Poutine évoque le terrorisme et l'opposition et débat avec Koudrine

Lors de intervention télévisée de cinq heures, le président Vladimir Poutine a reçu plus de 3 millions de questions. Crédit : AFP/East News

Lors de intervention télévisée de cinq heures, le président Vladimir Poutine a reçu plus de 3 millions de questions. Crédit : AFP/East News

Durant son « marathon » de questions-réponses de cinq heures, le président Vladimir Poutine a souligné son attachement à la coopération anti-terroriste avec les États-Unis, tout en dénonçant l'ingérence étrangère dans la politique intérieure russe. Il a également tenu un discours de fermeté au sujet de ses détracteurs à l'intérieur de la Russie.

À la fin de sa séance télévisée annuelle de questions-réponses avec les Russes, diffusée en direct pendant cinq heures par les deux plus grandes chaînes de télévision du pays et trois stations de radio de premier plan, le président Vladimir Poutine a reçu plus de 3 millions de questions.

L'agenda international s'est concentré sur les relations entre la Russie et l'Occident, notamment avec les Etats-Unis. Poutine a remercié les États-Unis d'avoir aidé la Russie pour son accession à l'OMC et l'abrogation de l'amendement Jackson-Vanik, qui a rétabli des relations commerciales permanentes et normales entre les deux pays après une pause de 40 ans.

Dans le même temps, M. Poutine a condamné les Etats-Unis pour l'adoption l'an dernier de la loi Magnitski, qui impose des restrictions de visas et financières contre une série fonctionnaires russes, la qualifiant de « nouvelle loi antirusse ».

« C'est un style impérialiste de comportement en politique étrangère », a déclaré Poutine. « Nous avions prévenu que nous riposterions ».

M. Poutine a également critiqué les gouvernements et les médias occidentaux qui qualifient d'insurgés des « terroristes qui ont commis des crimes sanglants, atroces, abominables dans notre pays ».

Néanmoins, il a souligné que la récente attaque terroriste à Boston devait « nous inciter à redoubler d'efforts pour prévenir les menaces mutuelles ».

Poutine a contesté une déclaration de John McCain et de trois autres sénateurs républicains américains selon lesquels le terroriste du marathon de Boston Djokhar Tsarnaev « est clairement un bon candidat pour le statut de combattant ennemi ».

« Sont-ils fous ? », a déclaré M. Poutine. « Ont-ils relancé la guerre civile là-bas ? »

Poutine a souligné que la Russie, elle-même victime du terrorisme international, avait toujours appelé au renforcement de la coopération en matière de sécurité avec les États-Unis.

Le président a abordé la question des droits des minorités sexuelles, qui a été soulevée lors de ses récents pourparlers de haut niveau en Allemagne et aux Pays-Bas.

« Ils ont leurs critères », a-t-il indiqué. « Si un tribunal des Pays-Bas autorisait les activités d'une organisation qui promeut la pédophilie, devions-nous adopter les mêmes critères ? »

Douze minutes de l'émission ont été occupées par un débat avec l'ancien ministre des Finances, Alexeï Koudrine, un allié de longue date de Poutine qui a été limogé par l'ex-président Dmitri Medvedev en septembre 2011 après avoir critiqué le gouvernement pour ses dépenses élevés dans le domaine de la défense.

Koudrine a critiqué Poutine sur l'économie, soulignant que « les facteurs internes avaient plus d'influence sur l'économie russe que les facteurs mondiaux ».

Poutine a souligné que la récession dans l'Union européenne, premier partenaire commercial de la Russie, avait causé un ralentissement de la croissance économique de la Russie.

Tant Poutine et Koudrine ont cependant convenu qu'il était d'une importance vitale pour la Russie de surmonter sa dépendance au pétrole. Plus tard, M. Poutine a mentionné la « révolution du gaz de schiste », en assurant à son auditoire que la Russie ne l'avait pas manquée et que le pays avait des de suffisamment de gaz naturel.

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Il a souligné que le coût du gaz de schiste était encore trop élevé, et que sa production impliquait un risque élevé de pollution de l'environnement.

Poutine s'exprimait au moment où un de ses détracteurs les plus virulents et candidat potentiel à la présidentielle, Alexeï Navalny, était jugé dans la ville de Kirov, à 900 kilomètres à l'est de Moscou.

Navalny, dont l'équipe de militants anti-corruption a rendu public le détournement de 2 milliards de dollars de fonds publics dans le cadre de contrats gouvernementaux, est à son tour accusé d'avoir en 2009 détourné 500.000 dollars de bois alors qu'il était conseiller de Nikita Belykh, le gouverneur libéral de la région de Kirov. Navalny a nié toute malversation, et a qualifié les accusations de politiquement motivées.

« Ceux qui luttent contre la corruption doivent eux-mêmes êtres purs comme le cristal », a déclaré M. Poutine au sujet de Navalny, ajoutant qu'il avait exhorté le Comité d'enquête de Russie et le Bureau du procureur général à être aussi objectifs que possible dans l'affaire Navalny.

Pendant ce temps, dans un tribunal de Moscou, l'ONG indépendante de suivi des élections Golos était condamnée à une amende 10.000 dollars pour avoir refusé de s'inscrire comme « agent étranger ».

L'an dernier, Vladimir Poutine a promulgué une loi obligeant les ONG financées depuis l'étranger à s'inscrire comme « agents étrangers », ce qui, dans la langue russe est équivalent à espions étrangers.

« Nous saluons le travail des ONG, même de celles de nos collègues de l'opposition », a déclaré M. Poutine. « Si cette activité est financée de l'étranger, ce n'est pas grave, mais ils devraient nous dire (...) d'où ils reçoivent l'argent, pour quoi, et à quoi il sert ».

Lors d'un autre procès à Moscou tenu jeudi après-midi, le militant de l'opposition de gauche Konstantin Lebedev a été condamné à deux ans et demi de prison pour avoir organisé des troubles lors d'une manifestation anti-Poutine le 6 mai dernier.

Le rassemblement a dégénéré en affrontements violents avec la police, ce qui a provoqué environ 600 arrestations l'an dernier. Vingt-sept manifestants ont été inculpés pour avoir attaqué la police ou appelé à la violence.

« On est condamné non pas pour des opinions politiques, mais pour avoir violé la loi », a répondu Poutine à une question d'Alexeï Venediktov, le rédacteur en chef de la radio libérale Ekho Moskvy, qui affirmait que les détracteurs du gouvernement faisaient l'objet d'une répression digne des méthodes staliniennes.

Poutine a condamné l'utilisation des manifestations de rue de l'opposition « à des fins de relations publiques », et a souligné que le gouvernement avait révisé les exigences pour l'inscription des partis, ce qui devrait permettre à plus de formations politiques de s'enregistrer et d'entrer au Parlement.

« Luttez, entrez au parlement, prouver votre point de vue », a déclaré M. Poutine, s'adressant à l'opposition non-parlementaire.

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« Nous sommes prêts... et pas seulement prêts pour des débats : nous voulons une telle discussion, mais seulement une discussion civilisée et compréhensible ».

Poutine a repoussé les spéculations sur un éventuel remaniement du gouvernement de M. Medvedev en raison de ses mauvais résultats présumés, rappelant aux téléspectateurs que le cabinet des ministres était en poste depuis moins d'un an.

« Ils devraient avoir une chance de montrer ce qu'ils valent. Un remaniement ferait plus de mal que de bien », a déclaré M. Poutine.

Dans le même temps, lorsqu'on lui a demandé s'il était satisfait des mesures prises par le gouvernement jusqu'à présent, M. Poutine a répondu : « Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de mesures particulières ».

Poutine a cité les réalisations du gouvernement, notamment l'augmentation du taux de natalité, la hausse des salaires, l'indexation des retraites en février et en avril, et l'introduction de versements de 7.000 roubles pour les femmes donnant naissance à leur troisième enfant dans certaines régions. Néanmoins, il a déclaré que le gouvernement avait péché en échouant à s'assurer que l'ensemble de l'argent public alloué pour les salaires avait bien été reçu par les employés de l'État.

Poutine s'est vu demander d'évaluer l'application de l'ensemble de décrets importants publiés depuis sa prise de fonctions le 7 mai de l'année dernière. Il a refusé de donner des estimations concrètes, mais s'est dit satisfait.

« Dans l'ensemble, la situation est satisfaisante », a-t-il dit.

Lorsqu'on lui a demandé si le ministre de la Défense Sergueï Choïgou, troisième homme politique le plus populaire en Russie selon les sondages, pourrait devenir son successeur, M. Poutine a esquivé la question, se contentant d'indiquer : « les habitants de la Fédération de Russie choisiront mon successeur ».

Il a réitéré son engagement à lutter contre la corruption et a confirmé que les fonctionnaires devraient fermer leurs comptes à l'étranger s'ils en ont. Sinon, ils devront démissionner. « Laissez-les décider ce qui est plus important pour eux : garder de l'argent à l'étranger ou servir les Russes ».

Poutine a répondu à une série de questions sur une lettre que le défunt Boris Berezovski, décédé au Royaume-Uni en mars apparemment par suicide, lui aurait écrit plus tôt cette année.

« Je ne voulais pas aborder cela, mais je ne peux pas esquiver non plus », a déclaré M. Poutine.

« Il y avait deux lettres. Ces lettres étaient de nature personnelle, même si je n'avais pas une relation étroite avec lui ».

La première lettre a été remise à Poutine par un ancien partenaire d'affaires de Berezovski, un Russe, en février, et la seconde par un partenaire d'affaires non Russe après la mort de Boris Berezovski, a déclaré M. Poutine.

Dans les deux lettres, « presque identiques », Berezovski « a demandé pardon et prié de lui donner une chance de revenir », a déclaré le président. M. Poutine a déclaré qu'il n'avait pas répondu à la première lettre. « Le chef de l'Etat peut pardonner à quelqu'un, mais pour cela il faut d'abord procéder à une analyse juridique de l'affaire ».

Lorsqu'on lui a demandé s'il autoriserait à enterrer le corps de Berezovski en Russie, M. Poutine a répondu : « Bien sûr. Ma permission est-elle nécessaire ? ».

Poutine a ajouté que les autorités russes n'avaient aucune information sur l'implication éventuelle de services secrets étrangers dans la mort de Boris Berezovski.

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