L’arrestation de Pussy Riot n’a pas eu beaucoup d’effet sur les médias russes

Maria Alekhina (2e à droit) et Nadejda Tolokonnikova (à droite) à Sotchi. Crédit : Reuters

Maria Alekhina (2e à droit) et Nadejda Tolokonnikova (à droite) à Sotchi. Crédit : Reuters

Le 18 février, les membres du groupe Pussy Riot, célèbre pour ses scandales, ont été arrêtées puis relâchées, ainsi qu’une quinzaine d’autres personnes. Interfax indique que la police a arrêté Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina pour les interroger sur des vols survenus dans l’hôtel où elles résidaient. Cet événement a attiré l’attention des journalistes qui couvraient les Jeux olympiques, suscitant des réactions contrastés dans la société.

La radio Ekho Moskvy et le journal d’affaires Vedomosti ont cité le journaliste de Novaya Gazeta Evgueny Feldman, selon lequel les membres des forces de l’ordre ont arrêté sept personnes, y compris lui-même, et leur ont promis une relaxe après un interrogatoire au poste. Tolokonnikova et Alekhina étaient soupçonnées de vol – Feldman estime que les forces de l’ordre ont ainsi tenté de les empêcher de se produire à Sotchi.

Des experts ont déclaré au journal d’affaires conservateur Vzgliad que les jeunes filles en ont profité pour mener une nouvelle opération marketing. Gueorgui Fedorov, directeur exécutif de l’association de défense du droit de vote Grajdanski Kontrol, par ailleurs directeur du centre de recherches socio-politiques Aspekt, estime que « de très nombreux médias se trouvent à Sotchi. Clairement, Pussy Riot a mené une nouvelle action politique. Cette mise en scène doit servir à lancer une nouvelle série sous le titre Persécution des Pussy Riot ». Dans le même temps, Fedorov est certain que les commanditaires des nouvelles actions scandaleuses des Pussy Riot sont américains, puisqu’elles sont justement arrivées à Sotchi en provenance des Etats-Unis. « Elles y ont rencontré la chanteuse Madonna, les élites, des cercles financiers, des journalistes, pour leur rappeler à quel point elles sont sympathiques. Et là commence la deuxième étape de la campagne de communication, comme quoi elles seraient persécutées. Leur principal but est de se retrouver dans un fourgon de police, afin que les médias publient des photos où l’on voit qu’elles sont « verrouillées » ».

Vzgliad note les mots du directeur général du Centre d’information politique Alexeï Moukhine, publiés sur Twitter : « @tolokno et Alekhina n’ont pas chanté auprès de Madonna, mais elles voulaient se produire à Sotchi. Question : Mesdemoiselles, qui vous a accordé un don de 320 000 euros ? ».

L’agence d’information privée Lenta.ru a publié un reportage complet sur l’arrestation et la libération des membres de Pussy Riot. Mardi dans la journée, Maria Alekhina, Nadejda Tolokonnikova, les autres membres du groupe punk et des opposants locaux de Sotchi ont été arrêtés par la police. Cela alors qu’elles n’avaient commis aucune infraction, selon leurs déclarations. Les membres de Pussy Riot, le mari de Tolokonnikova Piotr Verzilov, quelques journalistes et les activistes locaux se promenaient sur les quais (10-12 personnes). Une quinzaine de policiers et tout autant d’agents en civil ont arrêté tout le monde. Les membres de Pussy Riot sont sorties du poste les dernières, et l’ont fait en beauté – elles sont arrivées ensemble toutes les cinq, dans des courtes robes estivales, les visages couverts de cagoules. C’est ainsi, dans une des rues d’Adler, que la nouvelle chanson de Pussy Riot Poutine t’apprendra à aimer ta patrie, a été jouée pour la première fois.

Lenta.ru précise que lorsque les personnes arrêtées ont été emmenées au poste d’Adler, des dizaines de journalistes couvrant les Jeux olympiques se sont précipités à leur suite. « Il y avait moins de monde que lors de la conférence de presse de l’équipe russe de hockey par exemple, mais beaucoup plus que lors de la conférence de presse de l’équipe masculine de ski ». Le reportage se termine par la citation d’une passante : « Vous ne trouvez pas que leur popularité est artificielle ? Pourquoi tout le monde en parle ? Cela m’échappe ».

Rappelons que Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina ont été en prison à partir du début de 2012. Les membres de Pussy Riot ont été condamnées pour un concert rock qu’elles avaient donné dans l’église du Christ Sauveur à Moscou. Après leur libération en raison d’une amnistie en décembre 2013, les jeunes filles ont annoncé qu’elles se battraient pour les droits des prisonniers.

 

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