Un opposant russe se suicide aux Pays-Bas

Alexandre Dolmatov, qui travaillait comme constructeur dans une entreprise militaire, a fui la Russie en juillet 2012 Source : vk.com

Alexandre Dolmatov, qui travaillait comme constructeur dans une entreprise militaire, a fui la Russie en juillet 2012 Source : vk.com

Les activistes russes accusent les autorités hollandaises d’être responsables de sa mort et organisent des piquets devant les représentations diplomatiques des Pays-Bas en Russie.

Alexandre Dolmatov, un membre du parti d’opposition non-enregistré Drougaïa Rossiya (Autre Russie) impliqués dans les émeutes de la place Bolotnaïa à Moscou s’est suicidé dans un centre pour réfugiés aux Pays-Bas. La veille, sa demande d’asile politique a été rejetée par les autorités hollandaises qui devaient l’extrader vers la Russie, où il était menacé d’arrestation. L’opposition a immédiatement accusé Amsterdam et s’est réunie en piquet devant l’ambassade des Pays-Bas à Moscou. La Hollande nie tout rapport entre le suicide et le rejet de la demande d’asile.

Le président de l’Association des avocats de Russie pour les droits de l’homme Evguéni Arkhipov a été informé par Girt Eyts, le directeur du réseau international d’aide aux réfugiés United qui l’a appelé pour l’informer de la mort, aux Pays-bas, de l’opposant russe Alexandre Dolmatov. Ce dernier avait, cet été, fait une demande d’asile politique aux Pays-Bas qui ont rejeté sa requête. Il s’est suicidé dans le centre pour réfugiés à Rotterdam.

« La raison du suicide et les autres détails me sont pour le moment inconnus », a déclaré Arkhipov.

Dolmatov, qui travaillait comme constructeur dans une entreprise militaire, a fui la Russie en juillet 2012. Le 6 mai, la veille de l’investiture du président russe Vladimir Poutine, il a participé à la « Marche des millions », une manifestation qui s’est terminé par des confrontations avec les forces de l’ordre. Le Comité d’enquête à qualifié ces évènement de « troubles massifs à l’ordre public ». Une vingtaine de manifestants ont été arrêtés.

Alexandre Averine, l’attaché de presse du parti d’opposition Drougaïa Rossiya a déclaré au quotidien Kommersant, que Dolmatov a affirmé lui-même « ne pas s’être retenu et avoir usé de la force pour résister à la police ». Suite aux perquisitions à son domicile, il décida de fuir la Russie et de demander l’asile politique aux autorités hollandaises.

Qui a fait des demandes d’asile politique

Dolmatov n’était pas le seul opposant à quitter la Russie après l’affaire des manifestations de Bolotnaïa. Alexeï Kisselev, philologue et manifestant en faveur du droit des gays a fait sa demande d’asile en Espagne, l’activiste de Solidarnost Anastasia Rybatchenko, en Estonie, et son collègue Mikhaïl Maglov, auprès du Haut Commissariat des Nations Unies aux affaires de réfugiés à Kiev. Deux autres manifestants de Drougaïa Rossiya Jenny Courpin et Alexeï Deviatkine se sont dirigés vers l’Ukraine.

Le département de l’immigration du ministère de la Justice des Pays-Bas a refusé de se prononcer sur les raison du rejet de la requête. Une source hollandaise d’un organisme d’aide aux réfugiés a déclaré, dans un entretien avec Gazeta.ru, que la procédure d’octroi de statut de refugié aux ressortissants russes s’est complexifiée ces derniers temps.

« Ici (aux Pays-bas, NDR), on considère que la Russie est sur la voie de la démocratisation, car il existe une opposition, des coalitions, etc... Mais, il y a une autre raison : un gouvernement de droite est au pouvoir, qui est opposé à l’immigration et aux réfugiés », précise la source.

Suite au refus d’asile politique, Dolmatov a été transféré dans ce qu’on appelle une « prison pour immigrés ». « Les conditions n’y sont pas mauvaises mais ils sont totalement coupés du monde extérieur. Ces derniers temps, on observe une recrudescence de suicides, bien qu’ils ne soient pas si nombreux », ajoute l’interlocuteur de Gazeta.ru.

Dolmatov a eu le temps de faire appel et son dossier devait, ces jours-ci, être examiné devant un tribunal.

Selon Denis Solopov, un ami de Dolmatov ayant reçu l’asile polique aux Pays-Bas, la mère de ce dernier n’arrivait pas à le joindre ces derniers jours.

« Hier soir, il a envoyé un sms d’un numéro inconnu, disant qu’il se trouvait en cellule de déportation à l’aéroport de Rotterdam, puis nous avons appris son suicide ».

Solopov ajoute que les autorités hollandaises étaient particulièrement intéressées par les connaissances de Dolmatov sur les technologies militaires.

« Il s’est plaint que durant l’entretien, les services d’immigration l’ont beaucoup interrogé sur son travail. Alexandre affirmait ne rien avoir révélé... Mais craignait l’extradition car il était certain que le FSB ne le croirait pas et l’accuserait de trahison », raconte Solopov. Selon Gazeta.ru, Dolmatov détenait des informations de secret-défense de niveau III.

Selon les avocats et les proches de Dolmatov, il souffrait de dépression et avait déjà fait des tentatives de suicide à deux reprises ces cinq derniers jours.

« Il a été sauvé in-extremis et aurait dû être placé en centre spécialisé. Au lieu de cela, il a été envoyé en prison, où personne ne se préoccupait de son état », raconte Eyts au journal Kommersant.

La réaction fut immédiate. L’Association des avocats de Russie sur les droits de l’homme a mis en ligne sur son site un texte qui déclare que « la responsabilité de la mort de M.Dolmatov incombe aux autorités russes qui l’ont contraint à quitter le pays, ainsi qu'aux fonctionnaires néerlandais, qui lui ont refusé l’asile. »

La filiale hollandaise d’Amnesty International prépare un document adressé aux autorités locales concernant la mort de l’opposant. Le contenu n’est pas encore révélé. Les activistes proches de Dolmatov ont organisé, dès vendredi 18 janvier, des piquets devant l’ambassade des Pays-bas à Moscou et le consulat général à Saint-Pétersbourg. Une piquet sera également tenu samedi à Kiev.

Les Pays-Bas nient tout lien direct entre le suicide de Dolmatov et le refus d’asile. Selon le déclaration, vendredi, d’Onno Elderenbosch, ambassadeur des Pays-bas en Russie, une lettre de la mère a été retrouvée près du corps de Dolmatov, qui révèle que la vraie raison du suicide n’est pas le refus d’asile. Onno Elderbosch refuse toutefois de révéler le contenu exact de cette lettre, la qualifiant de « courrier personnel ».

D’après les articles de Kommersant, Gazeta.ru, Vzgliad et RBC.

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