Poutine l’Egyptien: ces enfants baptisés en l’honneur d’hommes politiques russes

Moumen Mokhtar avec son fils Poutine.

Moumen Mokhtar avec son fils Poutine.

archive personnelle
Un journaliste et traducteur égyptien a appelé son nouveau-né en l’honneur du président russe. Et ce n’est pas un cas isolé : on trouve à l’étranger des Lénine et Eltsine dont les parents admiraient ces politiques russes.

La Russie n’est pas un pays étranger pour Moumen Mokhtar, correspondant et traducteur du journal égyptien Youm 7. Il se rend souvent à Moscou et sur sa page dans Facebook, il publie des félicitations à l’occasion du Jour de la Victoire dans la Seconde Guerre mondiale et des posts comme « Vive la Russie ! » et « Mon meilleur ami est le président Poutine » (paroles d’une chanson du rappeur russe Timati).

LepetitPoutine

C’est en l’honneur de ce « meilleur ami » que Moumen a nommé son fils qui vient de naître. « Allah m’a donné un fils : il s’appelle Poutine Mokhtar », a écrit le journaliste sur sa page en publiant une photo de son enfant. A la question de savoir pourquoi il lui avait donné le prénom de Poutine et non de Vladimir, l’heureux papa répond résolument : « Les Vladimir, il y en a des centaines, et Poutine, il n’y en a qu’un »

L’Egypte connaît d’autres cas où la politique a influencé le choix du prénom : pendant la révolution de 2011, un jeune homme a appelé sa fille Facebook en l’honneur du réseau social grâce auquel les manifestants concertaient leurs actions. Toutefois, la tradition de donner des prénoms en l’honneur d’hommes politiques est encore plus ancrée en Amérique latine. Ainsi, le XXe siècle a vu arriver en force les idées communistes et les parents donnaient des prénoms à leurs enfants à la mémoire de leaders soviétiques.

Cedangereux« Ilich »

Une photo de Ilich Ramirez Sanchez, connu aussi sous le nom de Carlos ou Le Chacal. Crédit : APUne photo de Ilich Ramirez Sanchez, connu aussi sous le nom de Carlos ou Le Chacal. Crédit : AP

Le plus populaire était, bien sûr, Lénine. Le marxiste vénézuélien José Ramirez, fidèle aux idées du léninisme, nomma ses trois fils d’après le prénom, le patronyme et le nom du leader soviétique : Vladimir, Ilitch et Lénine.

Le cadet, Ilich Ramirez Sanchez, était à tel point dévoué aux idées de son père qu’il les interpréta de manière radicale : alors qu’il était étudiant à l’Université de l’amitié des peuples à Moscou de 1968 à 1970, il abandonna ses études pour se consacrer au terrorisme international.

Ilich, plus connu sous le nom de Carlos ou Le Chacal, se livrait à des attentats terroristes aux côtés de rebelles palestiniens et de représentants des Brigades Rouges, un groupe d’extrême-gauche italienne. Selon ses propres affirmations, ses attentats ont fait entre 1500 et 2000 victimes. Pendant des années, l’homonyme de Lénine était l’un des criminels les plus recherchés dans le monde avant d’être capturé en 1994. Il a été condamné à vie et purge actuellement sa peine dans une prison française. 

Pendant toute sa vie, Carlos a professé des idées communistes sans pour autant avoir de liens directs avec l’Union soviétique. Toutefois, selon des informations de The Independent, Ilich avait pu éventuellement coordonner ses opérations avec le KGB via la Stasi, les services secrets est-allemands.

« Lénine » en fauteuil roulant

Le vice-présudent d'Equateur Lenin Moreno lors d'un entretien à Quito, le 6 août 2009. Crédit : ReutersLe vice-présudent d'Equateur Lenin Moreno lors d'un entretien à Quito, le 6 août 2009. Crédit : Reuters

A la différence du Chacal, un autre socialiste d’Amérique latine nommé en l’honneur du révolutionnaire russe est devenu célèbre non pas parce qu’il était « mauvais » mais parce qu’il était « bon ». Après qu’un criminel eut tiré sur le juriste équatorien Lenin Moreno en 1998, ce dernier se retrouva entièrement paralysé. Eprouvant d’atroces souffrances, Moreno élabora lui-même un traitement et parvint à soulager la douleur grâce à une thérapie par le rire.

Moreno ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant, ce qui ne l’a pas empêché d’écrire plusieurs livres sur le traitement par l’humour et le rire, de gagner l’amour de son peuple et de devenir en 2007 vice-président d’Equateur (jusqu’en 2013). Lenin Moreno a contribué à améliorer la situation des handicapés dans son pays qui a commencé à débloquer des ressources plus importantes aux programmes sociaux. Il a été nominé au Prix Nobel de la paix en 2012.

Faire une passe à « Eltsine »

Le joueur de la sélection du Costa Rica Yeltsin Tejeda. Crédit : ReutersLe joueur de la sélection du Costa Rica Yeltsin Tejeda. Crédit : Reuters

En 2014, tous les amateurs de football ont été surpris du succès de l’équipe du Costa Rica au Championnat du monde : la modeste sélection est arrivée jusqu’aux quarts de finale. Toutefois, les supporters russes ont été encore plus étonnés en apprenant le prénom de l’un des joueurs. En 1992, la mère de Yeltsin Tejeda entendait si souvent le nom du premier président de Russie qu’elle décida d’appeler son fils en son honneur. Au sein de la sélection du Costa Rica, le joueur a un surnom tout à fait logique : El Ruso (Le Russe).

Yeltsin Tejeda a joué tous les matchs du Championnat pour son pays et à chaque remplacement, les commentateurs russes plaisantaient : « Yeltsin est fatigué, il s’en va ». C’est avec ces mots que le président russe Eltsine annonça sa démission le 31 décembre 1999. Après le Championnat de 2014, le club de football Oural de Ekaterinbourg, la ville natale de Boris Eltsine, a voulu acheter Tejeda, mais il s’est avéré que le footballeur était trop cher.

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