Notre devoir de mémoire passe par l'inventaire complet des sépultures

La tombe de prisonniers russes a été découverte à Beffe. Crédit photo : Gueorgi Kouznetsov

La tombe de prisonniers russes a été découverte à Beffe. Crédit photo : Gueorgi Kouznetsov

La Russie et la Belgique sont des amis et partenaires de longue date. L'année dernière, les deux pays ont célébré une date historique, le 160e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques. 160 ans est une bien longue période, qui a été marquée par des pages glorieuses de notre histoire commune. Cette année, on célèbre une autre date importante, le 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale, où la Belgique et la Russie étaient alliées.

Au cours de la Première Guerre mondiale, des milliers de prisonniers de guerre russes sont passés par le territoire du Royaume, dont bon nombre sont restés ici pour toujours. Il nous reste les souvenirs fourni par de simples Belges sur les conditions inhumaines dans lesquelles étaient gardés les prisonniers russes et sur les tentatives de la population locale à les aider. 

Et aujourd'hui, en Belgique, on entretient soigneusement les tombes de tous ceux qui ont péri dans ce terrible conflit. L'ambassade de Russie en Belgique, pour sa part, initie de nombreux projets qui permettent de préserver le patrimoine militaire et d'élargir la connaissance sur les soldats russes enterrés en Belgique.

L'ambassade s'active pour trouver des données sur les sépultures militaires russes de la Première Guerre mondiale sur le territoire belge, dont les plus grandes sont situées à Liège (157), Tournai (118), Mons (74) et Saint-Vith (60).

Un monument dédié aux soldats et officiers russes et soviétiques morts pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, l'œuvre du sculpteur russe Alexandre Bourganov, est érigé au Mémorial Interallié de Cointe (Liège). 

Des plaques commémoratives en l'honneur des soldats russes sont installées à Gouvy et à Moresnet. Les noms des soldats russes figurent sur les monuments aux morts de cette guerre dans les villes d'Amay et de Wanze (province de Liège).

Grâce à la recherche menée par l'ambassade, 24 sites d'inhumation ont pu être identifiés, et la coopération avec le ministère de la Défense belge, les organisations belges d'anciens combattants, les chercheurs amateurs russes et belges a permis d'établir la listecomprenant 525 noms des Russes enterrés en Belgique pendant cette période-là.

En 2013-2014, trois tombes de prisonniers russes, jusque-là inconnues, ont été découvertes à Mochamps et à Beffe.

L’ambassade de Russie surveille également l'état des tombes et veille aux réparations nécessaires. En 2013, a été achevé l'entretien des 12 tombes de la Première Guerre mondiale à Gand et les pierres tombales délabrées ont été remplacées sur cinq tombes à Chimay, ce qui a été l'occasion d'installer un signe commémoratif en l'honneur des soldats russes, ayant péri en Belgique.

En 2012, l'ambassade de Russie à Bruxelles a lancé sur son site web officiel un projet d’inventaire électronique complet concernant les sépultures militaires russes de la Première Guerre mondiale en Belgique. Le projet comprend des photographies des lieux de sépulture, leurs descriptions et les listes des noms des morts. 

L'un des meilleurs exemples de la véritable confrérie militaire des peuples belge et russe est la participation du corps blindé belge à des combats au sein de l'armée russe pendant la Première Guerre mondiale. Il existe un projet visant à réaliser un film documentaire sur cet épisode marquant mais peu connu de l'histoire militaire commune.

Les almanachs, les albums et les guides publiés en Belgique à la veille du 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale et consacrés aux sépultures militaires de l'époque de la guerre sur le territoire belge font invariablement état des prisonniers de guerre russes enterrés ici, des cérémonies commémoratives organisées par l'ambassade russe sur leurs tombes et font référence à la base de données électronique.

Des millions de vies humaines perdues dans ce conflit insensé interpellent toujours la mémoire des habitants de l'Europe et de la Russie. Et si les générations d’antan ont été incapables d'en tirer les leçons appropriées et se sont enlisées par la suite dans un nouveau conflit mondial abominable, il est à présent de notre devoir commun de ne pas permettre à l'avenir de nouvelles tragédies de ce genre. 

Il est important que la mémoire historique de cette tragédie, qui ne fait défaut ni aux Belges, ni aux Russes, nous fasse redoubler d'efforts afin de trouver des solutions aux problèmes sécuritaires contemporains.

Alexandre Romanov est l'ambassadeur de la Russie auprès du Royaume de Belgique.

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