Vol direct pour les cieux

Des débris de l'avion A-321 qui s'est écrasé le 31 octobre dans le Sinaï.

Des débris de l'avion A-321 qui s'est écrasé le 31 octobre dans le Sinaï.

Reuters
Le crash de l’avion russe en Egypte a fait 224 morts. Il y avait parmi eux des familles avec des enfants, des couples, des amoureux et ceux pour qui les vacances au bord de la mer étaient un vrai bonheur espéré de longue date. RBTH se rappelle les histoires des passagers du vol entre Charm el-Cheikh et Saint-Pétersbourg.

L’Airbus A321 de la compagnie aérienne Kogalymavia qui avait quitté Charm el-Cheikh devait atterrir à l’aéroport Poulkovo de Saint-Pétersbourg à 12h20 (heure locale). Il transportait 224 personnes dont 25 enfants et 7 membres d’équipage. Ce vol charter transportait des touristes qui avaient passé des vacances en Egypte : des Russes de treize régions du pays, ainsi que des Ukrainiens et des Biélorusses. Leurs pages dans les réseaux sociaux regorgent de photos d’une flore exotique et de la mer, assorties de commentaires joyeux : « Hourra ! Nous partons nous réchauffer », « Le vol est retardé, mais en pensées je suis déjà là-bas » ou « Je n’aurais jamais pensé que l’Egypte m’offrirait tant d’émotions positives ».

Vers 11h00, les proches et les amis des passagers de ce vol ont commencé à arriver à l’aéroport. Certains n’étaient pas encore au courant du drame. Ceux qui l’étaient se tenaient à l’écart près du bureau d’information sans savoir que faire ni où aller. Ils pleuraient en scrutant encore avec un dernier espoir le tableau des arrivées. Ce dernier annonçait que le vol était retardé. Une demi-heure avant l’heure prévue de l’atterrissage, l’information sur le statut du vol a disparu. Mais chacun tentait de joindre par téléphone les siens et, jusqu’au dernier moment, ne pouvait croire au pire.

« Le passager principal »

Juste avant le départ pour l’Egypte, les parents de la petite Darina Gromova, dix mois, l’ont prise en photo, collée à la vitre de l’aéroport et regardant les pistes. La photo de la petite fille a été publiée dans les réseaux sociaux par sa maman, Tatiana, qui a écrit en dessous : « le passager principal ». Cette photo est devenue le symbole de ce vol brisé. Elle a été partagée par presque un million de personnes en hommage. « Aucun d’eux (des parents) ne savait que ce serait le dernier post », « Les mots me manquent… », écrivent les  gens. 

 

Tatiana et Alexeï s’étaient mariés en août 2014. Sur la vidéo de leur mariage, ils dansent une valse pendant que la maman de l’époux pleure de bonheur. « Merci à mon mari pour cette année, pour notre fille, pour ses petits soins et son amour ! », écrit Tatiana. A côté de la vidéo du mariage – une autre : « Tatiana et Alexeï. Les débuts ». Elle présente des photos des époux dans leur enfance puis leurs photos ensemble. Tatiana s’est manifestée la dernière fois sur les réseaux sociaux le 15 octobre, le jour de leur départ pour l’Egypte.

« Nous rentrons »

Parmi les plus de deux cents victimes, la famille des Chéïne. Ils ont pris leurs dernières photos quelques minutes avant le départ pour Saint-Pétersbourg, directement dans l’avion : les époux Olga et Youri et leurs trois enfants : Evgueni (11 ans), Valéria (10 ans) et Anastasia (3 ans). « Salut, Saint-Pétersbourg, au revoir, Egypte. Nous rentrons », a écrit Olga Chéïna. Les quinze derniers jours de leur vie ils ont réalisé le premier voyage de la famille à l’étranger. Les époux ont fêté, le 27 octobre, l’anniversaire de leur rencontre et de leur mariage.

 

« Le 27.10.2005 : c’est le jour où l’on s’est connus et où l’on s’est aimés pour la vie. Quelques années plus tard, le 27.10.2011, on s’est mariés. Aujourd’hui, on est heureux tous les deux et on fête ces anniversaires… », a précisé Olga. Son fils Evgueni faisait du foot et de la natation. Sa fille Valéria faisait de la natation et avait remporté plusieurs médailles et récompenses lors de compétitions. Sur la page de Youri, une vidéo de leur benjamine, Anastasia : ses premiers pas et son « premier pâté » : la petite ne pouvait s’en détacher.

La plus belle

Il y a six mois, la sœur aînée de Svetlana Krylova, passionnée de chiromancie, a inspecté sa main pour constater que la ligne de vie faisait moins de la moitié de la paume. Olga a éclaté de rire à l’idée de mourir jeune et n’y a pas cru. A 30 ans, elle avait une vie brillante, pleine de voyages. Avant même de partir pour l’Egypte, elle planifiait un périple en Chine. Elle était accompagnée dans cet avion de son mari Mikhaïl et de leur fille de 10 ans, Kristina.

« Je sais que je ne reviendrai pas » : ces paroles d’une chanson ont été publiées dans un réseau social par Ekaterina Mourachova, 32 ans, qui était elle aussi à bord de l’avion. Elle avait gagné un concours de beauté à Pskov (Nord-Ouest). Sa fille, prénommée comme elle Ekaterina, a 8 ans. Désirant se reposer un peu avant son anniversaire, elle l’avait laissée en Russie pour partir en Egypte accompagnée de sa mère. « Elle m’a dit : Ksénia, je pars en vacances. Nous nous verrons le 1er novembre et je te dirai comment nous fêterons mon anniversaire », raconte son amie. « Maintenant, au lieu d’un anniversaire, je vais assister à un enterrement », ajoute-t-elle.

Source : VK

Mauvais pressentiment

L’avion transportait également des membres de l’équipage. « Il cherchait sa vocation sur terre et voulait y trouver un métier, mais il a dit qu’il ne pourrait pas vivre sans l’aviation, qu’il aimait le ciel », raconte Anna, la femme du steward Stanislav Sviridov qui laisse un fils et une fille. La voix d’Anna tremble devant les caméras quand elle précise que les dernières semaines avant le drame, Stanislav était particulièrement doux et tendre, comme s’il avait pressenti sa fin. « Je lui disais toujours : écris-moi dès que tu seras arrivé. Lui, il plaisantait : Tu es toi-même hôtesse de l’air, à quoi bon ? Si quelque chose m’arrive, tu le sauras par le journal télévisé », raconte-t-elle. « Je crois qu’il voulait être prêt non seulement à la vie, mais aussi à la mort parce qu’il étudiait souvent les accidents aériens, sous tous les rapports », ajoute-t-elle.

Source : VK

Mais un autre steward a eu la vie sauve grâce à un pressentiment qu’il n’a pas ignoré. Oleg Yermakov devait être de service le 31 octobre. Deux semaines avant le drame, son père a vu dans un rêve la mort de son fils dans un crash. « Oleg, démissionne », a martelé son père. Quelques jours avant le vol, Oleg Yermakov a présenté sa démission. « Pour plusieurs raisons dont l’une était l’exigence de mon père », a-t-il indiqué. Mais il n’a pas osé prétexter son rêve pour demander à ses collègues de faire la même chose.

Aujourd’hui encore, il est difficile de se trouver à Poulkovo. Le grand bâtiment de l’aéroport reste silencieux, la place devant l’entrée regorge de fleurs et de bougies. Les gamins emmenés sur les lieux par leurs parents apportent aux enfants du vol des bonbons, des biscuits, des pâtés et des dessins. « La quantité de fleurs à l’aéroport et même les posts sur Facebook, ça aide (à surmonter la douleur) », écrit sur sa page la sœur d’Anna Tichinskaya, qui continue de l’appeler au téléphone. « Chaque fois je comprends tout, mais je retiens ma respiration et j’attends la sonnerie. Il ne sonne pas. Le correspondant est momentanément injoignable. Et ça me fait plaisir de croire bêtement à ce mot : momentanément », dit-elle.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

À ne pas manquer