Des perquisitions chez des ONG étrangères en Russie provoquent de vives réactions en Occident

Alexandre Tcherkassov, dirigeant du centre pour les Droits de l’Homme Memorial, près de son bureau. Crédit : RIA Novosti

Alexandre Tcherkassov, dirigeant du centre pour les Droits de l’Homme Memorial, près de son bureau. Crédit : RIA Novosti

La Russie nie toutefois violer les obligations internationales qu’elle s’était engagée à respecter.

Les enquêtes du parquet sur deux fondations allemandes actives en Russie, menées dans le cadre d’un contrôle en profondeur des associations à but non lucratif entamé en février, a provoqué de vives réactions des autorités allemandes et européennes. Des analystes et sources au sein du gouvernement allemand affirment que cette situation risque d’envenimer les relations entre Moscou et Berlin, et que le sujet des contrôles sera probablement soulevé le 7 avril prochain lors de la rencontre entre Vladimir Poutine et Angela Merkel.

Les magistrats russes ont notamment visité les locaux de deux organisations allemandes. À Moscou, les représentants des organes de contrôle se sont ainsi intéressés aux activités de la fondation Friedrich Ebert, qui soutient le Parti social-démocrate allemand, alors qu’à Saint-Pétersbourg, ils se sont rendus dans les bureaux de la fondation Konrad Adenauer, qui soutient l’Union chrétienne démocrate.

Les auditeurs souhaitaient plus particulièrement vérifier les documents statutaires, mais aussi les rapports sur les activités des deux organisations. Les magistrats de Saint-Pétersbourg ne se sont quant à eux pas limités aux statuts et aux finances : ils ont même saisi les ordinateurs de la fondation Adenauer afin d’examiner la légalité du matériel informatique utilisé.

Le parquet a aussi inspecté les filiales russes de l’association Alliance française (AF) à Samara, Rostov-sur-le-Don, Perm, Ekaterinbourg et Vladivostok.

« Les enquêteurs ont réclamé nos documents comptables pour s’assurer que les moyens attribués par l’ambassade étaient utilisées conformément aux statuts de l’Alliance, qui ne s’occupe pas de politique », a expliqué Éric Antoine, directeur de l’AF à Samara, au journal Le Figaro.

Ces nombreux contrôles sur les ONG ont été initiés fin février par le procureur général. 90 ONG réparties dans 24 régions de Russie avaient déjà été inspectées au 27 mars. Selon Pavel Tchikov, directeur de l’organisation Agora, qui supervise les contrôles du parquet, au moins 2 000 ONG pourraient toutefois être concernées.

De grandes organisations internationales de défense des droits de l’Homme comme Amnesty International et le Comité d’Helsinki, ainsi que les gouvernements européens se sont déclarés préoccupés par ces contrôles. La représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a de son côté déclaré que « les inspections et perquisitions menées dans une série d’ONG étaient inquiétantes ».

L’Allemagne, un des pays de l’Union européenne qui entretient les meilleurs relations avec la Russie, a immédiatement condamné les actions de la justice russe. L’envoyé de l’ambassade de Russie à Berlin Oleg Krasnitskov a notamment été appelé au ministère allemand des Affaires étrangères pour s’expliquer.

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D’après le journal allemand Spiegel, les autorités allemandes auraient fait part de leurs « préoccupations concernant les démarches inamicales envers plusieurs organisations non gouvernementales, dont des fondations allemandes ».

Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a prévenu le diplomate russe que « tout obstacle aux activités des fondations pourrait entraîner des dommages durables pour les relations entre les deux États ».

Les dernières évolutions dans les relations bilatérales arrivent à un moment extrêmement sensible pour Moscou et Berlin. En effet, le président russe Vladimir Poutine doit se rendre en Allemagne le 7 avril. Les dirigeants des fondations allemandes présentes en Russie ne doutent pas que la chancelière Angela Merkel abordera le thème des contrôles des ONG avec son homologue. Et certains politiciens allemands influents n’excluent pas que l’affaire aille plus loin que de simples critiques.

« Je pense que vu la situation, il sera très difficile de mener des négociations sur la libéralisation du régime des visas pour les détenteurs de passeports de service russes », a déclaré Ruprecht Polenz, président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, dans un entretien à Deutsche Welle.

Début mars, l’Allemagne, pays clé qui pendant presque deux ans s’est prononcée contre la suppression des visas pour les détenteurs de passeports de service, et ce dans le cadre de l’accord sur la libéralisation des régimes de visas pour une série de catégorie de citoyens, avait finalement retiré ses objections.

Hier, Konstantin Dolgov, délégué du ministère russe des Affaires étrangères pour les droits de l'Homme, a déclaré que « malgré les critiques suscitées par les amendements à la législation sur les ONG adoptés par la Fédération de Russie, ils avaient été rédigés en tenant compte de la pratique internationale en vigueur dans ce domaine ».

« Nous n’acceptons pas les accusations infondées selon lesquelles la Russie violerait ses obligations internationales en matière de droits de l’Homme. Nous sommes cependant toujours ouverts à un dialogue objectif, professionnel et dans le respect des partis concernés », a poursuivi Konstantin Dolgov.

Selon le politologue Alexandre Kynev, cette affaire pourrait avoir des conséquences à long terme sur les relations entre la Russie et ses partenaires européens. « Ces inspections écornent avant tout l’image de la Russie ».

Version résumée. L’article original est disponible sur http://kommersant.ru/doc/2156171

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