OMC : la Russie hésitante

Anton Silouanov (à droite), ministre russe des Finances, lors du Forum Gaîdar. Crédit : RIA Novosti

Anton Silouanov (à droite), ministre russe des Finances, lors du Forum Gaîdar. Crédit : RIA Novosti

Le Forum Gaïdar 2013 (conference économique annuelle, baptisée en l’honneur d’Egor Gaïdar, Premier ministre russe dans les années 1990, ndlr), qui a marqué le début de l’année, était assez controversé en raison des propos des orateurs y ayant pris part. Ainsi, au cours du premier jour de l’événement, le chef du gouvernement russe Dmitri Medvedev s’est déclaré insatisfait par la croissance du pays, tandis que durant la seconde journée, les participants ont admis que la Russie avait adhéré à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sans beaucoup réfléchir sur les avantages de cette adhésion.

Intervenu lors de la session plénière du forum, le président de Sberbank (première banque russe, ndt) German Gref a indiqué que la Russie ne savait pas selon quelles règles elle devrait jouer. « La plupart des ministres russes ne connaissent même pas l’objectif de l’OMC, sans parler des règles de l’organisation », a avoué le responsable, en ajoutant que la Russie n’avait une position forte sur le marché mondial que grâce aux exportations de matières premières et qu'elle souffrait de pertes dans tous les autres domaines.

« En adhérant à l’OMC, la Russie a gardé la possibilité de choisir entre différents moyens d'intégrer l’économie mondiale », rassurait le directeur général de l’organisation Pascal Lamy. « La Russie possède trois éléments importants qui lui permettront d'intégrer l’économie mondiale : ce sont ses matières premières, ses ressources humaines et ses finances. La question est de combiner ces trois éléments pour abandonner l’ancien modèle économique et pour trouver sa niche compétitive. » M. Lamy était en outre très surpris d’entendre les fonctionnaires russes qui demandaient si la Russie devait suivre les règles générales du commerce.

Le responsable a rappelé aux participants du Forum que le long processus d’adhésion de la Russie à l’OMC (les négociations ont duré 18 ans, ndt) était finalement terminé et que la Russie était déjà depuis cinq mois un membre à part entière de l’organisation. Par conséquent, la question de savoir si la Russie devait remplir ses obligations envers l’OMC n’est plus pertinente : la Russie ne doit pas suivre les règles générales du commerce, elle est tout simplement obligée de le faire.

Cependant, Viktor Khristenko, président de la Commission économique eurasiatique (organisme de réglementation de l’Espace économique commun, formé par la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan, ndt) a déclaré durant le Forum que la crise économique avait jeté la lumière sur le processus de régionalisation. Le responsable a quand même assuré à M. Lamy que la Russie comprenait bien ses obligations envers l’OMC, mais ne savait pas « comment profiter de son appartenance à l’organisation ». M. Khristenko a souligné que Moscou considérait comme très important son intégration conjointement avec ses partenaires de l’Espace économique commun.

Il est toutefois à noter que de plus en plus de producteurs russes commencent à citer les conséquences négatives de l’adhésion de la Russie à l’OMC. Ainsi, le directeur de l’Union des producteurs de la viande de Russie, Moucheg Mamikonian, a abordé ce sujet au cours du Forum. M. Mamikonian a déclaré que son union était préoccupée par la réduction des droits de douane sur l’importation de produits de viande finis, qui pourrait rendre la plupart des producteurs russes impuissants face à leurs concurrents étrangers.

Selon les informations de l’Union, le marché russe de la viande traitée (qui fait partie de la catégorie des « produits de viande finis » en Russie) se chiffre à 13,5 milliards d’euros. Ainsi, les conditions des accords avec l’OMC concernant l’industrie de la viande pourraient provoquer des conséquences catastrophiques, compte tenu du fait que 95% de la demande en viande dans le pays est satisfaite par des producteurs domestiques.

En outre, les fabricants russes de pneus ont également demandé durant une conférence spéciale consacrée au soutien de l’industrie du pneu de Russie, l’assistance du gouvernement pour surmonter les conséquences de l’adhésion à l’OMC. Selon le distributeur de pneus Kama, les importations de pneus (ZAMENI) vers la Russie ont augmenté de 17% en 2012, les exportations reculant de 3%. Les experts prévoient un surplus qui provoquera en 2013 une concurrence accrue.

Paru sur le site de L'Expert le 17 janvier 2013.

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