Le Belarus tire son épingle du jeu

Image par Alexeï Iorch

Image par Alexeï Iorch

Ces derniers mois, nous observons une curieuse dynamique dans les relations entre l’Occident et le Belarus. Les visites d’officiels européens à Minsk, les conférences de plus en plus fréquentes et les sommets montrent un certain dégel dans les relations entre le Belarus et l’Europe.

Pourtant, pendant de longues années, aucun contact n’existait entre l’Occident et ce pays, alors que toute discussion sur la liberté de la presse ou les valeurs démocratiques était étouffée dans l’œuf par Minsk. 

Cette reprise de contacts ne pouvait, évidemment, pas être le fruit d’un hasard. Les tentatives de normaliser les relations entre l’Occident et le Belarus apparaissent comme la conséquence directe des événements qui ont lieu dans l’Ukraine voisine. 

Dès le mois de mars, le président biélorusse Alexandre Loukachenko a commencé à positionner le Belarus comme un pays neutre et l’a proposé comme intermédiaire dans le conflit. Il s’agissait clairement d’un signal envoyé à l’Occident dans le but d’améliorer les relations réciproques. 

Une médiation réelle de Minsk dans le conflit ukrainien était cependant pratiquement impossible, le pays avait peu de chance d’obtenir un mandat de l’ONU pour une opération de maintien de la paix et le Belarus ne disposait d'ailleurs pas de moyens suffisants pour le faire.

Mais le signal montrant que le Belarus ne se range pas ouvertement du côté de la Russie et est prête pour les efforts de maintien de la paix a été entendu et apprécié.

Bien entendu, un équilibre délicat à la limite du penalty a toujours été la marque de fabrique de la politique de Loukachenko. Toutefois, il faut reconnaître que l’Occident n’avait pas d’autre choix dans la situation actuelle. Dans le contexte de la crise ukrainienne, le régime biélorusse ne paraît plus si odieux. 

La confrontation avec la Russie a adouci l’image du « dernier dictateur d’Europe » et a repoussé la question des droits de l’homme et des valeurs occidentales au second plan. En 2015, le Belarus organisera ses prochaines élections présidentielles. Personne ne doute de l’issue de ce scrutin, mais la légitimation de ses résultats est, d’ores et déjà, l’objectif du pouvoir biélorusse. 

Et il s’agit précisément de les légitimer aux yeux de l’Occident. Si le pouvoir parvient à se mettre d’accord avec l’opposition, ou du moins une partie de l’opposition, et échanger sa reconnaissance des élections contre, disons, quelques places au parlement, alors il sera possible de s’entendre avec l’Occident dans cette nouvelle situation.

Le départ de Štefan Füle, commissaire européen à l'élargissement et à la politique européenne de voisinage et de Radosław Sikorski, ministre polonais des Affaires étrangères, permet au minimum d’espérer une dynamique positive dans les relations entre le Belarus et l’Europe. Se débarrasser des sanctions est un vieux rêve de Minsk.

La probabilité d’une telle évolution est tout de même très limitée. Le président biélorusse traine derrière lui une longue histoire des relations assez conflictuelles avec l’Union européenne et, malgré toutes les démarches propagandistes, il est clair que le Belarus est l’allié le plus proche de la Russie dans la région, et un allié stratégique. 

Il est peu probable que les relations entre le Belarus et l’Occident changent radicalement. Toutefois, le pays peut essayer de tirer un certain profit de la situation actuelle. Dans ce type de partie d'échecs, le dirigeant biélorusse reste un joueur inégal.

Alexandre Iskandarian, directeur de l’Institut du Caucase (Erevan, Arménie).

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.