L’adhésion du Monténégro à l’Otan fait grincer des dents en Russie

L'Alliance invite le Monténégro à entamer des pourparlers d'adhésion à l'Otan lors d'une session de travail le 2 décembre 2015.

L'Alliance invite le Monténégro à entamer des pourparlers d'adhésion à l'Otan lors d'une session de travail le 2 décembre 2015.

AP
Le 2 décembre 2015, le Conseil de l’Otan a pris la décision de lancer les négociations avec le Monténégro en vue de son adhésion à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord. Cette nouvelle a suscité une vive réaction chez les responsables politiques et les experts russes.

« Je félicite le Monténégro. C’est le début d’une belle union ». Tels sont les mots utilisés par le secrétaire général de l’alliance Jens Stoltenberg le 2 décembre dernier, suite à la publication de la décision de lancer les négociations avec le Monténégro en vue de son adhésion à l’Otan. Le communiqué conjoint publié par les ministres du bloc précise que « l’adhésion du Monténégro permettra d’améliorer le niveau de sécurité dans la région et au sein de l’Alliance dans son ensemble ».

Jens Stoltenberg a particulièrement souligné le fait que cette décision « n’était pas dirigée contre la Russie, et ne concernait que le Monténégro et l’Alliance ».

Réaction prévisible

La position russe sur l’élargissement de l’Otan via l’adhésion du Monténégro est définie depuis longtemps. Dès 2011, Sergueï Lavrov s’exprimait sur cette question déclarant que l’adhésion du pays n’améliorerait ni la sécurité de la région ni celle de l’Alliance dans son ensemble. En 2014, il a qualifié l’éventuelle adhésion du Monténégro à l’Otan « de provocation irresponsable ».

A la mi-novembre, la Douma (chambre basse du parlement russe) a lancé un appel au parlement du Monténégro, ainsi qu’aux parlements des pays membres de l’Alliance et de l’OSCE. Le texte soulignait que « le désir de Milo Dukanovic, à la tête du Monténégro depuis voici 25 ans, de rejoindre l’Otan allait à l’encontre de la volonté de l’écrasante majorité de la population de ce pays ».

Facteur russe

Une campagne agressive pour l’adhésion à l’Otan a été lancée au Monténégro depuis deux ans, l’accent étant placé sur la confrontation avec la Russie. Selon les sondages publiés par le premier ministre du Monténégro Milo Đukanović en juin 2015, 47% des Monténégrins se prononceraient pour l’adhésion et 43% contre. Par ailleurs, 65% des sondés étaient persuadés que leur État allait rapidement devenir membre de l’Alliance. Pourtant, des études alternatives font apparaître des résultats tout à fait différents, montrant que seuls 32% des habitants soutiennent l’adhésion à l’Otan.

Le président du Comité de la Douma pour les affaires étrangères Alexeï Pouchkov a déclaré dans un entretien exclusif avec RBTH que « Dukanovic n’arrive toujours pas à faire aimer l’Otan à ses concitoyens, et il en rejette la responsabilité sur la Russie ».

La méfiance vis-à-vis des chiffres du gouvernement monténégrins dans le pays et au-delà est renforcée par de nombreux scandales de corruption dans lesquels Dukanovic est impliqué. Parmi les accusations récentes figure la déclaration du sénateur russe Franz Klintsevitch sur le commerce d’armes entre le régime de Dukanovic et l’EI.

Amis de longue date

Malgré l’adhésion à l’Otan de nombreux pays de l’ancien Pacte de Varsovie et même de trois ex-républiques soviétiques, l’adhésion du Monténégro qui suscite une réaction particulièrement émotionnelle de la part de la Russie.

La Russie et le Monténégro sont liés par 300 ans de coopération étroite. C’est la Russie qui a contribué à la création et au développement de l’État monténégrin au XIXe siècle et l’a aidé à obtenir son indépendance en 2006.

« Le « fraternel » Monténégro a, dans une certaine mesure, « trahi politiquement » la Russie en rejoignant les sanctions antirusses de l’UE et en faisant aujourd’hui un pas supplémentaire vers la rupture définitive des relations historiques avec la Russie », explique Viktor Kolbanovski, directeur du Centre russe de la coopération internationale dans les Balkans.

Quelle réponse de la Russie ?

Le vice-président de la Douma Sergueï Jelezniak nous affirme que la Russie et le Monténégro « devront désormais restreindre les contacts dans le domaine économique et dans d’autres secteurs ».

Nikita Bondarev, directeur du département Balkans de l’Institut russe d’études stratégiques, estime que ces mesures pourraient être contreproductives, car elles frapperont principalement les simples Monténégrins et Russes qui vivent dans ce pays. L’expert estime que la Russie doit d’abord lutter pour la tenue dans la région d’un référendum national sur l’adhésion du Monténégro à l’Otan.

Il existe d’autres sons de cloche sur l’évolution future des événements. L’expert du Centre Carnegie de Moscou Maxime Samoroukov estime que les Balkans ont « perdu leur attrait stratégique d’antan » pour la Russie suite à l’abandon des grands projets énergétiques comme South Stream, et qu’il ne faut ainsi pas s’attendre à des « mesures pratiques sérieuses de la Russie dans les Balkans » si le Monténégro adhère à l’Alliance. 

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