Un an avec la Crimée : ce qui a changé dans la vie des Russes

Source : archives personnelles

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Le 18 mars 2014, Vladimir Poutine a signé le décret sur l’intégration de la Crimée à la Fédération de Russie. Cet événement a affecté non seulement les habitants de la Crimée, mais également de nombreuses personnes au-delà de la péninsule. L’image de la Russie à l’étranger s’est dégradée, le pays a été frappé de sanctions qui ont aggravé la crise économique. Un an après l’événement, nous avons demandé aux Russes ce qui a changé dans leur vie personnelle et professionnelle, ainsi que dans leur vision de l’avenir.

Andreï Kozenko, 39 ans, envoyé spécial du portail Meduza.io

Source : archives personnelles

Beaucoup de choses ont changé dans ma vie professionnelle. J’étais un simple journaliste russe et je travaillais pour l’un des meilleurs médias russes, Lenta.ru. Les événements en Ukraine (ou plutôt notre tentative de les couvrir de manière objective) ont provoqué le licenciement du rédacteur en chef par le fondateur et notre démission collective suite à cela. Désormais, je suis un correspondant étranger dans mon propre pays – envoyé spécial du portail letton Meduza. Ça laisse une impression qui n’a rien de banal. Mais j’aime mon travail et je le ferai tant que ce sera possible dans notre pays. Quant à ma vie personnelle, rien n’a changé, je vis comme avant. Simplement, à cause de la dépréciation du rouble, quand ma femme et moi avons passé une semaine à Helsinki, nous avions juste assez pour dîner chez Burger King le dernier soir.

Ioulia Titova, 27 ans, directrice du magasin caritatif Spasibo !

Source : archives personnelles

Mon organisation s’occupe de la collecte et de la redistribution de vêtements inutiles à Saint-Pétersbourg - 90% sont distribués aux personnes dans le besoin et aux associations caritatives,  les 10% restant sont vendus dans des magasins caritatifs et les recettes sont investies dans des projets spéciaux. Au cours de l’année dernière, nous avons reçu des demandes de vêtements de la part des réfugiés ukrainiens – des familles, des femmes avec enfants et des personnes âgées. Par ailleurs, plusieurs personnes qui ont quitté l’Ukraine cherchaient du travail. Plusieurs projets bénévoles ont été créés à Saint-Pétersbourg pour aider les réfugiés, les ressortissants du Donbass. Je compte poursuivre mon activité, même si je ressens une inquiétude désagréable et une division incroyable de la société en différents camps : c’est absurde, mais aujourd’hui, certaines personnes semblent refuser de donner les affaires inutiles à l’association caritative uniquement parce qu’elle ne défend pas la « bonne » position. Tout est devenu politique. 

Dmitri Falaleev, 34, entrepreneur, portail pour les spécialistes en technologies et les investisseurs de capital-risque Firrma.ru

Source : archives personnelles

Je ne dirais pas que la Crimée a été un tournant – du moins, cet événement n’a eu aucun impact sur moi en tant qu’entrepreneur. L’impact des processus économiques généraux qui se sont clairement dessinés en été 2014 a été beaucoup plus important. Toutefois, pour le moment, l’effet est surtout psychologique. On comprend que le prix d’une erreur a crû de manière considérable. Par ailleurs, on voit également que les possibilités sont plus nombreuses. Je n’ai pas l’intention de changer quoi que ce soit dans mon activité professionnelle. Je pense qu’il faut faire ce qu’on connaît et ce qu’on aime. Mais il est vrai qu’à l’heure actuelle, il est difficile de parler de perspectives.

Leonid Sternik, 40 ans, gérant du restaurant Vincent, Saint-Pétersbourg

Source : archives personnelles

Je ne peux pas dire que ma vie a connu de grands bouleversements. Avant j’envoyais ma famille à Chypre pour quatre semaines, cette année, je me limiterai à trois. Parfois, je suis obligé de chercher des produits pour la cuisine du restaurant moi-même, avant c’est le chef-cuisinier qui s’en occupait. Pour le moment, je n’achète pas le vin de Crimée et je n’ai pas envie de passer mes vacances en Crimée. La situation est devenue tendue. La baisse est importante dans le secteur, plusieurs restaurants ont fermé, d’autres se serrent la ceinture. Heureusement, la crise n’a pas eu beaucoup d’impact sur l’activité de notre restaurant. Les clients habituels ne nous ont pas abandonnés, on en a même de nouveaux. Je vais continuer à travailler dans ce domaine, nous allons peut-être nous agrandir, puisqu’il y a de nouveaux locaux prometteurs. Seulement, les propriétaires des locaux continuent encore à demander des loyers exagérés. J’espère que les prix baisseront prochainement.

Vladimir Mitrofanov, 30 ans, directeur général du groupe Okasi, fournisseur de friandises japonaises

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Nous achetons les principaux ingrédients pour notre production en Allemagne, au Japon et en Belgique. Depuis que la Russie a commencé à introduire des sanctions « alimentaires », nous avons l’impression d’être assis sur une bombe à retardement et redoutons que nos matières premières soient inscrites sur la liste. Dans ce cas, notre activité mourra. Mais même si l’on ignore la question des sanctions, je peux dire qu’à cause de la chute du rouble par rapport à l’euro et au yen, le coût des matières premières que nous utilisons a augmenté de 30 à 70%. Jusqu’à fin 2014, nous avons maintenu nos prix, mais en janvier de cette année, nous les avons augmentés de 20%. Cela n’a pas suffi ne serait-ce qu’à rétablir nos profits. Je pense qu’à l’avenir, nous réduirons nos frais grâce à l’augmentation du volume des produits vendus et à l’élargissement des marchés. Bref, pour le moment, nous ne baissons pas les bras.

Alexandre Petkov, 38 ans, gérant de l’hôtel Metropol de Moscou

Source : archives personnelles

Du point de vue professionnel, l’année passée a été, évidemment, très différente de ce à quoi nous étions habitués. L’automne a été la période la plus problématique, la chute du rouble a provoqué de la panique et de l’incertitude chez la plupart des entrepreneurs. Le secteur hôtelier ne s’est toujours pas habitué aux nouvelles conditions. D’un autre côté, bien que de nombreux Russes ne partent plus à l’étranger, ils ne renoncent pas encore aux voyages en Russie et préfèrent Moscou à Berlin et Sotchi à la côte amalfitaine en Italie. Moscou, même en temps de crise et après les sanctions et la Crimée, est l’une des plus grandes capitales mondiales et un centre culturel, financier et politique important. C’est pourquoi, tôt ou tard, la croissance y reviendra. Pas dans 2-3 mois, bien sûr, mais d’ici deux ans – j’en suis sûr. Pour le moment, je ne vais rien changer ni quitter Moscou. 

Andreï Iskornev, 30 ans, chirurgien esthétique et président de la clinique The Platinental Aesthetic Lounge

Source : service de presse

Malgré la spécificité de mon domaine, la demande pour les services proposés par la clinique a crû depuis le début de l’année. J’explique cela par l’évolution des taux de change. Parmi nos clients, il y a beaucoup de gens qui partaient chercher la beauté à l’étranger. Désormais, c’est plus intéressant de se faire opérer en Russie, car c’est à peu près 50% moins cher. Oui, les prix des implants ont crû, mais les honoraires du chirurgien sont restés les mêmes. De plus, environ 10% du nombre total de nos patients sont actuellement des ressortissants des pays de la CEI et de l’étranger. Pour eux, les prix de ces services en roubles ont baissé.

Nikita Denissov, 34 ans, auto-entrepreneur, fabrication de souvenirs

Source : archives personnelles

Les changements sont notables. Le prix du cognac que je bois a doublé, celui des vins de Crimée aussi. Alors que les prix du whisky et du rhum importés n’ont pas changé. Au travail, j’ai deux fois moins de commandes – les budgets publicitaires dans de nombreuses entreprises ont été réduits, elles ont renoncé aux commandes de souvenirs. Malheureusement, pour le moment, je dois oublier l’achat de voiture, mais mes recettes suffisent pour payer le loyer du local et pour acheter à manger. J’espère que je pourrai amener ma femme en vacances à la mer. D’ailleurs, on ira en Crimée. Et je vais continuer à travailler et développer mon entreprise. J’ai confiance en Poutine.

 

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