Profession : infirmière

En tant que spécialiste expérimentée avec 30 ans de service en hôpital, Elvira reçoit tout juste 300 euros par mois. Crédit : Said Tsarnaev/RIA Novosti

En tant que spécialiste expérimentée avec 30 ans de service en hôpital, Elvira reçoit tout juste 300 euros par mois. Crédit : Said Tsarnaev/RIA Novosti

La Tchétchénie, terre en reconstruction, manque d’infirmières. Pour être exact, ce ne sont pas des femmes dotées d’une formation médicale qui font défaut, mais plutôt des infirmières expérimentées. Pour être opérationnel auprès d’un chirurgien, examens et qualifications en médecine ne suffisent pas, c’est aussi une question de pratique et d’expérience.

Toute sa vie durant, Elvira Mikhaïlovna a exercé la profession d’infirmière, malgré un salaire peu élevé et une importante charge de travail. La Tchétchénie a fait appel à ses services depuis la République voisine de Kabardino-Balkarie afin d’enseigner aux toutes jeunes diplômées de médecine ce métier au quotidien. Transmettre un savoir-faire et toute la bienveillance indispensable à cette profession: une mission que tout le monde n’est pas apte à assumer.

Elvira Mikhaïlovna n’a pas choisi ce métier par hasard. L’une de ses soeurs, amputée d’un poumon, a passé une partie de sa vie à l’hôpital, en compagnie des médecins. Enfant, elle a toujours voulu l’aider. Un désir altruiste qui a longtemps rivalisé avec l’envie secrète de créer sa propre ligne de parfum. « Je voulais être parfumeur, travailler avec les arômes. Mais ma soeur m’a dit que ce n’était pas un métier utile et qu’il valait mieux choisir médecine », raconte-t-elle. Le conseil de sa soeur malade l’a finalement conduite à faire médecine. « Je suis entrée à l’école de médecine en 1978 et deux ans plus tard, j’en sortais le diplôme en poche, mention très bien », se souvient Elvira. Elle aurait voulu continuer plus loin, mais sa famille l’en a empêché. « Je me suis mariée et j’ai quitté ma ville natale de Naltchik pour suivre mon époux à Moscou. Il étudiait à l’institut et nos parents ne pouvaient pas subvenir aux besoins de deux étudiants, alors j’ai dû travailler. Par la suite, mon mari et moi avons obtenu un second diplôme en droit, mais je n’ai jamais pu quitter le monde médical. Mon diplôme de droit continue de dormir, sur une étagère de la maison », confie-t-elle.

Il y a environ un an et demi, Elvira Mikhaïlovna a reçu une proposition pour enseigner son savoir-faire aux jeunes infirmières diplômées de Tchétchénie. Mais cela s’est avéré plus difficile que prévu. « En un an et demi, depuis que je travaille ici, je n’ai eu qu’une stagiaire. Aujourd’hui, elle est une infirmière opérationnelle. Mais c’est toujours moi qui remplace l’infirmière en chef, car je n’ai pas encore de stagiaire à former pour ce poste. J’espère trouver bientôt une candidate qui souhaite apprendre ce métier auquel cas, je serais déçue ne pas être allée au bout de ma mission », explique l’infirmière convaincue.

Elle avoue que le métier d’infirmière en chef est difficile et épuisant. Il y a de nombreuses responsabilités et les jeunes préfèrent toujours la facilité. « Personne ne veut suivre ces stages, parce que compléter son apprentissage coûte de l’argent et, avec un petit salaire, ce n’est pas toujours viable. Cela veut dire travailler 2 ou 3 mois pour économiser cette somme. En Tchétchénie, une infirmière débutante gagne environ 115 euros par mois. Après trois ans d’expérience, elle reçoit une petite augmentation », raconte Elvira. En tant que spécialiste expérimentée avec 30 ans de service en hôpital, Elvira reçoit tout juste 300 euros par mois. C’est pourquoi, nombreux sont ceux qui, à l’hôpital, cumulent deux fonctions et plus, parfois dans en jonglant entre différents centres médicaux.

Pourtant, aucune privation de salaire ou faible rémunération n’a pu résoudre Elvira à changer de carrière pour trouver une situation plus confortable.

« J’ai toujours pensé que ce métier était celui que je devais faire. Tous les jours, je sais que des gens ont besoin de moi. Le métier d’infirmière est l’un des plus difficile, mais d’un autre côté, cela a toujours été une telle évidence pour moi, que les nombreuses heures en bloc opératoire sont toujours passées inaperçues. A aucun moment, pendant une opération, je n’ai douté de ma place auprès du chirurgien. Si je sais que je peux aider les gens, alors c’est là où je dois être. Si nous ne soignons pas les gens, qui le fera? Aujourd’hui, je pense que j’ai réussi. Mais j’aimerais encore transmettre mon savoir-faire, et c’est ce qui m’a emmené à Grozny », déclare-t-elle.

Elvira vit toute la semaine dans la capitale tchétchène et, pour le week-end, elle rentre chez sa famille à Naltchik, capitale de la République voisine. « La semaine, pour le travail, je loge chez des collègues.  C’est très généreux de leur part de m’héberger chez eux, d’autant qu’ils le font gratuitement. L’hôpital où je travaille ne se préoccupe même pas de savoir où vont loger ses employés », regrette-t-elle. D’ici un an et demi, son contrat arrivera à échéance. Elle pourra alors rentrer chez elle où elle s’apprête, en plus de ses activités à l’hôpital, à lancer son propre cabinet de massage. Elle suit actuellement des cours vidéo sur Youtube et s’entraîne pour l’instant sur son mari.

Elvira en est convaincue, devenir infirmière doit être une vocation, il ne peut en être autrement. « C’est une véritable chance de trouver sa voie. Ce n’est pas donné à tout le monde », assure-t-elle.

 

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