Un monument aux victimes des répressions politiques verra le jour à Moscou

Crédit : Vitali Beloussov / RIA Novosti

Crédit : Vitali Beloussov / RIA Novosti

Les autorités russes ont décidé d’installer un monument aux victimes de la répression soviétique en plein cœur de la capitale russe, a annoncé le 15 janvier à l’agence Interfax Ella Pamfilova, déléguée aux droits de l’homme auprès du Kremlin.

Un monument aux victimes de la répression politique sera bientôt érigé sur l’avenue Sakharov, en plein centre de Moscou. Le choix de cette place ne doit rien au hasard. Le nom d’Andreï Sakharov, lauréat du prix Nobel et inventeur de la première bombe à hydrogène soviétique, figure en tête de la liste des défenseurs des droits de l’homme et des opposants à l’idéologie stalinienne. En outre, c’est sur cette avenue que s’organisent les plus importants meetings et défilés à caractères libéraux.

« Nous avons examiné plusieurs possibilités d’emplacement, et avons convenu que l’avenue Sakharov est la solution la meilleure. Le président a approuvé l’initiative avancée par le groupe de travail. La décision politique est prise », a indiqué Ella Pamfilova. La déléguée aux droits de l’homme a précisé que plusieurs esquisses avaient déjà été réalisées et qu’il était possible que le monument soit installé avant 2016.

Il faut s’en souvenir

Le président de la direction de l'association russe Memorial Arseni Roguinsky a indiqué dans une interview à RBTH que l’installation d’un tel monument était particulièrement importante pour le pays. 

« La première initiative relative à un tel monument revient à l’époque de Nikita Khrouchtchev, qui a succédé à Joseph Staline, a expliqué M. Roguinsky. Notre organisation s’est fixé pour objectif de mener à bien son installation. Et je me réjouis du fait qu’une telle décision ait été prise. »

Selon lui, il est indispensable que les Russes mémorisent leur histoire, même quand il s’agit de moments tragiques.

« Des millions de personnes ont été tuées, la vie d’un nombre encore plus important de gens a été détruite, et pourtant il n’y a pas de mémoire. Moscou est une ville empreinte de terreur : ici, on fusillait ou envoyait au Goulag des personnes, mais rien ne rappelle ces événements tragiques. Il n’y a même pas de plaques commémoratives », a-t-il expliqué.

Le seul monument aux victimes des répressions staliniennes est la pierre Solovetsky, installée en 1990 sur la place Loubianka (une simple pierre venant des Îles Solovki où se trouvait un camp de travail, précurseur du Goulag).

Selon l’ONG Memorial, entre 11 et 39 millions de personnes ont été victimes de répression politique durant l’ère soviétique.

Contre les répressions, mais pour Staline

Selon les experts, la décision d’ériger un monument aux victimes ne changera pas l’attitude des Russes à l’égard de Staline. Pour la plupart d’entre eux, c’est l’homme qui a remporté la Grande Guerre patriotique – ainsi que les Russes désignent la Seconde Guerre mondiale – et a procédé à l’industrialisation du pays.

« Ce monument n’est pas installé en signe de protestation contre Staline, mais en mémoire aux victimes des répressions. À mon avis, on évitera de parler du dirigeant soviétique. Le concept du monument ne revêtira pas un caractère antistalinien », considère Pavel Saline, directeur du Centre d'études politiques de l’Université des finances près le Gouvernement de la Fédération de Russie.

Selon ce dernier, pour le président Poutine ce geste n’est pas le premier. Il a déjà visité le polygone de Boutovo, lieu d’exécutions de masse à l’époque de la terreur. Cette démarche doit aider le dirigeant russe à unir autour de lui des forces politiques libérales et, en même temps, à améliorer l’image de la Russie à l’étranger.

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