Le Parlement européen de plus en plus divisé sur les sanctions

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Les « anti-sanctions » gagnent du terrain au Parlement européen. RBTH étudie qui sont ces partisans de la levée des sanctions visant la Russie et si leurs efforts pourrait mener à leur annulation.

« La logique d’isolement ne mène à rien de bon » : cette théorie est de plus en plus fréquemment entendue au Parlement européen. Elle est devenue particulièrement audible en avril-mai. Cela annonce la tenue du sommet de l’UE en juin, au cours duquel sera une nouvelle fois évoquée la question des mesures antirusses.

Le dernier fauteur de troubles en date au parlement européen est la Grèce. « Nous savons tous que les sanctions réciproques entre la Russie et l’UE n’ont pas amélioré la situation, et ces discussions absurdes pour savoir qui en souffre le plus ne peuvent pas donner de résultats », a déclaré Theodore Zagorakis, député au Parlement européen et membre du partie Nouvelle démocratie lors d’une réunion le 27 avril.

L’Europe du Sud est traditionnellement mieux disposée à l’égard de la Russie que l’Europe centrale. Mais les voix des partisans d’une levée des sanctions se font aussi entendre en France, en Italie, et en Hongrie, où le premier ministre Viktor Orban a juré qu’elles ne seraient plus prolongées automatiquement. L’influente Allemagne se fait pour l’instant discrète.

Que se passe-t-il au Parlement européen ?

Cette agitation dans les rangs des parlementaires européens signifie que la communauté européenne abrite déjà une masse critique de mécontentement contre les sanctions, considère Ivan Savvidi, président de l’Autonomie fédérale nationale et culturelle des grecs de Russie, membre du Conseil des relations internationales du président russe.

« Ces voix ne peuvent pas être ignorées ou réduites au silence. Les relations entre les citoyens brisées, les relations commerciales, les marchés perdus. Tout cela ne peut pas durer indéfiniment », a-t-il déclaré à RBTH.

Le volume du commerce extérieur grec en Russie dans le domaine agricole s’élevait à plusieurs centaines de millions d’euros, et pour ce pays englué dans une grave crise économique, la Russie était un marché d’avenir, rappelle Savvidi. De plus, les deux pays ont clairement besoin de moderniser leurs relations bilatérales. L’année dernière, le premier ministre Alexis Tsipras s’est rendu deux fois en Russe, et en mai de cette année, Vladimir Poutine réalisera une visite en Grèce. Il est évident que les sanctions gênent la collaboration.

D’autres pays montrent du doigt les pertes subies par leurs entreprises. En particulier, le député Marcus Pretzell, du parti eurosceptique Alternativ für Deutschland (AfD, 12,5% des voix aux élections en Allemagne et 7 sièges sur 96 au Parlement européen) a déclaré que l’Allemagne avait un besoin « urgent » des ressources russes, et a ostensiblement visité la Crimée, dont l’Europe ne reconnaît pas l’intégration à la Russie.

De plus, à la fin du mois d’avril, le parlement français a voté pour la première fois en Europe pour la levée des sanctions. Cependant, la participation étant inférieure à 20% lors du scrutin, ce geste était donc purement symbolique (la décision n’engage en rien le gouvernement du pays), et les anti-sanctions sont principalement des représentants de partis d’extrême-gauche et de centre-droit, dans l’opposition.

Ce sont eux qui défendent l’idée selon laquelle l’Europe est menacée par l’hégémonie américaine et des partenariats transatlantiques désavantageux. Ils utilisent cette rhétorique anti-sanctions comme instrument de pression, fait remarquer Léonid Goussev, chercheur en chef du centre d’analyses de l’Institut d'État des relations internationales de Moscou.

« Cela est-il utile à la Russie ? Oui, sans doute. Ce n’est pas très efficace, mais nous restons à l’ordre du jour, ce qui est aussi important », considère Andreï Souzdaltsev, vice-doyen de la faculté d’économie et de politique internationale de la Haute école d’Economie.

Vers une levée des sanctions ?

L’Europe réfléchit réellement à l’avenir de ces sanctions impopulaires. Il faut cependant comprendre que leur annulation signifiera aux yeux de l’UE la légalisation de l’annexion de la Crimée par la Russie.

Ces derniers mois, la question de la levée des sanctions a été directement liée à l’application des accords de Minsk (qui ne disent pas un mot de la Crimée) et au retour au calme dans l’est de l’Ukraine. Si les accords de Minsk, dont la Russie s’est portée garante, sont suffisamment appliqués, alors les sanctions seront levées en juin, ou tout du moins allégées, ont plusieurs fois déclaré les diplomates européens et américains.

Cependant, il ne convient pas d’espérer que le dossier de la Crimée restera indéfiniment entre parenthèses. « On rappelle régulièrement que les accords de Minsk sont une étape, et que la Crimée est la suivante. Ils se taisent au sujet de la Crimée quand cela les arrange, et en parlent quand il le faut. Mais, bien entendu, ils ne l’oublient [absolument pas]. Le jeu suit son cours », suppose Souzdaltsev.

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