Des casques bleus dans le Donbass : une idée qui fait son chemin

Le chef adjoint de la Special Monitoring Mission (SMM) en Ukraine, Alexander Hug (à g.) et des militaires ukrainiens, membres du Centre pour le contrôle et la coordination en Ukraine, le 16 avril 2016.

Le chef adjoint de la Special Monitoring Mission (SMM) en Ukraine, Alexander Hug (à g.) et des militaires ukrainiens, membres du Centre pour le contrôle et la coordination en Ukraine, le 16 avril 2016.

AP
L’idée d’envoyer des forces de maintien de la paix dans le Donbass pour sortir de la crise dans l’est de l’Ukraine gagne visiblement du terrain. Le président ukrainien Petro Porochenko a déclaré qu’il souhaitait une mission policière dans le Donbass. Auparavant, son homologue russe Vladimir Poutine avait appelé à y déployer des observateurs armés de l’OSCE. Pourtant, les deux leaders ne parlent-ils pas de deux choses complètement différentes tout en faisant des déclarations en apparence similaires ?

Le 24 avril, dans un entretien télévisé, le président ukrainien Petro Porochenko a développé les propositions qu’il avait formulées auparavant sur le déploiement des forces de maintien de la paix dans le Donbass. Il a précisé qu’une mission policière de l’OSCE pourrait être envoyée dans la région.

Les membres de cette mission devront assurer un contrôle efficace sur toute la ligne de démarcation. Ces derniers mois, même si les combats ne font plus rage dans le Donbass, les échanges de tirs sont fréquents et continuent de faire des victimes. Les parties s’accusent mutuellement. Pour Petro Porochenko, l’OSCE devra identifier les responsables des violations du régime de cessez-le-feu. Les membres de la mission devront également mettre en place des postes armés dans les lieux de retrait de l’artillerie lourde et sur la section de la frontière russo-ukrainienne qui n’est pas contrôlée par Kiev et via laquelle, selon les autorités ukrainiennes et les pays occidentaux, Moscou apporte son soutien aux insurgés.

Les tâches de la mission ne s’arrêtent pourtant pas là – l’OSCE se chargera également du règlement politique. Ses employés devront s’occuper d’organiser des élections dans le Donbass – « libres et équitables », ainsi que du « transfert du pouvoir aux nouveaux représentants du Donbass ukrainien ».

La Russie soutient-elle le plan Porochenko ?

Porochenko a annoncé que sa proposition était soutenue par les Etats-Unis et par les partenaires de l’Ukraine au sein du groupe de Normandie. Autrement dit, la Russie également.

En effet, Vladimir Poutine a déclaré le 14 avril qu’il soutenait la proposition de Petro Porochenko sur le « renforcement de la présence de l’OSCE dans le Donbass, notamment d’une présence armée ». Cependant, son porte-parole Dmitri Peskov a par la suite précisé que la présence des forces de l’OSCE dans le Donbass devait être validée par les membres de l’organisation. Par ailleurs, Moscou appelle à mener un « dialogue direct » avec Donetsk et Lougansk, en prenant obligatoirement en compte l’avis des républiques autoproclamées.

Ces conditions sont difficilement acceptables pour Kiev, qui, depuis le début du conflit, évite le dialogue direct avec les régions rebelles. Ce n’est, cependant, pas la seule divergence dans les approches de Moscou et de Kiev vis-à-vis de l’idée d’envoyer des représentants armés de l’OSCE dans l’est de l’Ukraine. Vladimir Moukhine, expert militaire et observateur du quotidien Nezavissimaïa Gazeta, estime que Poutine et Porochenko parlent de choses complètement différentes. Le président russe a proposé d’armer les observateurs de l’OSCE présents dans la région pour qu’ils puissent assurer leur propre défense face à la recrudescence des échanges de tirs, alors que le dirigeant ukrainien parle de « forces conséquentes de maintien de la paix qui remplaceraient le pouvoir [des républiques autoproclamées e Donetsk et Lougansk]».

Le « schéma brouillon » de Porochenko

Alexeï Arbatov, membre du conseil scientifique du Centre Carnegie de Moscou, nous a déclaré que selon lui, Petro Porochenko avait « une vision très floue du caractère de cette opération » et proposait « un schéma totalement brouillon ». L’expert explique qu’on ne sait pas précisément ce que M. Porochenko entend par sa proposition – des observateurs de l’OSCE munis d’armes à feu qui ne pourront que « se protéger des bandits » ou des forces disposant d’armes lourdes, nécessaires pour séparer réellement les parties au conflit ?

Dans un récent article, Arbatov a proposé un plan de déploiement de forces de maintien de la paix dans le Donbass. Il nous a déclaré que ces propositions venaient, au fond, développer les propos de Poutine. L’expert estime qu’une opération de maintien de la paix complète sous mandat de l’Onu est nécessaire dans la région. Les forces de maintien de la paix doivent être bien armées – elles doivent disposer de véhicules blindés, d’artillerie et d’hélicoptères. Elles doivent être déployées le long de la ligne de démarcation et pas sur l’ensemble du territoire rebelle du Donbass, comme ce serait le cas avec une mission policière. L’une des conditions clés pour que ce plan fonctionne, point omis par Porochenko selon l’expert, porte sur la présence de militaires russes parmi les forces de maintien de la paix. Autrement, ces forces ne seront pas acceptées par les républiques autoproclamées qui ne font pas confiance aux représentants d’autres pays.

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