Comment les écoliers russes trichent-ils ?

Plusieurs établissements scolaires ont installé des brouilleurs d'ondes de téléphone mobile. Crédit : Itar-Tass

Plusieurs établissements scolaires ont installé des brouilleurs d'ondes de téléphone mobile. Crédit : Itar-Tass

Les fonctionnaires russes se sont mis d'accord avec le réseau social le plus populaire en Russie, VKontakte, pour repérer ensemble les éventuels tricheurs aux examens du bac. Il se trouve que, lors de l'examen de 2013, ils ont réussi à fermer environ 2 000 groupes dans lesquels des élèves s'échangeaient les sujets. La Russie d'Aujourd'hui s'est intéressé aux nouvelles façons de tricher utilisées par les écoliers russes.

Le 7 octobre, le site de Rosobrnadzor (le service fédéral de contrôle dans les domaines éducatif et scientifique), l'administration responsable de l'Examen unique fédéral de fin d'études secondaires (l'EGUE), a publié un message sur la coopération avec le réseau social VKontakte. Les représentants de VKontakte ont promis qu'en 2014, ils empêcheront la diffusion des questionnaires et leurs réponses de l'EGUE sur le réseau social. Pour cela, sera créé un groupe de travail collaboratif constitué de représentants de Rosobrnadzor et de collaborateurs du réseau social.

Ceci étant, lors de l'EGUE en 2013, environ 2 000 groupes publiant des questions et des solutions de l'examen sur les réseaux sociaux ont été bloqués. La grande majorité de ces communautés bloquées se trouvait sur VKontakte, le réseau social le plus populaire parmi les jeunes en Russie. Le schéma de coopération de Rosobrnadzor et du site était simple : l'administration envoyait un lien vers une communauté et le réseau social le bloquait uniquement le temps de l'examen.

Mais la fuite des réponses aux questions de l'EGUE a eu lieu quelques jours avant le premier examen de russe. Et pour une communauté bloquée on comptait 10 communautés nouvellement créées. Le système, selon lequel le réseau social supprime le contenu illégal suite à une demande de la partie ayant connu le préjudice, a déjà fait preuve de son inefficacité dans la lutte contre les vidéos piratées.

Pourtant, il est tout à fait possible de résoudre ce problème : les technologies modernes permettent de filtrer les contenus pendant leur chargement par l'utilisateur. Par exemple, depuis quelques années déjà, YouTube utilise avec succès la technologie Content ID, qui empêche les utilisateurs de charger des vidéos piratées, même si les titres ont été changés ou si elles ont été coupées en morceaux. Une solution semblable pourrait être appliquée également pour filtrer les fuites de l'EGUE. Par exemple, il est possible d'interdire de montrer certains résultats de recherche ou de créer des communautés avec une certaine association de tags. Pourtant, les représentants de Rosobrnadzor et VKontakte n'ont pas communiqué s'il était prévu de mettre en oeuvre ce type d'innovations.  

Parmi la multitude de propositions de Rosobrnadzor, il y en a d'intéressantes du point de vue technologique. Ainsi, l'administration a l'intention de réunir 10 systèmes différents de transmission d'information au sein du système de l'examen fédéral dans un réseau unique fermé. Il est présumé qu'un programme spécial va contrôler qui et quand a reçu et modifié des documents et à qui il les a ensuite transférés. Cette mesure a pour vocation de lutter contre les fuites en provenance de l'administration elle-même ainsi que du Ministère de l'éducation et de la science, qui la supervise.

Les élèves eux-mêmes racontent qu'il était possible d'acheter les résultats du test. Par exemple, les élèves d'une des écoles moscovites ont cotisé pour se payer les résultats de l'EGUE : le prix des examens de russe et de mathématiques était de 70 000 de roubles, ce montant a donc été divisé, de sorte que chaque élève devait payer 2 000 de roubles. Un des élèves a récupéré les réponses à toutes les versions de questions de l'EGUE, soit directement auprès de son professeur, soit par l'intermédiaire de ce dernier auprès des fonctionnaires qu'il connaissait.  

Il s'est avéré que les versions de l'examen de russe correspondaient complètement à l'original, quant au test de mathématiques, une de ses parties était composée de questions de plusieurs versions. Ensuite, tout était une question de technique : les élèves les plus assidus apprenaient les solutions des exercices compliqués par coeur, les plus paresseux préparaient des anti-sèches avec des réponses.

Ces derniers ont été particulièrement astucieux : les professeurs qui surveillaient le déroulement de l'examen dans une des écoles de la région de Moscou racontent qu'ils n'ont pas réussi à prendre les élèves en flagrant délit, mais qu'ils avaient « la sensation distincte que les élèves trichaient ». « Ils ont dû utiliser des technologies de pointe », supposent les professeurs.  

Effectivement, une simple recherche sur Yandex propose une multitude de moyens high-tech pour tricher : des stylos à l'encre invisible, de minuscules kits bluetooth, des iPods avec  une sauvegarde possible d'images qui peuvent être ensuite affichées sur un bracelet-montre, et pour finir, des systèmes vibrants qui transforment une table ordinaire en enceinte, où il suffit simplement d'apposer l'oreille pour écouter les réponses. Sur VKontakte a lieu actuellement une grande campagne de publicité pour Escowatch, « une montre unique avec laquelle passer un examen n'est plus un problème ». Les réponses peuvent être téléchargées dans la mémoire de la montre à l'aide d'une simple clé USB.  

Cependant, tout est beaucoup plus banal : un classique aide-mémoire en papier et un simple smartphone restent les meilleurs amis des élèves d'aujourd'hui. En ce qui concerne l'utilisation de ce dernier, plusieurs établissements scolaires ont installé des brouilleurs d'ondes de téléphone mobile. Pourtant, leur action n'atteint pas les toilettes. Une cabine de WC d'école reste donc l'endroit le plus propice pour consulter les anti-sèches amenées avec soi, et pour passer un coup de fil salutaire à un ami.

 

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