement, « l'adversaire n'aura pas de chance, il y laissera toute sa santé », - plaisante Alexandre Lesnikov, entraineur et juge 1e catégorie.

Mais il s'empresse d'ajouter : « Les lutteurs de koresh sont de nature calme, pacifique, modeste et juste »

Nous ne savons pas exactement quand le koresh est apparu. Traditionnellement, les compétitions de koresh avaient lieu lors de mariages et autres fêtes. L'une de ces fêtes est l'Akatouy tchouvache qui, au printemps, célèbre l'agriculture.

Les villageois, particulièrement les hommes, l'attendaient avec impatience. Les adultes enseignaient la technique aux enfants dès leur plus jeune âge, les entrainaient. Les compétitions commençaient par les jeunes garçons, ensuite les adolescents pour terminer avec les hommes adultes. 

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Tous les lutteurs combattaient torse nu, les pieds nus plantés par terre. On pensait que la terre pouvait donner de la force aux hommes. La lutte symbolisait la confrontation des forces de bien et du mal.

Cette philosophie se traduisait aussi dans les attributs extérieurs du combat. Celui qui est appelé sur le tatami en premier porte une ceinture rouge, symbolisant le mal, alors que son adversaire porte une ceinture noire, symbolisant le bien. Les athlètes portent un pantalon blanc, signe de pureté céleste, de calme. 

Le gagnant recevait un mouton ainsi que le titre de « Pattar », ce qui en turc signifie « hercule ». Les perdants partaient souvent tenter leur chance dans d'autres villages. 

Au début des années 90 du XXe siècle, le lutteur Nikolaï Petrov a initié l'unification des règles du koresh. Par ailleurs, il faisait tout son possible pour apprendre aux jeunes l'existence de ce sport. Avec ses collègues, il visitait des écoles, enseignait les règles du koresh aux enfants, montrait tous les avantages et les inconvénients de cette lutte sur son propre exemple. 

En 1995 a eu lieu la première compétition de koresh en République de Tchouvachie. Elle a réuni 19 athlètes. En 2006, le koresh a été reconnu comme sport officiel du peuple tchouvache. Le premier championnat russe officiel de koresh a eu lieu le 12 avril 2013 à Tcheboksary. 

Le 22 août 2006 le koresh est officiellement reconnu comme sport national des tchouvaches. Aujourd'hui, les compétitions de koresh sont organisées dans sept régions russes. Les Fédérations internationale et russe de lutte à la ceinture ont également été créées. 

En février 2013, le président russe Vladimir Poutine a annoncé qu'il fallait inclure les sports nationaux comme le koresh ou le mas-wrestling (un sport traditionnel yakute qui consiste à déséquilibrer son adversaire en tirant sur un bâton) dans le programme olympique. Pour le moment, les lutteurs professionnels de koresh se contentent de participer à l'Universiade.

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