Sept mois en Russie pré-Covid-19: témoignage d’un étudiant français à Moscou

Alexander Kislov
Froid, défi de la barrière linguistique, mais aussi des découvertes et rencontres - ayant passé sept mois en Russie, l’étudiant français Lorentin Rochette avoue que ce séjour l’a entièrement changé et a apporté un bagage culturel conséquent. Dans le présent article, il fait part de son expérience.

Russia Beyond désormais sur Telegram ! Pour recevoir nos articles directement sur votre appareil mobile, abonnez-vous gratuitement sur https://t.me/russiabeyond_fr

D’octobre 2019 à avril 2020, j’ai vécu en Russie dans le cadre d’un échange universitaire avec Sciences Po Bordeaux. Durant cette période, j’ai donc étudié à l’Université russe de l’Amitié des Peuples, à Moscou, et ce séjour m’a offert la chance de beaucoup voyager en Russie. Bien qu’il ait été raccourci par le coronavirus, j’ai beaucoup apprécié la vie en terre russe et j'en suis ressorti différent, changé, avec beaucoup d’histoires à raconter.

L'Université russe de l’Amitié des Peuples à Moscou

Je ne m’étais jamais rendu en Russie auparavant. J’ai saisi cette chance car mon école nous propose d’étudier à l’étranger pendant une année universitaire. La Russie, que ce soit auprès de mes proches ou des Français en général, provoque un repoussement mais c’est malheureusement dû à une ignorance de tout ce que ce pays peut offrir, en dehors de ses stéréotypes les plus populaires. Malgré ma faible connaissance de la langue et la difficulté à obtenir un visa, le doute quant à cette destination ne m’a jamais parcouru l’esprit.

Ce qui me passionnait avant tout pour la Russie, c’était son histoire. Tout le monde connait relativement bien l’époque de la guerre froide, mais tout ce qui précède l’URSS est très peu abordé dans les programmes de l’enseignement secondaire en France. Bien évidemment, on ne manque pas de ressources ou de documents en libre accès à propos de la Russie, mais je souhaitais davantage que cela, et savais qu’en étudiant sur place, je ressentirais tout le poids de l’histoire qui y règne. 

>>> Ces chocs culturels ressentis par les étrangers lors de leur premier séjour en Russie

J’avais beaucoup à découvrir. Par exemple, Pierre le Grand est un souverain qui me fascine pour sa modernisation de la Russie et toute son œuvre en faveur du développement de l’État russe. Sans lui, Saint-Pétersbourg n’existerait pas. Aussi, la place de l’Église orthodoxe dans l’histoire russe est passionnante. La quasi-omniprésence d’église dans les villes et villages de Russie en est la preuve. 

Pierre le Grand par Paul Delaroche

Étant aussi un grand intéressé des relations internationales, je suis passionné devant la complexe relation entre la France et la Russie, qui commence timidement par le mariage entre Anne de Kiev et le roi des Francs Henri Ier, jusqu’à aujourd’hui, en passant par Napoléon ou la guerre de Crimée. L’histoire et les relations internationales sont deux disciplines très liées où je trouve en la Russie un profond intérêt mais aussi du respect pour toutes les souffrances endurées par son peuple.

En dehors de tout cela, la Russie a aussi un goût de l’art très prononcé, de la littérature, avec Pouchkine et Tolstoï par exemple, à la musique, avec Tchaïkovski ou Prokofiev. Bref, autant de raisons qui me poussaient à y vivre pour voir de plus près tout cet héritage culturel et historique.

Lorsque je suis descendu de l’avion à Moscou en octobre, le temps était très semblable à celui de Paris. Je savais lire l’alphabet cyrillique ou encore dire en russe « merci », « au revoir » ou « s’il vous plaît ». C’est difficile de s’en sortir seul avec si peu de connaissances, étant donné que les Russes parlent rarement anglais, même au sein de Moscou. J’avais de conséquentes valises, puisque je m’installais pour plusieurs mois ; et avec elles, un wifi gratuit de l’aéroport fonctionnant à peine et sans carte SIM, j’ai eu énormément de peine à trouver un taxi acceptant de m’amener à ma résidence universitaire, tout en sachant qu’il faut éviter à tout prix les faux taxis qui arnaquent les touristes. Mais cela reste une expérience unique, puisque des millions de touristes visitent Moscou chaque année sans problème. Avec ce premier ressenti, je sentais que l’année à venir n’allait pas être facile !

Moscou

Mon université se trouve dans un quartier du Sud-Ouest de Moscou. Bien qu’il me fallait environ 45 minutes pour me rendre au centre-ville, je m’organisais de sorte à sortir le plus souvent possible pour profiter de la capitale et ne pas rester dans la banlieue grise, entouré de bâtiments souvent très laids. Le centre de Moscou est en effet tout à fait différent, c’est une ville splendide, vaste et avec des quartiers très variables.

>>> Les 100 plus beaux lieux de Russie en images

En dehors de Moscou, j’ai eu la chance de me rendre à Saint-Pétersbourg bien évidemment, que je considère comme la plus belle ville de Russie pour son côté très européen, en Carélie, à Nijni-Novgorod, Kazan, Mourmansk ou encore dans certaines villes de l’Anneau d’or. 

Chaque ville de Russie possède son lot de patrimoine culturel et d’histoire, mais certaines villes sont à visiter absolument pour leur atmosphère particulière ou pour les paysages magnifiques qui les entourent, comme à Mourmansk, ville qui est la plus grande au monde au nord du cercle Arctique. Malgré la laideur de cette ville architecturalement parlant, c’est un plaisir absolu de graver les quelques collines locales sous le ciel bleu et les -20/25° Celsius, tout en enfonçant ses pieds dans des dizaines de centimètres de neige. 

Mourmansk

Souvent, les villes peu développées et isolées de Russie peuvent sembler laides et peu intéressantes au premier abord, pourtant, je considère que c’est une expérience unique que de se promener dans cette atmosphère froide et pesante. Malgré cela, les habitants font preuve d’un très bel accueil à condition de se débrouiller un minimum en russe. Par exemple, dans mon auberge de jeunesse à Mourmansk, j’ai eu la chance de prendre l’apéritif local en compagnie d’anciens militaires russes, de Kazakhs ou de Caucasiens. 

Lorsque l’on me demande pourquoi je n’avais pas saisi la chance de vivre cette année à l’étranger en Espagne, en Italie ou encore aux États-Unis, je repense à cette anecdote, mais aussi à mes rencontres à Rostov, Vladimir… Certes, on n’y trouve ni le beau temps ni un confort de vie comparable. Mais on découvre chez ces habitants, qu’ils soient Russes ou d’une autre ethnie du pays, la sincère froideur de la vie ardue, la nostalgie de temps meilleurs, une véritable humanité et de la bienveillance pour tous ceux qui ne les méprisent pas.

>>> Comment les Russes ont changé ma vie: témoignage de la Française Aurélia

C’est cette Russie contradictoire, qui oscille entre les traditions orthodoxes, la volonté de s’élever socialement et parfois la nostalgie du socialisme, que j’apprécie tant, à travers différences ethnies, religions et cultures. Là-bas, sans modèle particulier, toutes ces communautés semblent comme soudées au sein d’un même peuple ayant survécu à de nombreuses épreuves de l’histoire, n’oubliant jamais d’espérer et de croire en l’avenir, froid au premier abord, mais qui cache sous cette couche de glace une vraie noblesse. 

Temple de toutes les religions à Kazan

Bien sûr, vivre en Russie n’est jamais facile et cette année n’a pas été parfaite dans son ensemble. Que ce soit pour l’administration de mon université, de la ville, de ma résidence universitaire, de ma banque, de mon logement, j’ai réalisé un nombre incalculable de démarches, jusqu’à mes derniers moments sur place. On se plaint fréquemment de la désorganisation de l’administration en France, mais la situation là-bas tend vers le ridicule, bien que cela est difficilement mesurable, je le reconnais. Sans trop m’étaler à ce sujet,  je considère que c’est bien la difficulté première de la vie en Russie en tant qu’étudiant étranger. La seconde, intimement liée, est la difficulté à comprendre et à se faire comprendre auprès des Russes. Ceux-ci parlent très rarement anglais (en particulier les anciennes générations, ce qui est compréhensible) et ne font pas d’effort pour aider. J’ai eu la chance d’avoir des connaissances ou amis faisant office d’interprètes, mais c’est loin d’être le cas de tous les étudiants étrangers. Cependant, après plusieurs mois, ces deux problèmes sont finalement résolus : on commence à comprendre l’incohérence qui règne au sein des administrations, on anticipe et on apprend le russe au fur et à mesure.

En dehors de la richesse culturelle, historique, linguistique, que j’étais certain de recevoir en me rendant en Russie, je me sens différent après ce séjour. J’en ressors grandi, voire davantage mature. Peut-être qu’un tel séjour change même la personnalité, à divers degrés. Je suis parti en Russie avec des a priori positifs et ceux-ci se sont confirmés. Désormais, je continue d’apprendre le russe, je compte revenir en Russie bien évidemment d’ici la fin de mes études et pourquoi pas un jour y travailler.

Nijni Novgorod

En suivant ce lien, découvrez le témoignage de Marine, une étudiante française ayant quant à elle passé une année d’échange universitaire à Ekaterinbourg, dans l’Oural. 

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

Plus d'histoires et de vidéos passionnantes sur la page Facebook de Russia Beyond.
À ne pas manquer

Ce site utilise des cookies. Cliquez ici pour en savoir plus.

Accepter les cookies