La diplomatie russe songe à rendre publiques ses « listes noires »

Crédit : Valeri Matytsin / TASS

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Le ministère des Affaires étrangères de Russie déclare qu’il pourrait changer d’attitude vis-à-vis des « listes noires » dressées pour interdire l’entrée de certaines personnalités. Le fait qu’il ne les publie pas a provoqué les protestations de Johannes Singhammer, vice-président du Bundestag, qui a annulé sa visite à Moscou en apprenant que Moscou n’a pas laissé entrer un de ses collègues députés.

Le ministère russe des Affaires étrangères réfléchit à la possibilité de publier les « listes noires » suite au scandale qui a éclaté après que la Russie a refusé l’entrée du pays à un député du Bundestag. Evoquant une éventuelle publication de ces « listes noires », Alexeï Mechkov, chef adjoint de la diplomatie russe, a déclaré mercredi que « les collisions qui surgissent (…) nous obligent à nous pencher sur le sujet ».

Dans ce contexte, il a ajouté que les personnes figurant sur la « liste noire » avaient  « la possibilité de préciser si elles en font partie en s’adressant à n’importe quel établissement consulaire de Russie à l’étranger ».

« Une position plus correcte »

Le 24 mai dernier, Karl-Georg Wellmann, député allemand et président du groupe parlementaire germano-ukrainien, s’est vu refuser sans explications l’entrée en Russie alors qu’il se trouvait à l’aéroport Sheremetevo de Moscou. Suite à cet incident, Johannes Singhammer a décidé de repousser son voyage en Russie et a exigé que le Kremlin publie ses « listes noires » afin que ceux qui y figurent puissent le savoir avant d’arriver à la frontière.

Selon les médias, Karl-Georg Wellmann a vivement critiqué à plusieurs reprises la Russie, qualifiant le conflit dans le Donbass de « guerre russe » et les partisans des Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk d’« instruments de la Russie ».

Karl-Georg Wellmann n’est pas l’unique parlementaire européen à avoir été refoulé par Moscou. En mars dernier, la Russie a refusé l’entrée à Sandra Kalniete, députée lettone du parlement européen, et à Bogdan Borusewicz, président du Sénat polonais. Tout comme Karl-Georg Wellmann, Sandra Kalniete a dû passer la nuit à l’aéroport parce qu’elle venait en Russie avec un passeport diplomatique, tandis que Bogdan Borusewicz s’est vu refuser le visa russe.

Les « listes noires » sont la réaction de Moscou aux sanctions décrétées par les pays occidentaux contre plusieurs citoyens russes après que la crise ukrainienne a atteint son apogée l’année passée. Les listes des personnes frappées par les sanctions occidentales ont été rendues publiques.

Défendant la décision de Moscou de ne pas publier les « listes noires », Alexeï Mechkov a indiqué que « notre politique de protection des données personnelles de ceux qui sont interdits d’entrée dans le pays (…) était plus correcte que celle de nos partenaires occidentaux qui ont « claironné » certains noms ». 

« Jeu depoker »

Bien que l’exigence de divulguer les listes russes semble logique et opportune sur le fond de la publication des listes occidentales, « la direction russe n’est pas obligée de rendre publiques ces listes », a souligné dans une interview à RBTH l’expert en relations internationales Victor Mizine, exprimant l’espoir que ce ne serait pas fait.

Selon lui, c’est un beau coup – « comme au poker quand on ne sait pas ce qu’on risque » - joué par Moscou pour « faire réfléchir les gens à leurs déclarations ».

Evoquant la manière dont sont adoptées ces listes, il a précisé que c’était une décision collégiale de plusieurs départements : structures de force, renseignement politique, Conseil de sécurité national et ministère des Affaires étrangères. 

Publieravecdesexplications

Dans le même temps, certains experts estiment que la publication des « listes noires » par Moscou serait un pas dans le bon sens. Pour Mikhaïl Troïtski, enseignant à l’Institut des relations internationales, cette situation n’est pas à l’avantage de la Russie, car la personnalité en question est un homme politique assez important.

Le président de l’Institut des évaluations stratégiques, Alexandre Konovalov, a lui aussi dit à RBTH que les « listes noires » devraient être publiées avec des explications sur les causes de l’interdiction d’entrer. 

Toutefois, la position de la Russie, réticente pour l’instant à divulguer les « listes noires », n’est pas une première. En avril 2013, après que les États-Unis eurent adopté la loi Magnitski – comptant 18 noms qui, selon les autorités américaines, étaient liées au décès du juriste de la fondation Hermitage Sergueï Magnitski dans un centre de détention de Moscou en 2009 –, les médias ont annoncé que les Etats-Unis élaboraient une autre liste, secrète, comportant les noms de Russes que Washington accusait de violation des droits de l’homme.

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