Avec la force « aveugle » de la volonté

Pavel Obiyoukh, 34 ans, mène une vie très active malgré sa cécité. Source : archives personnelles

Pavel Obiyoukh, 34 ans, mène une vie très active malgré sa cécité. Source : archives personnelles

Il leur est plus difficile qu’à l’époque soviétique de trouver leur place dans le monde du tra-vail, faute d’un vrai programme gouvernemental de soutien.
À l’époque soviétique, le village de Roussinovo, à 200 km de Moscou, était une sorte de « paradis pour aveugles ». Ces derniers y étaient regroupés, avaient tous un logement et du travail. Aujourd’hui, n’y restentque ceux qui n’ont nulle part où aller, principalement des personnes âgées.

Comme Sergueï Moulloev, 55 ans, un homme aux cheveux blancs et aux lunettes à double foyer, que son extrême myopie n’empêche pas de prendre le train tous les jours pour se rendre dans la capitale. « Je dois nourrir mes quatre enfants », explique Sergueï. Ouvrier à la chaîne dans une usine qui fabrique de la pâte à modeler et des stylos, il gagne 340 euros. C’est peu, mais trois fois plus qu’à Roussinovo.

Selon les estimations de l’Association panrusse des aveugles, le pays compte environ un million de cas semblables à celui de Sergueï. La plupart de ces malvoyants peuvent travailler. Or, en l’absence d’un effort de l’État, qui ne prévoit aucun programme d’aide pour les handicapés ou les gens atteints de déficiences physiques, cette catégorie de la population se retrouve complètement marginalisée.

Cette situation remonte à l’époque soviétique, qui avait sa « solution » au problème : parquer les malvoyants pour qu’ils vivent entre eux. Des villages spéciaux étaient bâtis pour les loger, les faire travailler. On construisait des écoles, des centres de réhabilitation. Mais avec la chute du régime, tout le système s’effondra.

À la différence de Sergueï, Pavel Obiyoukh, 34 ans, est totalement aveugle. Tous les matins, comme des milliers de Moscovites, il se rend au bureau. Lui aussi a commencé à travailler dans une usine de l’Association des aveugles, mais il a vite bifurqué parce qu’il voulait fréquenter les mêmes lieux que les voyants.

Il a su tourner son défaut à son avantage et en faire un atout. Enseignant, juriste, manager de formation, il travaille maintenant pour la multinationale « Dialogue in the Dark », qui existe depuis 25 ans et assure des formations en gestion dans une trentaine de pays. Depuis deux ans,l’organisation s’est installée sur le marché russe et c’est Pavel qui dirige l’équipe de formateurs malvoyants en Russie, dont l’objectif est de développer les facultés de compréhension et de collaboration chez des personnes voyantes, notamment en collaboration avec de grosses sociétés.

Les cours sont donnés dans l’obscurité totale. Dans ces conditions, la concentration porte sur les intonations de l’interlocuteur, pour mieux comprendre sa pensée. « Si une personne a tendance à vouloir trop prendre la parole aux dépens des autres, ça se voit au bout de dix minutes. Parallèlement, les qualités cachées de leader ressortent très vite », raconte Sergueï.

Pavel a perdu la vue progressivement, depuis son enfance, à la suite d’un glaucome. Aujourd’hui, sa vie est bien remplie. Pavel a déjà à son actif trois sauts en parachute en tandem avec instructeur. Il fait du ski alpin et lit beaucoup. Le Braille est dépassé, la nouvelle génération écoutedes livres audio. IPhone et Facebook ont une application de synthèse vocale.

Ce qui l’a aidé à s’adapter, c’est de comprendre que les gens n’accordent pas énormément d’importance à l’apparence ou à la cécité. Son plongeon dans le monde normal, il le compare à un saut en parachute. « Le plus difficile est de faire le premier pas. Après, c’est l’euphorie ».

 

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