Pourquoi le processus de paix ukrainien piétine

Berlin, Allemagne, le 11 mai 2016. La rencontre des ministres des Affaires étrangères au "format de Normandie". De g. à dr.: Pavlo Klimkin (Ukraine), Jean-Marc Ayrault (France), Frank-Walter Steinmeier (Allemagne) et Sergueï Lavrov (Russie).

Berlin, Allemagne, le 11 mai 2016. La rencontre des ministres des Affaires étrangères au "format de Normandie". De g. à dr.: Pavlo Klimkin (Ukraine), Jean-Marc Ayrault (France), Frank-Walter Steinmeier (Allemagne) et Sergueï Lavrov (Russie).

Reuters
Les ministres des Affaires étrangères allemand, russe, français et ukrainien se sont réunis à Berlin pour des pourparlers consacrés au règlement du conflit dans l’est de l’Ukraine. Frank-Walter Steinmeier, chef de la diplomatie allemande, a indiqué qu’aucune percée n’a été constatée, car « les positions des parties restent éloignées ».

Nouveau constat d’échec dans les tentatives de règlement du conflit dans l’est de l’Ukraine. Comme lors de la précédente réunion du 3 mars à Paris, les ministres du « format de Normandie » ne sont parvenus à aucun accord le 11 mai à Berlin, principalement en raison des divergences sur la tenue d’élections dans le Donbass insurgé.

Ces élections font partie des mesures de règlement pacifique approuvées par les pays du « format de Normandie » à Minsk en février 2015. L’organisation des élections, qui doivent être reconnues par Kiev, vise par la suite à lancer un processus politique à part entière et à élaborer un mécanisme de coexistence pacifique entre le Donbass et le reste de l’Ukraine. La nécessité d’organiser ces élections est soutenue par Moscou, Berlin et Paris.

La position de la Russie

L’Ukraine est la seule à refuser de négocier sur la tenue des élections, a souligné le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l’issue de la rencontre de Berlin. Il a précisé que Kiev et le Donbass devaient s’accorder directement sur ces élections, mais que malgré cela, « Kiev ne semble pas très enthousiaste quant à ce dialogue ».

M. Lavrov l’a souligné : l’importance de la mise en œuvre de tous les points des accords de Minsk a été confirmée pendant les pourparlers. Outre l’organisation des élections dans le Donbass, cela concerne l’adoption d’une loi sur le statut spécial de la région, l’adoption d’amendements correspondants à la Constitution ukrainienne et l’annonce d’une amnistie.

Moscou estime que la mise en œuvre de l’ensemble des accords est freinée par Kiev. Les amendements à la Constitution ont été adoptés par l’Ukraine en première lecture l’été dernier, le processus s’étant par la suite retrouvé au point mort en raison de la position des radicaux ukrainiens.

La position de l’Ukraine

De son côté, Kiev accuse la Russie. Les autorités ukrainiennes estiment qu’avant d’organiser les élections, il faut résoudre le problème de l’insécurité dans le Donbass. « On ne peut pas parler d’élections tant que la sécurité n’est pas garantie directement et dès maintenant. Sans sécurité, il ne peut y avoir de période de préparation [des élections] », a martelé le ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavel Klimkine à l’issue de la rencontre.

Kiev assure que cela suppose le retrait des troupes russes de l’est de l’Ukraine – les autorités ukrainiennes persistent à dire que des milliers de militaires russes sont présents dans la région. Pourtant, les chiffres avancés divergent grandement. Le président Porochenko avait parlé de 200 000 militaires russes, alors que le ministère ukrainien des Affaires étrangères a récemment avancé le chiffre de 34 000 hommes. Moscou dément catégoriquement toute présence de troupes russes dans le Donbass, appelant Kiev à prouver ses dires.

La fermeture de la frontière entre la Russie et le Donbass insurgé est également avancée par Kiev comme partie intégrante de la sécurisation de la région. Celle-ci est nécessaire pour prévenir le ravitaillement du groupe armé russe qui y serait déployé. Ces mesures doivent précéder les élections, affirme Kiev, qui souhaiterait les organiser conformément à la législation ukrainienne et en évitant l’amnistie pour les insurgés des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk.

Moscou rétorque que l’ordre préconisé côté ukrainien, de même que le refus d’annoncer l’amnistie, sont contraires aux accords de Minsk. Conformément à ces accords, les élections doivent avoir lieu avant le transfert du contrôle de la frontière à Kiev. Pour Sergueï Lavrov, les appréhensions de Kiev concernant la sécurité pendant les élections sont, par ailleurs, un « problème artificiel ».

Risque d’étatisation des républiques

Dans ce contexte, Klimkine a déclaré qu’en l’absence d’accord chez les représentants du « format de Normandie », le processus de paix pourrait être complètement gelé. Pourtant, Evgueni Mintchenko, directeur de l’Institut international d’expertise politique, estime que le gel du processus de paix signifierait l’étatisation progressive des républiques autoproclamées du Donbass. Dans ce cas, Kiev perdrait définitivement toute possibilité de reprendre le contrôle sur les régions insurgées. 

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