Le crowdfunding gagne en popularité en Russie

L'écrivain et dramaturge russe Evgueni Grichkovets (sur la photo) a réussi à recueillir très rapidement près de 22.800 euros pour la version vidéo de sa pièce de théâtre « +1 ». Crédit : Itar-Tass

L'écrivain et dramaturge russe Evgueni Grichkovets (sur la photo) a réussi à recueillir très rapidement près de 22.800 euros pour la version vidéo de sa pièce de théâtre « +1 ». Crédit : Itar-Tass

Le récent conflit entre le ministère russe de la Culture et le célèbre animateur Garri Bardine montre que les Russes sont prêts à investir dans des projets culturels de leur poche. Des albums de musique, des pièces de théâtre, des films documentaires et même des produits bio : voici quelques exemples de projets qui attirent le financement grâce au crowdfunding.

Accusé par les fonctionnaires du ministère de la Culture de retarder la sortie d'un film d'animation commandé par l'État, Garri Bardine, un des maîtres de l'animation d'aujourd'hui, s'est vu condamner à une amende de quelque 5.000 euros. Pour mettre au point son projet baptisé « Trois mélodies », l'artiste a dû s'adresser à son audience directement via Internet et recourir ainsi au crowdfunding, ou la finance participative, nouvelle méthode de financement, très populaire ces derniers temps dans le monde entier.

Dans une vidéo publiée sur le site Planeta.ru, une des plate formes russes du financement participatif, M.Bardine explique que les « millionnaires » ont refusé de financer son projet et qu'il était donc obligé de demander de l'aide aux « gens ordinaires ». Les gens ordinaires ont répondu à cet appel : l'animateur a réussi à recueillir non seulement les fonds nécessaires pour finaliser le projet, mais également la somme nécessaire pour payer l'amende.

Les premières plate formes de crowdfunding ont vu le jour en Russie il y a près d'un an et demi, et sont rapidement devenues très populaires, particulièrement parmi ceux qui avaient des idées mais manquaient d'argent pour les réaliser. Pour demander de l'argent pour son projet, il suffit de publier une annonce sur le site. Les deux plate formes russes les plus populaires – BoomStarter.ru et Planeta.ru – sont parvenues de recueillir chacune plus de 570.000 euros en un an.

« Le crowdfunding a fait ses débuts en Russie en tant que la collecte des fonds pour des nouveaux albums de groupes ou chanteurs populaires », explique Katerina Tchetchoulina, directrice chargée des relations publiques de Planeta.ru. « C'est parce que la confiance du public envers les musiciens est très haute ».

Parmi les musiciens russes, le groupe BI-2 a été le premier à se lancer dans la production communautaire, ce qui leur a permis de recueillir quelque 28.600 euros nécessaires pour l'enregistrement de leur album « Spirit ». Des metteurs en scène de spectacles et de festivals, ainsi que des réalisateurs, des acteurs et des peintres russes ont ensuite adopté ce moyen de financement de leurs projets. Il y a encore un an, le taux des projets musicaux sur Planeta.ru s'élevait à 90%, tandis qu'aujourd'hui il se situe entre 30 et 40%.

« Les albums produits par des musiciens célèbres et les films engageant des vedettes attirent des fonds plus activement. Certes, la popularité joue un rôle important. Les fans soutiennent les célébrités », indique Elena Stoudneva, productrice de projets Web. L'on pourrait croire qu'il est difficile de recueillir de l'argent pour ceux qui ne passent pas souvent sur le Perviy Kanal (principale chaîne de télévision nationale de Russie). Toutefois, si dans un message vidéo l'on explique comment la mise en place de ce projet changera le monde, c'est-à-dire à qui il profitera et quel problème il permettra  de résoudre, il est possible de recueillir les fonds pour bâtir un nouvel hôpital, réparer une autoroute, une auto, une palissade ou bien l'entrée d'un immeuble ».

Ainsi, le public a fait confiance à la réalisatrice de documentaires Elena Poberejskaya. Dans son message audiovisuel, elle a rappelé qu'après la diffusion de son documentaire précédent les écoles-internats ne transfèrent plus vers des hôpitaux psychiatriques les élèves coupables de différentes infractions. Pour le tournage de sa nouvelle oeuvre elle a demandé près de 90.100 euros, et a réussi à ramasser cette somme en trois semaines.

L'écrivain et dramaturge russe Evgueni Grichkovets a réussi à recueillir très rapidement près de 22.800 euros pour la version vidéo de sa pièce de théâtre +1. Actuellement, l'on retrouve sur les sites russes de financement participatif des projets très variés – d'un court-métrage de diplôme à une pièce de théâtre avec des acteurs très célèbres. Cependant, les activités commerciales sont rares. Quand même, le magasin de produits écologiques LavkaLavka a récemment organisé la collecte de fonds pour le lancement d'une nouvelle boutique. La somme requise (près de 11.360 euros) a été recueillie en trois jours. Les participants les plus généreux recevaient des cartes de réduction de LavkaLavka. Habituellement, les auteurs des projets proposent en tant qu'appâts des billets de concerts, des classes de maître, des livres ou des CD dédicacés. Selon les statistiques, le don moyen sur Planeta.ru se chiffre entre 27 et 29 euros, ce qui est plus par rapport aux plate-formes américaines.

« Pour obtenir de l'argent, il faut travailler : l'on doit mettre quotidiennement à jour des nouvelles sur sa page, envoyer des messages aux amis, publier les avis des participants et rechercher constamment des occasions pour rappeler son existence au public. C'est un travail qui doit être effectué tous les jours et il faut allouer une personne à cette tâche », dit Saba Lagadzé, un des organisateurs du festival de courtes pièces de théâtre Almanach théâtral. Quant à lui-même, il a tout fait d'une manière non conventionnelle : son message audiovisuel ressemblait plutôt à un court-métrage, les visages des acteurs étant pixelisés et les voix masquées. Cette ambiance mystérieuse a marché: le festival a attiré le financement nécessaire.

Toutefois, il est assez difficile pour les nouveaux arrivants d'attirer l'attention envers leurs projets sans conseils de l'administration des sites. Si un projet ne réussi pas à collecter au moins 50% de la somme nécessaire, tous les dons sont rendus aux participants, et les sites ne reçoivent pas le courtage - 10% des fonds.

Le crowfunding existe depuis près de cinq ans en Europe et en Amérique. Les utilisateurs se sont habitués à ce système et essaient de l'utiliser d'une manière plus pragmatique, tentant d'acquérir des nouveaux gadgets à des prix bas. Quant aux Russes, ils aiment tout simplement le fait de faire partie d'un projet populaire, d'autant plus que, pour un certain montant d'argent, les auteurs peuvent placer leurs noms au générique.

 

 

Réagissez à cet article en soumettant votre commentaire ci-dessous ou sur notre page Facebook


Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

Plus d'histoires et de vidéos passionnantes sur la page Facebook de Russia Beyond.

Ce site utilise des cookies. Cliquez ici pour en savoir plus.

Accepter les cookies