Poutine au club Valdaï : Moscou restera inflexible face aux sanctions (expert)

Crédit : Mikhaïl Voskressenski / RIA Novosti

Crédit : Mikhaïl Voskressenski / RIA Novosti

Dans un discours de quarante minutes au Forum international de discussion du club Valdaï, le président russe Vladimir Poutine a critiqué la politique étrangère des USA. Il accuse les Etats-Unis de détruire le système de sécurité mondiale, d'exercer une dictature sur la scène internationale et d'avoir une part de responsabilité dans la crise politique en Ukraine. Selon les experts russes, Poutine a réaffirmé la fermeté de la position russe sur les problèmes mondiaux et a appelé l'Occident au dialogue pour les régler.

Nikolaï Zlobine, président du Centre américain des intérêts globaux (RIA Novosti)

« L'idée principale de son discours était que la Russie ne deviendrait jamais un pays totalitaire. C'est le message que le monde voulait entendre, parce que c'est justement ce qui trouble l'opinion publique internationale. Je m'attendais à une attitude et des jugements beaucoup moins conciliants envers les États-Unis et la situation en général. Il me semble que Vladimir Poutine est très sérieusement disposé à trouver un compromis. Ses réponses aux questions sur l'Ukraine étaient très modérées.

Washington va bien sûr critiquer ce discours mais, ensuite, les Américains essayeront peut-être d'y voir des notes positives – notamment dans le fait qu'il ne comportait presque pas de jugements négatifs.

Poutine pourrait quand même faire l'objet de remarques pour son manque d'esprit critique quant aux actions de la Russie. Quand quelque chose ne marche pas, il faut aussi essayer de comprendre sa part de responsabilité. La Russie est aussi responsable de l'aggravation du climat international, et pas seulement avec l'Ukraine. C'était le cas auparavant. Moscou aurait pu agir de façon plus sage à de nombreuses reprises ».

Alexeï Fenenko, chercheur à l'Institut des problèmes de sécurité internationale (RIA Novosti)

« Le discours prononcé par le président russe dans le cadre du club Valdaï prolonge ses déclarations de Munich sur la sortie du statu quo dans les relations internationales.

A Sotchi, Poutine a souligné que la Guerre froide était terminée, mais que la paix dans le monde n'était pas encore acquise. Il a affirmé que l'architecture des relations internationales avait besoin d'être repensée mais que les USA, se considérant comme les vainqueurs, n'avaient « pas conscience de cette nécessité » et avaient décidé de mettre le monde entier « sous leur contrôle, en faveur de leurs intérêts ». Mais ils n'ont pas réussi à « soutenir » ce modèle unipolaire et essaient aujourd'hui de recréer un monde « pseudo-bipolaire », selon Poutine. Le président russe a souligné qu'il fallait délimiter le champ des actions unilatérales, et résoudre le dilemme entre intérêts sécuritaires, droits de l'homme et principe de souveraineté.

Le discours du président montre que la Russie rejette la proposition américaine de construire un nouvel ordre mondial. Jusqu'à présent, le socle des relations internationales « est le même que pendant la Guerre froide », c'est-à-dire la parité nucléaire avec les USA et la longueur d'avance des deux Etats sur le potentiel des autres pays. Je dirais que nous ne vivons pas dans un nouvel ordre mondial, mais dans une version modernisée du système de Yalta-Potsdam.

Si on retire la rhétorique anti-américaine du discours de Poutine, voilà comment le résumer : nous entrons dans une période où les règles du jeu vont pouvoir être redéfinies. Nous vivons jusqu'à présent selon les règles établies par les puissances victorieuses en 1943-1945. Toute la logique du développement du système mondial actuel repose sur cette question : va-t-il être remodelé ?

Poutine appelle les Américains à revoir les règles du jeu. Ce qu'inclura cette révision et sa nature n'est encore pas défini. Mais la question est posée ».

Viktor Litovkine, expert militaire indépendant

« Poutine a décrit de façon très ferme mais réaliste la politique des Etats-Unis, axée sur la domination dans le monde moderne. D'autant que cette suprématie ne s'appuie pas sur des avantages dans les sphères économique et intellectuelle, mais sur la force militaire et la destruction des régimes qui ne conviennent pas au gouvernement américain.

Vladimir Poutine a fait comprendre d'une façon très nette aux États-Unis et à leurs alliés de l'OTAN que la Russie défendrait ses intérêts nationaux très fermement, et qu'aucune menace ni sanction n'infléchirait la position du Kremlin sur les questions principales ayant trait aux intérêts nationaux du pays.

La Russie est très solide. Et le monde ne se résume pas aux gouvernements des pays occidentaux. Moscou construira sa politique souveraine internationale en s'appuyant sur la coopération avec les principaux pays du monde sur tous les continents. En premier lieu avec les pays du BRICS et des États qui ne plient pas sous la pression de Washington et de Bruxelles.

Poutine a rappelé que la Russie était une puissance nucléaire et qu'il était donc contre-productif de lui parler dans l'optique d'un rapport de force ».

Référence : RIA Novosti 

 

Réagissez à cet article en soumettant votre commentaire ci-dessous ou sur notre page Facebook


Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.