Poutine dénonce les « spéculations historiques » autour du défilé du 9 mai

Crédit : Alexeï Droujinine/TASS

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Lors d’une réunion du comité d’organisation des commémorations du 70e anniversaire de la Victoire durant la Seconde Guerre mondiale, le président Vladimir Poutine a évoqué les tentatives de « déformer les événements » de la guerre au moyen de « mensonges cyniques et non dissimulés ». L’un des experts interrogés par RBTH estime que l’âpreté du chef d’État est une réaction au boycott des célébrations par certains dirigeants. Un autre estime que cette déclaration s’adresse surtout au public national.

Une réunion du comité d’organisation des commémorations du 70e anniversaire de la Victoire durant la Seconde Guerre mondiale s’est tenue mardi 17 mars à Moscou. Au cours de cette réunion, le chef d’État Vladimir Poutine a dénoncé les tentatives « d’utiliser des spéculations historiques dans les jeux géopolitiques ». Ainsi, le président estime que la Russie doit « constamment défendre la vérité sur la guerre avec fermeté et insistance et de manière argumentée ».

« Aujourd’hui, nous sommes malheureusement confrontés non seulement à des tentatives de déformer, de fausser les événements de cette guerre, mais aussi à des mensonges cyniques et non dissimulés, une diffamation flagrante de toute une génération de personnes qui ont presque tout sacrifié pour cette Victoire et défendu la paix dans le monde », a déclaré le président. « Parfois, on entend de véritables absurdités » et « on se demande comment on peut en arriver là », a-t-il ajouté.

L’objectif de ces spéculations est de saper la force et l’autorité morale du pays, et de le priver de son statut de pays victorieux, estime Poutine. « Globalement, la Russie et notre société sont, malheureusement, encore soumises à des tests de maturité et d’unité, de fermeté de nos traditions historiques et des liens intergénérationnels », a déclaré le président.

Situation tendue

La déclaration de Poutine ne doit pas être perçue comme une réponse tardive de Poutine à la Pologne, a expliqué  dans un entretien à RBTH Gleb Pavlovski, directeur du Centre pour une politique efficace. Le 21 janvier, le ministre polonais des Affaires étrangères Grzegorz Schetyna a déclaré que le camp de concentration d’Auschwitz avait été libéré par des soldats ukrainiens. « Il serait étrange pour Poutine de s’adresser expressément à la Pologne sous cette forme-là. Ce qui l’irrite le plus n’est pas la réaction de la Pologne, qui a traditionnellement une attitude douloureuse vis-à-vis de la Russie, mais celles de l’Allemagne et de l’Union européenne dans son ensemble », explique Pavlovski. 

La déclaration du président n’est adressée à personne en particulier et ne vise pas à être délibérément grossière, estime le politologue. Elle semble principalement impulsée « par le boycott des célébrations du Jour de la Victoire par plusieurs dirigeants étrangers », explique-t-il.  Il estime que dans ce moment douloureux, Poutine ne peut faire comme si de rien n’était, alors que l’utilisation de la crise ukrainienne comme motif de bouder les célébrations ajoute aux tensions.

Globalement, le discours de Poutine « n’affiche pas une dureté excessive, car la situation est déjà tendue », conclut Pavlovski. Cependant, estime-t-il, la priorité est aujourd’hui d’expliquer les émotions et les motivations de la Russie. « Le monde est prêt à nos âpretés, mais l’Europe a besoin de nos explications », a-t-il ajouté.

Fierté nationale

Konstantin Kalatchev, directeur du Groupe d’experts politiques, estime que la déclaration du président s’adresse au public national. « Le concept de « Russie entourée d’ennemis » nécessite non seulement d’être appuyé, mais aussi illustré par des exemples concrets qui pousseraient la population à se masser davantage autour du dirigeant », estime l’expert. « Dire que quelqu’un s’attaque à l’objet principal de notre fierté nationale – la victoire durant la guerre – revient à automatiquement mobiliser l’opinion publique contre ceux qui font cela », ajoute-t-il. 

Le même jour, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a confirmé la participation des dirigeants de 26 pays aux célébrations du Jour de la Victoire, qui auront lieu le 9 mai à Moscou. Parmi eux, les dirigeants de la Corée du Nord, l’Inde, le Vietnam, la Mongolie, Cuba, la Chine, l’Afrique du Sud. « Les dirigeants de la Bosnie-Herzégovine, y compris le président de la République serbe <…>, ainsi que les dirigeants de l’Islande, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie et la Norvège ont également confirmé leur présence sous diverses formes », a déclaré Lavrov.

 

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