Les expressions grossières vont être bannies des médias et du monde de l’art

Le projet de loi en ce moment à l'étude a été introduit par un groupe de députés. Crédit : Kommersant Photo

Le projet de loi en ce moment à l'étude a été introduit par un groupe de députés. Crédit : Kommersant Photo

La Douma va mettre en place un système d’amendes pouvant atteindre 1.700 $ afin de pénaliser l’usage de gros mots dans la presse, les livres, les films, les pièces de théâtre et les spectacles.

Lundi, au cours de la réunion de la commission de la culture et des questions sociales, les députés de la Douma ont donné leur aval pour modifier la législation, introduisant des amendes allant jusqu'à 50 000 roubles en cas d'utilisation de termes à caractère obscène dans les médias, les films, les livres, les spectacles et les concerts.

Evgueni Guerassimov, directeur de la commission culturelle, a indiqué que cette question avait été mûrement réfléchie et que son enjeu était essentiel pour les citoyens. Elena Soukhankina, représentante du département d'éducation de Moscou, considère que la nécessité de contenir les expressions grossières doit occuper une place principale au sein de la communication de la nouvelle génération.

Guerassimov, quant à lui, n'a pas très bien compris à la lecture du document ce qu'il fallait considérer comme une violation de la loi. « Comment les forces de l'ordre pourront-elles juger ce qui relève de l'outrage ? Précisons cela à l'aide d'un dictionnaire ! » propose le député.

Anton Paleev, directeur de la commission des questions des organisations sociales a précisé qu'une expertise linguistique pourrait être menée dans certains cas concrets. « En ce qui concerne le cinéma et le théâtre, c'est très compliqué. On ne peut pas faire une expertise avant chaque spectacle. »

Evgueni Guerassimov remarque, pour sa part, que dans les œuvres de Léon Tolstoï et d'autres auteurs classiques, l'usage de ce vocabulaire est courant. Que faire face à cette situation? « Cette loi pourra être utilisée pour tout et n’importe quoi ; il faudra décrocher les tableaux des murs. Ce sera pire qu'en 1937 », explique Anton Paleev.

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La Douma municipale de Moscou a pourtant décidé de maintenir le projet de loi dans son ensemble, après avoir proposé à la chambre des députés de définir plus précisément ce qui relevait du domaine des propos grossiers. Le projet de loi en ce moment à l'étude a été introduit par un groupe de députés. Parmi eux figure Stanislav Govoroukhine, célèbre metteur en scène. Ces derniers espèrent corriger la loi « De la langue d'État de la Fédération de Russie » en interdisant l'usage de mots grossiers à la télévision, à la radio, dans la presse écrite, les films, les livres, les spectacles et les divertissements. Stanislav Govoroukhine voudrait empêcher la distribution des films ayant recours à ce type de langage. En janvier 2013, la Douma d'État a proposé de corriger le Code des infractions administratives de la Fédération de Russie, introduisant des amendes allant jusqu'à 200 000 roubles en cas de recours à des termes grossiers dans les médias.

Mikhaïl Fedotov, directeur du conseil présidentiel des droits de l'homme rappelle que l'usage de tels propos dans les lieux publics est déjà considéré comme un acte de brigandage mineur.  « Cependant, dans les films, les livres ou les œuvres de Pouchkine, ce ne sont pas des termes grossiers : c'est l'utilisation d'un lexique non normé qui permet à la pensée artistique de se réaliser. L'auteur ne jure pas gratuitement mais décrit l'action ou le caractère du héros », ajoute-t-il. Fedotov considère que les députés doivent s'intéresser aux gros mots, « devenant la norme langagière à l'école, sans parler des institutions gouvernementales ». Il propose de « réfléchir sérieusement » à la manière dont sera formulé ledit projet.

Mikhaïl Veller, écrivain très populaire en Russie, est d'accord avec Fedotov: « Chaque année, la Douma met en place d’innombrables lois et réussit toujours à se consacrer à des bêtises malgré tout ce qui se passe dans notre pays. La grossièreté existe depuis des siècles et continuera à exister tout aussi longtemps. Son utilisation publique est impropre et peut être pénalisée par n'importe quel petit article du code pénal. »

Zakhar Prilepine, écrivain, ne comprend pas non plus l'initiative des députés : « Il y a plein de films, de livres d'auteurs très variés, de pièces de théâtre, où ces termes ont leur place. Ils sont indispensables à l'art. Bien sûr, ils ne doivent pas se retrouver dans l'espace public, ce qui est déjà le cas. Personne n'utilise des propos vulgaires sur les chaînes de télévision. » 

Sources : Kommersant, bfm.ru.

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