Un vent de nouveauté souffle sur la scène politique russe

En moins d’un an (depuis l’automne jusqu’au mois de mai), la popularité d’Igor Strelkov (sur la photo) en Russie s’est accrue pour passer de 21% à 27%. Crédit : AP

En moins d’un an (depuis l’automne jusqu’au mois de mai), la popularité d’Igor Strelkov (sur la photo) en Russie s’est accrue pour passer de 21% à 27%. Crédit : AP

Près du tiers des Russes espèrent que les leaders anciens et actuels du Donbass s’investiront sur la scène politique russe, constate une nouvelle étude du Centre analytique Levada. Les experts indiquent que la société ressent le besoin de nouveaux visages. Il est vrai que ce besoin commence à être satisfait par les autorités et que les représentants du sud-est de l’Ukraine ne s’inscrivent pas vraiment dans ce cadre.

Près du tiers des citoyens russes (29%) souhaitent voir les leaders anciens et actuels du Donbass dans la politique russe, notent les sociologues du Centre Levada dans leur étude. Les interlocuteurs de RBTH le reconnaissent : la société ressent le besoin de nouvelles personnalités. « A l’heure actuelle, ce besoin se manifeste avec force parce que rien n’a changé depuis longtemps sur la scène politique russe : les mêmes têtes sont là depuis de nombreuses années », constate Konstantin Kalatchov, chef du Groupe politique d’experts.

Toutefois, les représentants des Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk ne satisfont apparemment pas ce besoin. « Je crois que lorsque les gens parlent des leaders de ces deux Républiques, ils ne comprennent pas très bien qui sont ceux-ci », estime Konstantin Kalatchov. Le directeur du laboratoire des études politiques régionales de la Haute école d'économie, Rostislav Tourovski, n’est lui non plus pas convaincu que les personnes interrogées soient capables de citer ne serait-ce que les noms des représentants de ces Républiques. 29%, « c’est plutôt le résultat d’une attitude positive envers les forces prorusses du sud-est de l’Ukraine », fait-il observer.

Se faire aimer du peuple

Certains leaders des milices populaires ukrainiennes ont pourtant laissé une trace dans la mémoire des Russes. Les sociologues du Centre Levada ont décidé de préciser la cote de popularité personnelle d’Igor Strelkov, étant donné qu’il a été « le premier à laisser une trace dans la politique russe », explique à RBTH Alexandre Grajdankine, directeur adjoint du Centre Levada. De mai à août 2014, Igor Strelkov a été ministre de la Défense de la République autoproclamée de Donetsk, avant de quitter le sud-est de l’Ukraine et de créer en Russie l’association Novorossia (qui se fixe pour objectif d’aider les milices populaires et les habitants du Donbass, ainsi que de « maintenir le Monde Russe et de faire renaître une Grande Russie Unie »). En mars 2015, il a reproché une nouvelle fois à Moscou son inaction et déclaré que les Républiques de Donetsk et de Lougansk devaient faire partie de la Fédération de Russie.

En moins d’un an (depuis l’automne jusqu’au mois de mai), la popularité d’Igor Strelkov en Russie s’est accrue pour passer de 21% à 27%, tandis que 21% des Russes éprouvent de la sympathie pour lui (et encore 26% ne peuvent pas « dire du mal » de lui). Ce qui prouve que « les hommes politiques du Donbass ont leurs chances dans la politique russe », estime le sociologue. Les experts expliquent le soutien d’Igor Strelkov par l’amour traditionnel du peuple pour l’image du défenseur, car, selon les Russes, il protège les civils du Donbass face à l’agresseur, Kiev. « Il faut citer dans ce contexte Sergueï Choïgou (aujourd’hui ministre russe de la Défense) qui était hors de la politique, mais a défendu durant de nombreuses années les intérêts des Russes au poste de ministre des Situations d’urgence. En termes de cote de confiance en Russie, il arrive deuxième, juste derrière le président du pays », a fait remarquer Alexandre Grajdankine.

« Une évolution, pas une révolution »

Mais si les autorités se décident à satisfaire ce besoin de « nouveaux » visages en « recrutant » ces derniers parmi les leaders du Donbass, « ce ne serait pas une très bonne idée », estime le directeur général du Centre de l’information politique, Alexeï Moukhine. « Le retentissement international serait extrêmement négatif » et ces « nouveaux-venus » deviendront « une cible pratique pour les opposants ». La classe politique se repliera sur ses réserves intérieures, le processus étant d’ores et déjà enclenché, a-t-il affirmé.

« Les régions fournissent aujourd’hui nombre de nouveaux politiques qui font partie de la réserve présidentielle, du Front populaire panrusse (ONF, organisation sociopolitique proche du pouvoir qui a été mise en place en 2011 sur proposition de Vladimir Poutine), ainsi que d’autres organisations qui recrutent des politiques, notamment pour participer aux élections », a indiqué Alexeï Moukhine. Selon lui, le parti Russie unie « nettoie ses rangs » depuis longtemps. Les autres partis parlementaires lui emboîtent le pas, « mais avec moins de succès ».

L’existence d’une rotation au sein de l’élite politique est également confirmée par Konstantin Kalatchov qui attire l’attention sur le rajeunissement de l’administration présidentielle. Cependant, s’il s’agit pour l’administration d’une simple recherche de jeunes et énergiques exécutants, l’apparition de nouvelles personnalités de l’espace public constituent une satisfaction directe de la demande, a-t-il noté. Ainsi, Alexandre Bretchalov, coprésident de l’état-major central de l’ONF, s’est placé à la tête de la liste « Cote de popularité 2016 » consacrée aux hommes politiques les plus prometteurs qui briguent un siège à l’issue des élections législatives.

« Le besoin est satisfait par le biais de partisans du parti au pouvoir. La société veut du nouveau, mais ce dernier ne doit pas être en opposition à l’ancien : elle souhaite une évolution, et non une révolution », a dit Konstantin Kalatchov. Cependant, le renouveau a aussi ses limites. D’après lui, le corps de députés pourrait être rajeuni, mais la charpente de l’élite, elle, restera inchangée. « Elle ne fera pas de concessions », estime-t-il.

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