Entre liberté et loyauté : être cosaque en 2014

Crédit : Anton Tchourotchkine

Crédit : Anton Tchourotchkine

RBTH présente un portrait de la communauté cosaque, dont l’image est déformée par de nombreuses rumeurs effrayantes et erronées.

Crédit : Anton Tchourotchkine

Ces derniers temps, les Cosaques sont devenus des personnages très médiatisés, mais cette « gloire » est surtout due à leur implication dans divers scandales : le nom de cette communauté rappelle à l'esprit l’épisode où des hommes en uniforme cosaque ont violemment molesté les membres du groupe punk Pussy Riot à Sotchi, ou bien l’enlèvement d’observateurs de l’OSCE, commis selon certains médias, par des Cosaques. Ils sont partout : dans l’armée russe qui comprend des détachements entiers de cosaques ainsi que dans les rues de Moscou, où ils posent devant les caméras en affirmant « garder l’ordre public ». Mais en effet, peu de gens comprennent vraiment qui sont les Cosaques : une ethnie distincte, une sorte de caste ou bien des agents de l’État.

Démocrates naturels fidèles à l’État  

Plusieurs millions de Cosaques vivent aujourd'hui en Russie; il est toutefois impossible de fournir un chiffre exact, les critères d’appartenance à cette communauté étant trop vagues. Comment peut-on donc distinguer un vrai Cosaque d'un faux ?

« Il suffit de demander d’où il vient », estime Nikolaï Diakonov, ataman (chef) des Cosaques du Don, résidant dans la ville de Rostov-sur-le-Don. « Un vrai Cosaque peut toujours dire de quelle famille il descend et à quelle stanitsa (village cosaque) appartenaient ses ancêtres ».

Dans les stanitsas comptant une considérable population cosaque, les hommes se réunissent lors d'un kroug (« cercle » en russe) pour assigner les responsabilités et élire leur ataman. La communauté crée des troupes de chant et de danse traditionnelle, promeut les sports équestres (également une tradition), convoque des réunions avec les jeunes et aide à maintenir l’ordre public, organisant des patrouilles dans les rues. En somme, la communauté cosaque ressemble à un modèle de société civile qui ne compte dans ses rangs que les représentants d’une culture particulière. Parmi les éléments cruciaux de cette dernière figurent une bonne connaissance de l’histoire de la Russie et du rôle des Cosaques dans les événements historiques, le respect des traditions cosaques, la foi orthodoxe et un dévouement à la liberté qui se marie paradoxalement avec la loyauté envers l’État.

En 1992, le président russe Boris Eltsine a signé un décret créant le registre des communautés cosaques de la Russie; les groupes de Cosaques ajoutés à cette liste obtiennent le droit d’octroyer leurs services à l’État. Cependant, certains Cosaques ne se sont pas enregistrés auprès du gouvernement : les uns ont formé des communautés indépendantes, tandis que les autres ont rejeté toute association, préférant uniquement vivre dans le respect des traditions.

Quant aux autorités, elles reconnaissent toute personne inscrite dans le registre comme un Cosaque.

Danseurs, chanteurs, sapeurs-pompiers

« Une armée (terme utilisé par les Cosaques utilisent pour qualifier leurs communautés, ndlr) comprend plusieurs sociétés cosaques originelles qui se forment indépendamment, via l’unification de Cosaques », explique Vassili Soloviev, ataman adjoint de la société cosaque Sud-Est. En civil, il ressemble non pas à un Cosaque, mais plutôt à un employé de bureau lambda. En effet, le siège de sa société, situé dans une banlieue de Moscou, fait penser à un bureau. Il y a juste un aspect particulier : de nombreuses photos de Cosaques en uniforme couvrent les murs.

Selon M.Soloviev, pour entrer dans le service public, les Cosaques font tout ce qu’ils font habituellement : ils organisent un kroug, définissent les règlements, choisissent un ataman, puis se rendent à l’administration locale pour s’enregistrer. A partir de ce moment, ils obtiennent le droit d’exercer leurs fonctions et donc de porter un uniforme et des insignes. En ce qui concerne les vêtements, il n’y a rien de rétro : l’uniforme des Cosaques ressemble plutôt à celui de la police, ne se distinguant que par la couleur et par quelques éléments stylisés. Les Cosaques organisent des patrouilles dans les rues des villes russes, agissent en tant qu’agents de sécurité durant certains événements et prêtent main forte aux policiers en cas de besoin.

Il est à noter que les Cosaques ne sont pas armés durant les patrouilles et n’ont pas le  droit d'interpeller des citoyens indépendamment : s’ils constatent une violation, ils ne peuvent qu’empêcher les criminels de prendre la fuite avant l'arrivée de la police. Telles sont les conditions des contrats conclus entre les communautés cosaques et les autorités, que ce soit la police, le ministère des Situations d’urgence ou bien une unité militaire. Bien évidemment, les Cosaques touchent un salaire pour leurs efforts, c’est également une des conditions de leur contrat.

Cependant, les Cosaques sont plus souvent engagés dans des affaires plus pacifiques. Ils aident les secouristes à éteindre des incendies, à démonter les décombres après des séismes et des inondations et à rechercher des personnes perdues en forêt. Quant au service militaire, il existe des unités dirigées par des atamans et formées entièrement de Cosaques : celles-ci s’occupent de l’éducation patriotique, organisent des réunions avec la jeunesse, comprenant des cours d’histoire et des activités sportives. Et il y a bien sûr la culture : les Cosaques organisent des festivités de grande envergure, des épreuves de sports équestres et des concerts.

Les sociétés cosaques sont réunies dans onze grandes « armées » dont chacune couvre une ou plusieurs régions de Russie. Il y a des communautés cosaques à l’étranger – en Amériques, en Europe, en Australie et même en Afrique.

Foi, liberté et fusil

L’ataman de la société cosaque Sud-Ouest Sergueï Chichkine – un homme gai et jovial avec un énorme ventre arrondi – nous montre, lui aussi, son bureau. On y voit partout des drapeaux, des armes et des livres; sur sa table nous trouvons L'Histoire générale de la Russie du célèbre historien du XVIIIe siècle Nikolaï Karamzine. Sur le rebord de la fenêtre nous trouvons un obrez.

« Attention! Il est chargé… ».

Un obrez est un fusil de chasse à canon scié. Celui-ci est d’un calibre suffisant pour pulvériser une personne d’un seul coup… s’il était chargé à balles réelles.

« Tout le monde croit que c’est un fusil réel », dit l’ataman sur un ton enjoué. « Mais je l’ai transformé en arme incapacitante : il est chargé avec des balles en caoutchouc. L’effet psychologique est toujours présent ».

En chiffres

Selon le ministère russe du Développement économique, il existait en 2013 en Russie onze grandes communautés (ou « armées ») cosaques, comprenant au total 506 000 personnes environ.

« Une balle de cette taille peut tuer une personne même si elle est en caoutchouc », fut ma réponse.

« Mais bien sûr ! », dit notre interlocuteur, toujours jovial. « J’en ai déjà tué une ! ».

C’est une blague, bien évidemment. M.Chichkine est homme d’affaires et député d’un conseil municipal – comme la plupart des Cosaques, il a une profession civile et tout à fait pacifique. Il n’a jamais tué, mais, d’après ses propres dires, il serait capable de le faire si c'était absolument nécessaire.

« Un Cosaque est une personne dévouée à la Russie, à l’État et à la foi orthodoxe », dit ataman. « Un Cosaque représente la force qui consolide notre société. Vous comprenez ? ».

« Un vrai Cosaque est celui qui respecte les traditions », lui fait écho Nikolaï, un homme d'apparence tout à fait moderne et assez robuste, visiblement capable aussi bien de gagner de l’argent que de mettre au tapis un agresseur. « La philosophie des Cosaques se base sur trois choses : la foi, la liberté et la fraternité ».

 

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