L’urbaniste, l’acteur et le chercheur : trois candidats au parlement municipal de Moscou

Léonid Yarmolnik Crédit : Alexander Vilf/RIA Novosti

Léonid Yarmolnik Crédit : Alexander Vilf/RIA Novosti

Le compte à rebours a commencé : il ne reste plus que deux jours avant les élections à la Douma de la ville de Moscou. Malgré le peu d’attention que les médias et les Moscovites dans leur ensemble semblent lui accorder, certains candidats et programmes présentent toutefois un intérêt particulier. RBTH s’est renseigné sur ces candidats qui sortent du lot.

Le 14 septembre prochain se tiendront les élections des députés de la Douma municipale de Moscou, l’assemblée législative de la capitale russe. L’attribution des sièges sera déterminée par un vote uninominal (ce qui signifie que les Moscovites ne voteront pas pour une liste électorale, mais pour un candidat). Au total, 273 candidats seront en lice pour les 45 sièges que compte la Douma. Les députés sont élus pour un mandat de cinq ans.

En principe, les élections d’un important organe exécutif au sein de la plus grande ville du pays devraient attirer l’attention des citoyens et constituer le principal événement politique de la vie de la cité. Et cela semble se confirmer, à en croire les sondages menés ces dernières semaines: selon le Centre panrusse d’étude de l’opinion publique (VTsIOM), 52% des Moscovites ont l’intention de se rendre aux urnes. Mais en pratique, ces chiffres sont très éloignés de la réalité: si les élections municipales qui se sont tenues l’année dernière annonçaient 78% de participation, seuls 32% des Moscovites se sont finalement déplacés pour voter. Le taux de participation devrait être d’autant plus faible cette année que les médias restent silencieux sur ces élections et qu’aucun des candidats ne mène de campagne électorale visible. Mais cela ne veut pas dire que les élections à la Douma de Moscou soient pour autant dépourvues d’intérêt. RBTH fait la lumière sur trois candidats singuliers et sur leur campagne électorale insolite.

Léonid Yarmolnik, l’acteur

Léonid Yarmolnik Crédit : Alexander Vilf/RIA Novosti

Léonid Yarmolnik n’a pas besoin de faire du porte à porte pour rencontrer les gens : figurant parmi les plus célèbres acteurs soviétiques et russes, la plupart des habitants de la capitale le reconnaissent immédiatement lorsqu’il se promène dans le 43ème district du centre de Moscou. Yarmolnik refuse de se voir comme un politique. Il pense simplement qu’en tant que député, il aura plus de possibilités de « faire des choses utiles et de remettre vraiment de l’ordre », a-t-il confié à la chaîne Dojd.

Yarmolnik se considère comme un candidat « alternatif ». Toutefois, quelles que soient les positions qu’il prenne, sa victoire est quasiment assurée grâce à sa popularité et à son charisme. L’acteur organise régulièrement des réunions portes ouvertes avec les habitants de sa circonscription, montrant ainsi qu’il sera un député actif et proche du peuple. En cas d’élection, Yarmolnik assure qu’il portera une attention toute particulière au problème des animaux errants à Moscou.

Selon un sondage mené par le VTsIOM, il serait soutenu par 24% des électeurs contre seulement 10% pour sa rivale Vera Chastina. La campagne électorale de cette dernière n’est pourtant pas dénuée d’originalité : le week-end dernier, les habitants de l’arrondissement de Krasnopresnenski (centre de Moscou) ont pu voir une « enceinte » de panneaux d’affichages avec le portrait de la candidate Chastina exposés tout autour de l’étang du Patriarche.

Maxime Kats, l’urbaniste

Maxime Kats Crédit : PhotoXPress

Le jeune homme aux cheveux long se qualifie « d’unique candidat indépendant en lice », même si formellement, ce n’est pas tout à fait exact : d’autres candidats sont également des « self-made man » de la politique, mais comme c’est souvent le cas, ils sont tout de même soutenus par tel ou tel parti. En général, il s’agit du parti au pouvoir, Russie unie. Quant à Kats, il est véritablement connu comme le représentant d’une opposition non-systémique qui a participé aux mouvements de protestation en 2011 et 2012. L’année dernière, il a travaillé au siège de campagne d’Alexeï Navalny, candidat aux élections municipales. Pourtant, contrairement à ses nombreux collègues, Kats se distingue par sa vision modérée de la politique et son inclination au compromis avec les autorités de la ville. Kats est député municipal du district administratif de Chtchoukino, circonscription située au nord-ouest de Moscou. Urbaniste de profession, il s’active au sein de plusieurs projets de réaménagement de la ville et promet en cas d’élection de réformer les transports en commun. La campagne électorale qu’il mène dans le 5ème arrondissement est plutôt active : on le voit se balader dans Moscou en Segway, aller à la rencontre des habitants pour leur exposer ses projets et distribuer des tracts.

La campagne de Kats a une approche assez originale : le candidat n’a manifestement pas fait table rase de son expérience auprès de Navalny. Dans son arrondissement, il a dressé 16 points d’informations avec des stands et des expositions de projets qu’il a lui-même développés : la mise en place généralisée de pistes cyclables et de zones piétonnes, le réaménagement paysager et la modernisation du quartier. « Kats propose de gagner » : sur le stand, l’inscription accompagnée du visage souriant du candidat interpelle. Un peu plus tôt, c’est un slogan plus provocateur qui tente de toucher le public : « Si ce n’est pas vous, alors c’est Poutine ». Kats a cependant assuré lors d’une interview à la radio Echo de Moscou qu’il ne s’agissait pas d’un appel anti-Poutine : « C’est simplement contre ce système qui finance les politiciens d’un seul bord ».

Yaroslav Kouzminov, le chercheur

Yaroslav Kouzminov Crédit : Alexeï Nikolski

Yaroslav Kouzminov est chercheur, recteur de l’Ecole des hautes études en sciences économiques (HSE), une des grandes universités de Moscou. Lui aussi a décidé de se présenter aux élections à la Douma municipale de Moscou. Kouzminov s’est lancé dans cette aventure politique en tant que candidat indépendant, se disant que c’était justement le seul moyen de mettre en œuvre les initiatives concrètes promues par son établissement. Dans une interview accordée à RBTH, Kouzminov a souligné qu’il s’efforcerait d’améliorer l’éducation dans les écoles et de généraliser les « normes de qualité moscovites », à savoir les exigences en matière d’éducation qui doivent être respectées dans toutes les écoles de la ville.

L’attention portée par le candidat à la jeune génération se reflète dans sa campagne. Kouzminov a expliqué que plus de 40 volontaires, parmi lesquels une majorité d’étudiants, le suivent quotidiennement dans sa campagne. Ensemble, ils vont au contact de la population afin d’écouter les problèmes des gens et de tenter d’y apporter des réponses. L’équipe « Kouzminov Team » sur Facebook poste régulièrement des vidéos et photographies qui informent des nouvelles actions du candidat : ici le recteur de la HSE en visite dans un orphelinat, là il participe à un soubotnik (« samedi » consacré au bénévolat), ou encore se rend à une exposition dans le centre de Moscou. Une vidéo de la « Kouzminov Team » à l’origine d’un raid du FMS (le Service fédéral des migrations) contre des immigrés clandestins a cependant soulevé l’indignation des internautes : est-il normal d’utiliser l’expulsion de migrants (qui, soit dit en passant, n’ont nulle part où aller) à des fins publicitaires ? La « Kouzminov Team » motive son choix par le fait que « les habitants n’ont pas à trembler face à ce type de voisinage ou à s’inquiéter lorsque leurs enfants jouent dans la cour de l’immeuble ».

 

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