Les organisations caritatives, en progrès, peuvent mieux faire

Une volontaire de la Fondation Vera anime un atelier de pâte à modeler. Crédit : Service de presse

Une volontaire de la Fondation Vera anime un atelier de pâte à modeler. Crédit : Service de presse

Le nombre de Russes engagés dans une activité caritative a augmenté d’un million en l’espace d’une année. Pourtant, la Russie ne figure encore qu’en 126ème position au classement mondial de la philanthropie.

Alina souffre du syndrome de Werdnig-Hoffman [amyotrophie spinale infantile, ndlr], une maladie génétique très grave. Pendant les cinq premières années de sa vie, elle ne pouvait respirer de manière autonome et avait besoin d’un masque pour recevoir de l’oxygène. Fin 2011, suite à une pneumonie, l’état de santé d’Alina a empiré.

Placée au service des soins intensifs, elle a été reliée à un respirateur artificiel. Ses parents devaient choisir : ou bien laisser Alina passer le restant de ses jours à l’hôpital, ou bien acheter l’appareil en question et équiper leur appartement pour maintenir l’enfant en soins intensifs.

« Un respirateur artificiel coûte un million de roubles (15 000 euros) », indique Lida Moniava, responsable du programme dédié aux enfants au sein de la fondation de bienfaisance Vera, qui soutient les centres de soins palliatifs. « L’État ne prend pas en charge ce genre de problèmes, et la famille d’Alina n’avait pas l’argent nécessaire. Sa mère s’est donc tournée vers nous pour lui venir en aide ».

La fondation a relaté la situation d’Alina sur les réseaux sociaux. L’histoire a été lue par des milliers de personnes et plusieurs centaines d’entre elles ont fait des dons. La somme requise a ainsi pu être réunie.

Cette histoire est loin d’être une exception. Au cours de sa carrière, Lida Moniava raconte avoir observé près d’une quarantaine de succès semblables.

Le volontariat comme moyen d’épanouissement personnel

Lev Abinder, fondateur et dirigeant de la Fondation d’entraide russe – une des principales organisations caritatives du pays – souligne que le nombre de volontaires augmente chaque année. Selon lui, les Russes sont traditionnellement portés vers la solidarité envers les personnes en difficulté. À l’époque soviétique, toutefois, rien ni personne ne stimulait ce type d’activité. Les activités caritatives au niveau gouvernemental étaient mal vues, parce qu’elles révélaient des problèmes contredisant la propagande.

De nos jours, le volontariat et les activités de bienfaisance se développent activement en Russie à travers des réseaux sociaux tels que VKontakte, Odnoklassniki ou Facebook. De nombreux utilisateurs de ces réseaux n’ont pas encore eu la possibilité de s’affirmer au sein de la société. Ils cherchent à venir en aide à des personnes dans le besoin et par la même occasion, à donner ainsi un sens à leur vie.

Lida Moniava fait observer, de son côté, que les Russes préfèrent aider directement des enfants malades ou orphelins que de donner de l’argent pour la lutte contre les maladies incurables, étant plus réticents s’ils ont le sentiment que leur contribution ne changera pas grand-chose de manière concrète et immédiatement visible. En même temps, Lida note qu’on assiste ces dernières années au développement actif de communautés locales : « des dizaines de personnes nous appellent tous les jours afin de proposer leur aide. Ça vous donne le sentiment que tout le monde autour de vous est prêt à vous tendre la main, même s’il est peu probable que cela se passe de cette manière dans tout le pays ».

Le chemin est encore long

Ces dernières années, les Russes sont de plus en plus nombreux à considérer que les organes du pouvoir ne sont pas en mesure de résoudre une série de problèmes sociaux locaux, considère Lev Goudkov, directeur du Centre analytique Levada. « Ceci concerne notamment la médecine dans les régions exposées à un manque de spécialistes et d’équipements médicaux innovants ». Dans de petites villes, il est difficile d’obtenir une aide nécessaire aux patients atteints d’une maladie complexe ou rare. Ceux qui ont déjà rencontré ce genre de problème réagissent dès qu’ils apprennent que quelqu’un a besoin d’aide.

Selon M. Goudkov, le point faible du bénévolat en Russie réside dans le fait que « la plupart des gens s’engagent dans ces initiatives lorsque les conditions ne leur laissent pas d’autre choix. Par exemple lorsqu’il faut éteindre le feu des tourbières dans une forêt avoisinante ou amasser une somme d’argent pour venir en aide à un enfant malade », explique le sociologue. Les initiatives civiles consolident la société et permettent d’établir des liens horizontaux solides au sein de cette dernière, mais en Russie, le bénévolat se distingue par son caractère spontané et occasionnel, ce qui l’empêche d’acquérir les formes d’un mouvement puissant et organisé, conclut Lev Goudkov.

En 2014, Rusfond et l’entreprise Business Analitika ont réalisé une étude sur les œuvres de bienfaisance dans les différentes régions du pays. Il s’est avéré que plus de la moitié des Russes s’investissent d’une manière ou d’une autre dans des activités caritatives.

Toutefois, les résultats d’un sondage mené par le centre Levada ne sont pas aussi positifs. Selon les chiffres de l’an dernier, 76,3% des Russes n’auraient pris part à aucune activité caritative. Rusfond explique avoir pris en compte dans ses calculs non seulement les réponses de personnes ayant contribué à des œuvres caritatives, mais également celles ayant fait l’aumône ou des dons personnels.

L’étude de Rusfond révèle que les Russes préfèrent donner leur argent à des personnes qu’ils connaissent ou peuvent voir directement et non à des fonds caritatifs, même si ces derniers fournissent des comptes détaillés de leurs dépenses. Ce qui s’explique par un profond manque de confiance des citoyens envers les organisations caritatives privées. Des scandales ces dernières années ont encore compliqué la situation. 

Par ailleurs, si l’on établit l’importance des activités caritatives par régions, ce n’est ni Moscou ni Saint-Pétersbourg qui arrive en tête, mais la république du Daguestan, dans le Caucase.

 

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