Russie contre Occident : bras de fer idéologique

Crédit : Kommersant Photo

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Incapable de trouver un terrain d’entente avec les États-Unis et leurs alliés, qui suite au retour au Kremlin de Vladimir Poutine critiquent de plus en plus durement la Russie, Moscou entame la contre-attaque. Sa réponse est une démonstration de « soft power » via la promotion du modèle de développement russe, destinée à prouver sa supériorité sur le monde occidental.

L’appel de Poutine à « construire un Etat fort et efficace, une société moderne, prospère et libre », énoncé dans ses vœux du Nouvel An, a été pour la première fois repris par un « nouveau Russe » : l'acteur français Gérard Depardieu. L'un des plus célèbres Français au monde, qui s’est vu attribuer la citoyenneté russe par décret du Président Poutine, a été en début d'année au centre de l’attention des médias, jouant son rôle le plus inhabituel.

L’histoire, perçue en Occident comme une curiosité ou un caprice de la star du cinéma, insatisfaite de la politique fiscale du président socialiste François Hollande, a été interprétée en Russie d’une manière fondamentalement différente.

« Beaucoup de gens vont maintenant aller en Russie, qui a conservé ses valeurs culturelles, contrairement aux pays européens. Les gens sont dégoûtés de voir l’Europe sombrer dans la débauche et l’orgie », a déclaré le président de la commission des lois du Parlement de Saint-Pétersbourg, Vitaly Milonov, expliquant le sens de la démarche de l’acteur français.

De son côté, le chef de la banque Sberbank Guerman Gref voit derrière cet acte d’autres raisons. « Le cas Depardieu montre que la stabilité financière, économique et politique est souvent un facteur crucial dans le choix du pays non seulement pour les investisseurs, mais aussi pour les personnalités de l’art et de la culture », a-t-il indiqué.

Mais le trophée le plus précieux pour Moscou, ce sont les déclarations de Depardieu lui-même. « La Russie est une grande démocratie », a déclaré le Français.

L’histoire impliquant Depardieu a donné le coup d’envoi d’une campagne visant à promouvoir le « soft power » russe, visant à démontrer que Moscou ne possède pas que des gazoducs, des armes nucléaires, et le droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU. Selon la version moderne, la Russie devrait devenir un nouvel aimant pour le crème de la crème du monde occidental.

Un quiproquo révélateur

Sur fond d’affaire Depardieu, les médias russes ont rapporté une nouvelle sensation : selon Foreign Policy, Vladimir Poutine était en tête de liste des personnes les plus influentes au monde à la fin de l'année 2012. Dans le classement, il se plaçait trois places au-dessus de Barack Obama.

Avant que le communiqué ne soit démenti, il a réussi à provoquer une avalanche de commentaires d’experts russes. Leur signification se résumait au fait que l'évaluation de Foreign Policy constituait un tournant dans la perception de la Russie par l’Occident.

L’opinion des commentateurs a été résumée par un invité fréquent des talk-show politiques de la télévision russe, le directeur du département de science politique générale de la Haute école d’économie, Leonid Poliakov. Selon lui, la décision de Foreign Policy signifiait « la reconnaissance par la direction des Etats-Unis que Vladimir Poutine est de retour dans l’Olympe politique mondial ».

« De tous les politiciens au monde, Poutine a démontré de la façon la plus convaincante que tout ce qu’il entreprend réussit, qu’il n’est pas seulement le dirigeant national de la Russie, mais aussi un leader d’envergure mondiale », estime l'analyste.

Cependant, la sensation n’a duré que quelques jours. La rédaction de Foreign Policy a publié un démenti : ce qui concerne la Russie dans le classement 2012 n’était en fait qu’une note du blog du président du groupe de conseil Eurasia Ian Bremmer, publiée uniquement dans la version électronique de la revue et ne reflétant, comme souligné par la rédaction, que son opinion personnelle.

Les enfants d’abord

Une manifesation de cette bataille intransigeante autour des valeurs est le « dossier des enfants ». L'adoption de la loi Dima Iakovlev, à l'origine présentée comme une réponse à la Loi Magnitski, a acquis dans la conscience publique russe une signification plus profonde.

L’interdiction de l’adoption d’enfants russes par des Américains a constitué un acte symbolique destiné à faire barrière à la diffusion en Russie du « soft power » américain. En effet, les cas de Russes adoptés aux États-Unis comprennent bon nombre de « success stories » : la transformation de jeunes Russes défavorisés en Américains prospères et patriotes envers leur nouvelle patrie, et impossible à cacher aus Russes de Russie à l'ère de l'Internet.

Paru sur le site de Kommersant le 19 février 2013.

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