Les attentats en série ne détruiront pas l’espace Schengen

La police veille après une explosion survenue à Ansbach, près de Nuremberg, en Allemagne.

La police veille après une explosion survenue à Ansbach, près de Nuremberg, en Allemagne.

Reuters
Vladislav Belov, chef du Centre des études allemandes de l’Institut de l’Europe de l’Académie des sciences, évoque la politique migratoire au sein de l’UE.

Est-il possible que l’Europe revienne sur sa politique migratoire au lendemain des attentats ?

Non. Le contrôle des migrants qui arrivent est déjà assez sévère et à l’intérieur du pays les services appropriés suivent de près les « nouveaux venus » en tentant d’identifier les membres de Daech (organisation terroriste interdite en Russie, RBTH). Au lendemain des récents attentats, le contrôle deviendra plus rigoureux et la police redoublera de vigilance, mais dans le cadre des normes juridiques existantes. Et ces dernières sont suffisamment sévères.

Le premier ministre bavarois, Horst Seehofer, a déclaré dernièrement qu’il fallait simplifier les règles pour renvoyer les réfugiés chez eux. Est-ceréaliste ?

Il existe dans ce domaine des normes d’après lesquelles l’Allemagne pourrait d’ores et déjà expulser une grande partie des réfugiés. La question est de savoir où les expulser. Elle est surtout d’actualité pour les citoyens de Syrie et de Libye. Pour l’instant, il n’y a pas de réponse.

Est-ce que les attentats modifieront l’attitude envers les réfugiés syriens ?

Je pense que non. L’Allemagne a accueilli depuis l’été 2015 environ 1,5 million de migrants dont seulement quelques uns commettent des délits. La société est capable de séparer le bon grain de l’ivraie et comprend que parmi les Allemands (aussi bien les nationaux que les naturalisés) certains sont liés aux structures mafieuses. La société exigera plutôt de durcir l’attitude envers ceux qui violent la législation et réagira positivement à une politique plus sévère de l’Etat envers les criminels.

Quel est le rôle du leader dans la résolution du problème des migrants ? Si Nicolas Sarkozy venait à remplacer François Hollande, cela changerait-il quelque chose ?

Le rôle tenu par le président est important, mais dans ce cas-là rien ne changera, car le chef de l’Etat n’est pas en mesure d’endiguer l’arrivée de migrants clandestins.

Vladislav Belov. Photo de l'achive personnelleVladislav Belov. Photo de l'achive personnelle

Pour l’instant, Daech n’a pas accompli d’attentats sur le territoire russe. Est-ce dû à Vladimir Poutine et à ses contacts avec les chefs des républiques du Caucase russe ?

Je doute fort que les leaders de la Tchétchénie et des autres républiques caucasiennes soient un facteur intimidant pour Daech. Au contraire, aussi bien Ramzan Kadyrov (chef de l’administration tchétchène) que Vladimir Poutine sont les ennemis personnels de cette organisation terroriste. Surtout depuis septembre 2015, quand la Russie a commencé à soutenir ouvertement le gouvernement légitime de Syrie. C’est un fait qui augmente le danger d’attentats en Russie. Dans le même temps, la plupart des musulmans russes sont sunnites et non chiites, ce qui fait que le rôle du leader est capital. Mais d’un leader en tant que force organisatrice et non intimidante. On ne peut que se féliciter des activités que déploient les structures régionales du pouvoir avec les migrants dans les territoires frontaliers comme le Caucase du Nord. Même si chez nous le flux des migrants est différent, notamment du point de vue de sa structure, il faut faire avec. C’est un second niveau de maintien de l’ordre dans le pays. Je le répète encore une fois : pour Daech, Vladimir Poutine est un ennemi personnel et il ne faut pas l’oublier.

Les derniers attentats en Europe ont été commis par des loups solitaires. Pensez-vous que les services secrets soient en mesure de faire face à cette nouvelle forme de terrorisme ?

Si ce solitaire fait partie d’un système organisé, oui. Mais si c’est quelqu’un qui n’est pas sain d’esprit et qui commet des actions spontanées, il est très difficile de faire quoi que ce soit. Il est possible de remarquer à temps un sac ou une arme, mais ceux qui agissent en solo sont particulièrement dangereux. Ainsi, Israël dispose d’un système de sécurité de qualité. Ce sont ses citoyens qui forment ce système. Tous les hommes ont fait leur service militaire. Nombre de femmes également. Chaque passant est prêt à défendre la société contre un attentat, mais des attentats y sont perpétrés quand même. Il est impossible de se protéger d’un terroriste solitaire. Et c’est sans doute sur eux que Daech va miser à l’avenir.

La France et l’Allemagne sont toutes deux membres de l’UE. L’absence de frontières au sein de l’UE ne complique-t-elle pas la résolution du problème des migrants ?

Si. Certaines ententes au sein de l’espace Schengen permettent dans certaines situations d’introduire un contrôle aux frontières. La France, l’Allemagne et le Danemark ont déjà eu recours à ces mesures. Mais la liberté de circulation en tant que valeur introduite dans le cadre de l’Union européenne est cruciale. Ce qui fait que le contrôle aux frontières est introduit avec prudence.

Le retour d’un contrôle permanent n’est-il pas à craindre ?

Non, il pourrait être introduit sur certains secteurs pour un certain temps, mais l’Europe ne renoncera pas à l’espace Schengen.

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