Élections parlementaires en Ukraine

Dessin de Konstantin Maler

Dessin de Konstantin Maler

Les élections législatives se déroulent ce dimanche en Ukraine. Le bloc du président Petro Porochenko est donné favori, toutefois ce vote reste entouré d'une série d'intrigues.

La population ukrainienne est divisée face aux élections à la Rada (parlement ukrainien). D’un côté, c’est un prolongement logique du changement de pouvoir et un espoir d’une relative lustration, d’un autre – de nombreux électeurs restent sceptiques quant à la réelle possibilité de véritablement changer les choses. Cela concerne particulièrement certains aspects intérieurs tels que la corruption, le professionnalisme des dirigeants, etc.

Les forces qui se présentent aux élections pourraient être divisées en « partis pro-paix », « partis pro-guerre » et partis axés uniquement sur la population des régions du sud-est qui sont, à bien des égards, des survivants de l’ancien pouvoir de Victor Ianoukovitch.

Il est évident que ces derniers tenteront de s’opposer au gouvernement en place, critiquer ses décisions, en somme, agir en opposition frontale avec pouvoir. En revanche, les relations entre les « partis pro-paix » et les « partis pro-guerre » pourraient évoluer selon différents scénarios.

Le Front populaire représenté par le premier ministre Arseni Iatseniouk, le président de la Rada Oleksandr Tourtchynov et le ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, le Parti radical d'Oleh Liachko et la « Patrie » d’Ioulia Timochenko sont considérés comme des partis pro-guerre. Cela s’explique par leur intention de régler par la force les problèmes émergeant dans les relations avec le Donbass et la Russie.

Le principal « parti pro-paix » est le Bloc Petro Porochenko. Le président cherche à introduire des initiatives visant à assurer un règlement pacifique du conflit, notamment via des négociations avec les dirigeants russes et la mise en œuvre d’un « plan de paix » dans l’Est. Selon les sondages, ce parti entrera sans difficulté au parlement avec plus de 30% de voix aux élections.

Les forces pro-radicales critiquent les efforts de Petro Porochenko - parfois ouvertement, parfois moins - proposent d’agir de manière plus agressive sur le plan militaire et s’opposent plus catégoriquement aux relations avec Moscou. À bien des égards, l’appui de ces forces en faveur de la décision d’imposer la loi martiale en Ukraine, par exemple, est considéré par les politologues comme une volonté de perturber les élections. Pour certains, cela permettrait de gagner du temps, donner plus de visibilité aux partis et multiplier les partisans, pour d’autres, l’objectif est de maintenir Arseni Iatseniouk et d’autres dans leurs positions le plus longtemps possible (car la nouvelle Rada pourrait élire un nouveau premier ministre). Une fois élus au parlement, les « partis pro-guerre » pourraient tenter de s’allier pour créer une force assez solide en opposition au bloc du président. Le Front populaire servira, probablement, de base à cette force.

L’incertitude demeure entière sur l’issue du vote dans le Donbass, car la plupart des sondés dans cette région n’ont pas répondu à la question concernant leurs préférences politiques. Pour le moment, il est clair que ceux qui sont restés dans les régions de l’Est ne sont pas favorables au pouvoir en place, pour parler poliment, et sont toujours prêts à soutenir les partis de l’opposition.

Les régions de Donetsk et de Lougansk restent toujours très instables et la tenue des élections n’y est pas garantie, car le comportement des insurgés ne dépendent pas des accords atteints à Minsk. Si l’ordre de perturber les élections leur est donné, les indépendantistes seraient parfaitement capables de le faire dans certains districts des régions  de Donetsk et de Lougansk.

Il serait prématuré de dire que la nouvelle Rada contribuera au règlement du conflit avec la Russie. En cas de confrontation entre les partisans de la solution radicale des problèmes et le bloc présidentiel au parlement ukrainien, ainsi que de forte activité des forces de l’opposition, tout dépendra de leur capacité à trouver des compromis qui pourraient aller à l’encontre des intérêts de tel ou tel groupe. La manière dont les forces politiques luttent pour les places à la Rada (inscription sur les listes de candidats aux noms identiques pour « capter » des voix, utilisation de couleurs similaires pour la communication électorale, critique des opposants) indique que la confrontation est susceptible de se poursuivre au parlement. 

Pavel Verkhniatsky est un analyste et expert militaire. La vérsion intégrale de l'article est disponible sur le site de Russia Direct

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