L’image de la Russie à l’étranger se détériore

Aux États-Unis, la Russie était  jugée positivement par 43% des personnes interrogées et négativement par 37% d’entre elles. Crédit : Reuters

Aux États-Unis, la Russie était jugée positivement par 43% des personnes interrogées et négativement par 37% d’entre elles. Crédit : Reuters

Un sondage réalisé par le Pew Research Center a montré que les avis les plus négatifs sur la Russie émanaient d’Israël, de la Turquie et de l’Égypte, pays très populaires chez les touristes russes. D’après les experts, un tel bilan s’explique par le fait que les personnes interrogées évaluaient non pas le pays et ses habitants, mais la position du gouvernement russe sur la crise syrienne.

Juste avant le sommet du G20 de Saint-Pétersbourg, le think tank américain Pew Research Center a organisé un sondage pour évaluer la réputation de la Russie dans le monde. L’enquête a révélé que l’image du pays à l’étranger était plutôt négative, les plus forts taux de désapprobation étant enregistrés en Israël (77%), en Jordanie (70%), en Turquie (66%), en France, au Japon et en Égypte (64% tous les trois).

En moyenne, 39% des personnes interrogées ont exprimé une opinion négative sur la Russie et 36% jugent ce pays de façon positive. Parmi les pays qui aiment la Russie s’inscrivent la Grèce (63%), la Corée du Sud (53%) et la plupart des pays africains sauf l’Afrique du Sud. En outre, les Canadiens, les Australiens, les Malaisiens et  les Indonésiens ont également une attitude plutôt positive vis-à-vis de la Russie. Quant au Venezuela, un allié proche de la Russie habituellement, le pourcentage de bonne opinion y est égal au pourcentage de désapprobations; même cas pour le Chili.

Aux États-Unis, la Russie était  jugée positivement par 43% des personnes interrogées et négativement par 37% d’entre elles. Les pays européens, notamment l’Allemagne, l’Italie et la Pologne, ont également une opinion plutôt négative sur la Russie.

Les résultats de tout sondage dépendent  du libellé de la question, a indiqué à La Russie d’Aujourd’hui Konstantin Kossatchev, chef de Rossotroudnitchestvo (Agence fédérale russe pour la coopération humanitaire internationale). « Formellement, le sondage a pour objectif de déterminer l’attitude à l’agard de la Russie, mais du coup l’on voit que les opinions les plus négatives sont enregistrées en Israël, en Turquie et en Égypte, c’est-à-dire, dans les pays qui accueillent chaleureusement des millions de touristes russes et dont les citoyens veulent préserver de bonnes relations (avec la Russie, ndlr) », explique le fonctionnaire. « Cependant, si nous nous rappelons que c’est la Syrie qui est actuellement à la Une de l’actualité dans le monde entier et dans ces pays en particulier, tout tombe en place. Le bilan du sondage a été influencé par la position de la Russie sur la question syrienne. Les résultats au Liban le montrent clairement : au total, 53% de citoyens jugent la Russie négativement, mais si parmi les sunnites libanais le pourcentage de mauvaise opinion s’est élevé à 86%, parmi les chiites il ne s’agissait que de 9% des avis négatifs ».

D’après M.Kossatchev, l’enquête du Pew Research Center reflète non pas l’image du pays, mais l’attitude à une question particulière. « Ou bien, plus précisément, il s’agit de l’attitude du public à l’interprétation de la position russe dans les médias locaux », note-t-il. En outre, il existe en Occident une « présomption de culpabilité de la Russie » et une « commande publique d'informations négatives » sur le pays, estime le responsable.

Donc, le sondage du Pew Research montre plutôt l’opinion des médias des pays participants sur la Russie explique M.Kossatchev. « Apparemment, les journalistes grecs et sud-coréens ne jugent pas la Russie négativement dans leurs articles, et les gens peuvent former leur propre avis sur le pas », dit-il. « Si l’on avait demandé aux gens quelle est leur opinion sur Tchaïkovski ou le lac Baïkal, par exemple, le bilan aurait été probablement différent. Mais au lieu de parler de Tachaïkovski ou du Baïkal, les médias préfèrent plutôt mentionner que la Russie empêche les « bons pays » d’attaquer  un « mauvais pays ». Et les sondages de ce genre qui apparaissent toujours au moment où il est  important de convaincre le public que la Russie est le paria et que sa position n’est pas populaire, représentent un outil efficace pour façonner l’opinion publique ».

Il y a toutefois des aspects positifs, note le responsable. « Les statistiques montrent que le groupe des 18-29 ans avait dans l'ensemble une meilleure attitude envers la Russie par rapport aux générations plus âgées : aux États-Unis, au Japon et en Allemagne, la Russie est jugée positivement par 50% des jeunes, ce qui est de 20 ou 25% plus par rapport aux personnes âgées. Quelle qu’en soit la raison (une attitude sceptique envers la presse locale, l’absence des complexes de la guerre froide ou bien l’expérience personnelle de communication avec les jeunes russes), on peut constater que les jeunes des autres pays sont prêts à comprendre et à accepter notre pays, ce qui signifie que la Russie aura un bon avenir, après que les vétérans de la guerre froide quitteront la scène mondiale », explique-t-il.

Sergueï Karanov, directeur adjoint de l’Institut de l’Europe de l’Académie des sciences russe, estime également que les personnes interrogées évaluaient plutôt la position russe sur la Syrie. « En Turquie, l’attitude vis-à-vis de la Syrie est négative, même cas pour Israël, et en Jordanie, il y a déjà un nombre énorme de réfugiés syriens, ce qui ne plait pas aux citoyens du pays. Donc, les informations selon lesquelles nous soutenons le président syrien, ne peuvent pas être ignorées par le public », dit l’expert. Selon M.Kaganov, il est important actuellement de se demander pourquoi l’image de la Russie est si mauvaise. « La Corée du Sud estime, probablement, que nous pouvons l’aider en matière de son conflit avec le Nord, la Grèce est un de nos alliés anciens. Il serait en outre intéressant de voir des sondages pareils consacrés à l’attitude à l’égard d’autres pays », note l’analyste.

 

 

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