Ces Russes jugés aux États-Unis: trois dossiers qui irritent Moscou

Lioubov Iarochenko, mère du pilote russe Konstantin Iarochenko.

Lioubov Iarochenko, mère du pilote russe Konstantin Iarochenko.

Artyom Geodakyan/TASS
Konstantin Iarochenko, pilote russe condamné à 20 ans de réclusion aux États-Unis pour trafic de drogue, a refait parler de lui en publiant une lettre d’adieux à sa mère décédée récemment. Moscou affirme que l’homme a été enlevé par les autorités américaines et qualifie le dossier de politisé. Les États-Unis ont également jugé deux autres Russes dans le cadre de procès à retentissement: Moscou accuse Washington d’enlever ses citoyens et de les persécuter pour motifs politiques.

Les trois Russes jugés dans le cadre de dossiers criminels ont été extradés vers les États-Unis depuis des pays tiers par des agents des services secrets américains. Les trois procès se sont conclus sur des peines de prison de plusieurs années.

Konstantin Iarochenko et « 4 tonnes de cocaïne »

Les médias ont publié le 11 mai dernier la lettre touchante de Konstantin Iarochenko à sa mère, décédée quatre jours plus tôt. Le pilote russe regrette de ne pas avoir pu lui faire ses adieux et la remercie pour l’aide accordée.

Les services secrets américains se sont emparés de Konstantin Iarochenko au Libéria en 2010. Lors de son arrestation, indiquent les médias, le pilote avait pensé à une farce. Mais quelques jours plus tard, il se retrouvait aux États-Unis où il a été reconnu coupable de trafic de drogue.

Les principaux témoignages contre Konstantin Iarochenko étaient des conversations enregistrées par des hommes de l’Agence américaine de lutte contre la drogue (DEA), dans lesquelles le pilote russe aurait donné son accord afin de transporter de Colombie au Libéria quatre tonnes de cocaïne destinées au final aux États-Unis.

Konstantine Iarochenko. Crédit : TASSKonstantine Iarochenko. Crédit : TASS

Kosntantin Iarochenko a demandé le réexamen de son dossier puis a essayé d’assurer son transfert dans une prison russe sur la base des conventions internationales. En vain.

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié le verdit de partial et politisé. Le refus de la justice américaine de réexaminer le dossier en 2015 a été qualifié par le porte-parole du ministère russe, Konstantin Dolgov, de « nouvel acte de politisation de cette affaire ». D’après le diplomate, l’affaire du pilote russe était « extrêmement politisée » dès le début, à commencer par « son enlèvement absolument illégal » dans un pays africain.

Konstantin Iarochenko plaide non coupable. Après sa condamnation, il a dénoncé avoir subi des tortures lors de son arrestation et dans « une prison américaine secrète au Libéria », ainsi que le refus de lui accorder une aide médicale en détention. Le pilote russe estime que son dossier est étroitement lié à un autre procès à retentissement, celui de Viktor Bout. Selon lui, les autorités américaines voulaient au final obtenir de lui des informations compromettant Viktor Bout.

Le « marchand de mort »?

Le Russe Viktor Bout – que les médias américains surnomment le « marchand de mort » – a également été arrêté par des agents de la DEA en 2008, deux ans plus tôt que Konstantin Iarochenko. La mère de ce dernier affirmait d’ailleurs que l’affaire de Viktor Bout était traitée par les mêmes agents que celle de son fils. En 2012, Viktor Bout a été condamné à vingt-cinq ans de prison aux États-Unis.

En effet, les dossiers des deux Russes ont plusieurs points communs. Ils ont été capturés tous les deux dans des pays tiers (Viktor Bout en Thaïlande) avant d’être extradés vers les États-Unis. Ils ont été accusés tous les deux sur la base de conversations enregistrées par les services secrets américains qui avaient mis en scène un arrangement criminel. Dans l’affaire de Viktor Bout, ils se sont fait passer pour des rebelles colombiens souhaitant lui acheter des systèmes de défense antiaériens. Or ni l’un, ni l’autre dossier ne prouve le corps du délit : aucune preuve de livraison ni de cocaïne, ni d’armes. « C’est de la science-fiction : vous êtes jugé pour un crime futur. On me reprochait surtout mes intentions lors du jugement ! Sans aucune preuve. Aucun crime n’a été commis. Lors du procès, il n’y avait qu’un agent bidon », a déclaré Viktor Bout dans une récente interview à RT.

Viktor Bout. Crédit : ReutersViktor Bout. Crédit : Reuters

La juge qui a prononcé l’accusation a déclaré après avoir démissionné que le verdict était « exagéré et inadéquat ». Selon elle, Viktor Bout était un homme d’affaires qui a abandonné le trafic d’armes. Viktor Bout a pour sa part toujours affirmé qu’il s’occupait de transports aériens et non de ventes d’armes.

Comme pour l’affaire de Konstantin Iarochenko, le ministère russe des Affaires étrangères dénonce le procès de Viktor Bout et accuse la justice américaine de manque d’équité et d’impartialité. « La justice n’a fait que remplir une commande politique », a affirmé le ministère russe.

Vingt-sept ans de prison pour le fils d’un député

Le troisième procès à retentissement impliquant l’arrestation d’un citoyen russe à l’étranger et son jugement aux États-Unis est celui du fils d’un député russe, Roman Selezniov, qui a été arrêté aux Maldives en 2014 avant d’être extradé vers l’île de Guam puis vers Seattle.

Roman Selezniov a été condamné en avril dernier à vingt-sept ans de prison par la cour d’assises. La justice américaine l’a reconnu coupable de vol de données de cartes bancaires et de fraudes pour un montant de 170 millions de dollars. Un peu avant l’annonce de la sentence, mais après le verdict des jurés, Roman Selezniov a plaidé coupable et a demandé de le pardonner.

Trevor McFadden, assistant adjoint au procureur général par intérim, et d'autres fonctionnaires passent près des photos de Roman Selezniov. Crédit : APTrevor McFadden, assistant adjoint au procureur général par intérim, et d'autres fonctionnaires passent près des photos de Roman Selezniov. Crédit : AP

Son avocat a constaté que jamais des peines aussi lourdes n’avaient été prononcées pour des cybercrimes. Roman Selezniov a déclaré que ce verdit était pour lui une sentence de mort en raison de ses problèmes de santé. En effet, il avait été grièvement blessé en 2011 dans une explosion organisée par des extrémistes à Marrakech.

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié d’enlèvement l’arrestation de Roman Selezniov. Son père, député à la Douma (chambre basse du parlement russe), est certain que le verdict est purement politique.

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